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Développement

Développement

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Organiser le raisonnement

Le développement doit constituer une démonstration progressive et argumentée permettant de répondre à la problématique. La dissertation s’organise généralement en deux ou trois grandes parties, chacune défendant une thèse précise. Dans un plan en trois parties, on peut commencer par examiner une première réponse plausible au problème, puis en révéler les limites ou les contradictions, avant de proposer une réponse plus approfondie qui dépasse les difficultés précédemment rencontrées. Cette progression ne doit cependant pas devenir mécanique : chaque partie doit apporter un élément nouveau à la réflexion et découler logiquement de la précédente. Le plan dialectique classique (thèse, antithèse, synthèse) constitue une possibilité, mais aucun plan type n'est imposé.

Chaque partie se divise généralement en deux ou trois sous-parties, qui développent chacune un argument distinct. Une sous-partie commence par l'énoncé d'une idée directrice, suivi d'une explication rigoureuse du raisonnement qui permet de la justifier. Il faut analyser les concepts mobilisés, établir des distinctions lorsque cela est nécessaire et montrer les conséquences de l'argument. Celui-ci peut être approfondi à l'aide d'une référence philosophique ou d'un exemple concret, qui doivent toujours être précisément expliqués et reliés au sujet. Une référence à un auteur ne remplace jamais une démonstration, pas plus qu'un exemple ne constitue une preuve suffisante. Chaque sous-partie doit ainsi contribuer à défendre la thèse générale de la partie tout en faisant progresser la résolution du problème.

Enfin, les transitions assurent la cohérence et la progression du raisonnement. À la fin d'une grande partie, il faut dégager le résultat obtenu, puis mettre en évidence une difficulté, une objection ou une limite qui justifie le passage à la partie suivante. La transition ne consiste donc pas simplement à annoncer ce qui suit, mais à montrer pourquoi une nouvelle étape de réflexion est nécessaire. Tout au long du développement, il faut éviter la récitation de cours, les affirmations non justifiées, les répétitions et l'accumulation de références sans analyse. L'objectif est de construire une réflexion philosophique continue, dans laquelle chaque argument contribue à apporter une réponse de plus en plus précise à la problématique initiale.

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Les formes d’argumentation

D’abord, on peut utiliser l’argument que j’appelle l’argument de définition. Il s’agit de partir d’une définition pour en déduire logiquement une thèse ou une réponse au sujet. C’est un type d’argument que vous pouvez commencer à utiliser lors de la formulation de la problématique. Vous allez ainsi répondre au sujet en utilisant la définition ou un aspect de la définition d’un des termes du sujet. Par exemple, si vous avez le sujet « un homme libre est-il nécessairement heureux ? », vous pouvez partir de la définition de la liberté comme libre arbitre et en déduire qu’un individu qui a le choix peut sans doute être plus heureux qu’un individu qui n’a pas le choix car il sera alors libre de choisir de faire plutôt ce qui, selon lui, le rendra heureux.

L’argument de fait ou d’expérience

Vous pouvez ensuite utiliser l’argument dit de fait ou d’expérience, cela consiste à justifier une thèse en vous appuyant sur une observation factuelle générale. Par exemple, dans le sujet « le bonheur est-il un idéal inaccessible ? », il est possible de défendre que le bonheur ne semble pas inaccessible puisque dans les faits on observe que bien des gens sont heureux. Pour autant, ce type d’argument est à privilégier en début de réflexion car il ne s’agit pas d’un argument très élaboré et il sera facile de lui trouver des limites. En effet, même si de nombreuses personnes se disent heureuses, on pourra par exemple se demander ce qu’elles entendent par heureuse et s’il s’agit réellement du bonheur.

Argumenter en utilisant l’argument logique

C’est un des types d’arguments les plus classiques ; il consiste notamment à enchaîner des propositions de la manière la plus logique possible. Par exemple, si l’on prend à nouveau le sujet : « un homme libre est-il nécessairement heureux ? », il est possible de dire que d’une part, un homme libre aura la capacité de faire des choix (libre arbitre), mais que, dans le même temps, il est un être aux facultés de compréhension et de réflexion limitées, donc, même en étant libre, il pourra faire les mauvais choix et être finalement malheureux. Vous voyez qu’il s’agit de tirer une conclusion des propositions précédentes.

L’argument d’autorité

Un argument d’autorité consiste à s’appuyer sur l’expertise reconnue d’une personne dans un domaine pour défendre un propos. Il est possible d’utiliser ce type d’argument en philosophie à condition de développer les arguments de l’expert. En effet, il n’est pas suffisant de dire « cet expert dit cela donc c’est vrai ». Il faut donner ses arguments. Dans votre dissertation, vous allez y recourir quand vous développez la pensée d’un auteur.

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Distinguer argument et exemple

Une erreur courante que l’on fait en philosophie consiste à confondre argument et exemple. Un argument est toujours général, il va justifier une thèse de manière générale alors qu’un exemple est un cas particulier. Par exemple, si vous aviez un sujet tel que « Les révolutions sont-elles toujours un facteur de libertés ? », une mauvaise façon d’argumenter serait de dire « La Révolution française a finalement apporté davantage de libertés aux Français, donc on peut dire que les révolutions sont des facteurs de libertés ». Vous voyez ici que la déduction est invalide car ce n’est pas parce qu’une révolution singulière a apporté des libertés que l’on peut en déduire que les révolutions en général sont des facteurs de libertés. Pour que la réponse au sujet soit véritablement justifiée, il faut que l’argument soit également général. Par exemple, vous pourriez utiliser un argument de définition et défendre que, dans la mesure où les révolutions sont des ruptures souvent brutales avec l’ordre politique établi (définition), alors elles produisent par nature de l’instabilité, du désordre, ce qui rend les conséquences d’une révolution très incertaines. Or, si les conséquences sont incertaines, il n’est pas possible d’affirmer que les révolutions sont toujours des facteurs de libertés.

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Exemple commenté : « L’homme est-il à part dans la nature ? »

Problématique et plan :

L’être humain reste une espèce qui, par le fait du hasard, a développé une raison, une conscience de soi, autant de facultés qui sont devenues la norme chez l’homme car elles lui procurent un avantage et lui permettent d’étendre son influence ou peut-être son territoire. Ce mécanisme est le même pour toutes les espèces, pourquoi alors considérer l’homme comme à part ?

Nous verrons d’abord que l’être humain peut effectivement être considéré comme à part dans la nature.

Puis, nous nous demanderons si cette idée que nous serions une espèce à part n’est pas une pure illusion.

Enfin, nous envisagerons bien une spécificité humaine, mais qui au lieu d’être un privilège est plutôt une immense responsabilité.

Première grande partie : l’homme est bien à part dans la nature

Premier paragraphe : l’homme peut se perfectionner

L’être humain peut semble-t-il être considéré comme à part dans la nature car il est doté de facultés qui le rendent très différent des autres espèces. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) Certes, l’être humain appartient en un sens à la nature, car si l’on définit la nature comme l’ensemble de ce qui n’a pas été créé ou transformé par l’homme (définition de la nature), alors l’espèce humaine est bien naturelle. L’homme ne s’est pas créé lui-même, il est donc un être naturel au moins en partie. Mais, l’être humain à ceci de particulier que précisément il a cette capacité à transformer sa nature et à n’être pas totalement soumis à son instinct. Il peut se cultiver, c’est-à-dire se transformer si bien qu’il peut devenir réellement très différent d’un autre être humain. (Argument formulé pour soutenir la thèse) Aux yeux de Rousseau, ce qui fait la spécificité de l’être humain par rapport aux autres espèces, c’est sa capacité à « se perfectionner ». (Utilisation d’une référence à Rousseau qui justifie la thèse). Il remarque ainsi qu’un être humain peut, par les choix qu’il fait, aussi bien devenir un très grand artiste, sportif ou savant, qu’un toxicomane. C’est d’ailleurs lui qui pose la question « Pourquoi l’homme, seul, est-il sujet à devenir imbécile ? » et il y répond que c’est parce qu’il est le seul à être libre, c’est-à-dire à pouvoir ne pas suivre un programme inscrit à l’avance dans ses gènes et qui décide de son mode de vie. Ce que l’on appelle communément un instinct. L’homme peut donc se perfectionner toute sa vie, là où l’animal va très rapidement cesser de changer dès lors qu’il est adulte. (Développement en utilisant les arguments pour justifier sa thèse) Nous pouvons donc dire que l’homme est bien à part dans la nature, car il a cette capacité de se perfectionner que n’ont pas les autres espèces. (Retour au sujet : le but est de rappeler en quoi ce que l’on vient de dire répond au sujet)

Deuxième paragraphe : l’homme, seul, a le logos selon Aristote (exemple de dissertation de philosophie)

L’être humain est unique dans la nature selon Aristote, car il est le seul à posséder le logos, c’est-à-dire la raison et la capacité de discours. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) Certes, l’homme partage avec les autres animaux des caractéristiques naturelles, car si l’on définit la nature comme l’ensemble du vivant non modifié par l’homme, alors l’homme en fait pleinement partie. L’espèce humaine est biologique, elle naît, vit et meurt au sein de cette nature. Cependant, ce qui distingue l’homme des autres créatures, c’est cette faculté de logos, qui lui permet de raisonner, de communiquer de manière complexe et de réfléchir sur sa propre existence. (Argument formulé avec mes propres termes pour soutenir la thèse) Pour Aristote, cette capacité unique de logos signifie que l’homme est capable de délibération et de choix orientés par la raison. (Utilisation d’une référence à Aristote qui justifie la thèse, avec utilisation du vocabulaire de l’auteur) Il précise que, contrairement aux animaux qui réagissent principalement par instinct, l’homme peut s’orienter vers le bien par la vertu et la réflexion. C’est ce logos qui rend l’homme apte à vivre dans une Cité, une société structurée par des lois et règles réfléchies, là où les animaux ne s’organisent qu’en suivant leur instinct. (Développement en utilisant les arguments que l’auteur utilise pour justifier sa thèse) Ainsi, on peut dire que l’homme est véritablement à part dans la nature, car sa possession du logos lui confère une capacité de rationalité et de communication que n’ont pas les autres espèces. (Retour au sujet : le but est de rappeler en quoi ce que l’on vient de dire répond au sujet)

Troisième paragraphe : l’homme, seul, a conscience de lui-même selon Pascal

L’être humain est singulier par nature, selon Pascal, car il est le seul à posséder une conscience de soi, c’est-à-dire une capacité introspective et réflexive. (Thèse générale du paragraphe qui répond au sujet) Ce qui le distingue fondamentalement des autres animaux, c’est cette conscience qui lui permet de se percevoir non seulement comme un être vivant, mais aussi comme un être pensant, capable de réfléchir sur lui-même et sur le monde. (Argument formulé avec mes propres termes pour soutenir la thèse) Pour Pascal, cette conscience de soi est à la fois une grandeur et une misère : elle permet à l’homme de comprendre sa condition limitée, mais aussi de prendre conscience de sa finitude et de l’immensité de l’univers qui l’entoure. (Utilisation d’une référence à Pascal qui justifie la thèse, avec utilisation du vocabulaire de l’auteur) Pascal souligne que contrairement aux animaux, qui vivent selon leurs instincts sans réflexion, l’homme est capable de méditer sur son existence, sur le sens de la vie, et sur sa place dans le monde. Il remarque que cette capacité à la conscience est ce qui pousse l’homme à rechercher le savoir et à développer des civilisations. (Développement en utilisant les arguments que l’auteur utilise pour justifier sa thèse) Ainsi, nous pouvons dire que l’homme est véritablement à part dans la nature, car cette conscience de soi le distingue radicalement des autres espèces et lui permet de transcender sa condition d’être purement naturel. (Retour au sujet : le but est de rappeler en quoi ce que l’on vient de dire répond au sujet)

Nous venons de montrer que l’homme dispose de facultés remarquables : la perfectibilité, le logos, la conscience de soi. Mais ces facultés suffisent vraiment à le placer hors de la nature ? Et si c’était plutôt l’homme qui se flatte de sa propre supériorité ? (Transition qui annonce un changement de point de vue et introduit la deuxième partie).