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FICHE 57

L’Inventaire général du patrimoine culturel lancé en 1964 : connaître le patrimoine pour mieux le préserver

Explorer ce thème dans le cours : La gestion du patrimoine français : les évolutions d’une politique publique

En 1964, la création de l’Inventaire général répond à un angle mort de la protection patrimoniale : les bâtiments ordinaires qui façonnent les paysages français. Les politiques de protection se concentrent encore largement sur les monuments remarquables, alors qu’un grand nombre de constructions rurales, industrielles ou domestiques demeurent mal connues. En 1964, André Malraux soutient la création de l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, sur la base de réflexions notamment portées par l’historien de l’art André Chastel. L’ambition est de recenser et d’étudier les biens culturels dans leur diversité.

L’Inventaire repose sur des enquêtes scientifiques associant observation de terrain, photographie, consultation d’archives et description normalisée des bâtiments ou des objets. Son objectif n’est pas de classer juridiquement tous les éléments recensés : connaître et protéger relèvent de démarches distinctes. La production de dossiers permet néanmoins d’identifier des ensembles menacés, de comprendre l’évolution des paysages et de fournir une base solide aux décisions publiques. Avec les outils numériques, la diffusion de ces résultats devient plus large ; des bases accessibles en ligne rendent possible la consultation d’une documentation considérable. L’enquête documentaire permet d’identifier la valeur d’un bâtiment industriel, d’un habitat vernaculaire ou d’un équipement communal avant que sa disparition ne suscite l’attention. Recenser ne vaut pourtant pas classement : les collectivités restent responsables des décisions d’aménagement et de protection.

L’Inventaire transforme la manière de regarder le patrimoine : une ferme, une cité ouvrière ou un bâtiment scolaire peuvent désormais être étudiés pour leur place dans une histoire sociale et territoriale. La qualité des enquêtes permet de documenter les transformations, de guider les élus et d’éclairer les projets d’aménagement. Mais l’existence d’un dossier ne protège pas automatiquement le bâtiment concerné. La connaissance constitue donc une condition de la sauvegarde, non un substitut aux choix politiques et aux outils juridiques qui la rendent possible.