Sommaire du cours
1. Le système financier finance l’activité et peut transmettre les crises
a. Une crise financière désorganise le financement de l’économie
Le rassemble les institutions, les marchés et les règles qui organisent le transfert de ressources entre les agents disposant d’une capacité de financement et ceux qui ont un besoin de financement. Les banques collectent des dépôts, accordent des crédits et assurent les paiements. Sur les marchés de capitaux, les entreprises peuvent émettre des actions ou des obligations ; les administrations publiques empruntent notamment en émettant des obligations. Ces titres constituent des : ils donnent à leur détenteur un droit sur des revenus ou des paiements futurs. En reliant l’épargne aux besoins de financement, le système financier rend possible l’investissement avant même que les projets aient produit les revenus nécessaires à leur remboursement.
Cette fonction repose largement sur la confiance. Un prêteur accepte de renoncer temporairement à la de son épargne parce qu’il anticipe son remboursement ; une banque finance des crédits longs avec des ressources dont une partie peut être retirée à court terme ; un investisseur achète un titre en anticipant des revenus futurs. Le système financier répartit ainsi les risques et permet de financer des projets longs à partir de ressources dont les échéances sont différentes. Il devient cependant vulnérable si les anticipations sont excessivement optimistes ou si la confiance se dégrade.
Une désigne un dérèglement grave de la sphère financière qui perturbe, voire menace, le financement normal de l’économie. Elle peut prendre la forme d’un , c’est-à-dire d’une chute brutale et généralisée du prix des titres, d’une crise bancaire marquée par l’ ou l’insolvabilité d’établissements, ou encore d’une crise de change liée à l’effondrement d’une monnaie. Ces formes se combinent souvent : la baisse du prix des actifs fragilise les banques qui les détiennent, tandis que les difficultés bancaires alimentent à leur tour les ventes et la défiance sur les marchés.
La liquidité désigne la capacité d’un agent à faire face immédiatement à ses paiements. Un actif est liquide lorsqu’il peut être converti rapidement en monnaie sans perte importante. La désigne la capacité à rembourser durablement ses dettes grâce à la valeur de ses actifs et à ses revenus prévisibles. Une banque peut donc détenir des actifs de bonne qualité à long terme tout en manquant de liquidités à court terme. Elle devient insolvable lorsque ses pertes sont telles que la valeur de ses actifs ne couvre plus ses engagements.
Cette distinction conditionne la réponse publique. Un prêt temporaire de la banque centrale peut permettre à une banque illiquide de traverser une période de tension. Il ne suffit en revanche pas à restaurer la solvabilité d’un établissement dont les pertes sont définitives. Il faut alors apporter de nouveaux fonds propres, restructurer la banque ou organiser sa disparition. Une mauvaise identification du problème conduit soit à abandonner un établissement viable, soit à maintenir artificiellement une banque dont les pertes continuent de s’accumuler.
Une difficulté localisée devient une crise générale lorsqu’elle se transmet à des acteurs qui semblaient jusque-là solides. Le désigne précisément le risque qu’une défaillance ou un choc désorganise l’ensemble du système financier. Il provient des interdépendances entre banques, de leur exposition commune aux mêmes actifs et de réactions similaires face au danger. La solidité d’une institution dépend alors non seulement de ses propres décisions, mais aussi de la capacité de ses partenaires à honorer leurs engagements et de la confiance que leur accordent les autres acteurs.
L’histoire financière fait apparaître une séquence récurrente, sans qu’aucune crise ne reproduise exactement la précédente. Une période de croissance et de crédit abondant nourrit la hausse du prix des actifs. L’endettement progresse parce que les performances passées confortent les anticipations optimistes. Lorsqu’un événement fragilise cette confiance, les ventes s’accélèrent, le crédit se contracte et les pertes se diffusent. La crise gagne alors la production, l’emploi et les revenus. Pour comprendre cette propagation, on étudie comment les décisions d’endettement, de vente et de restriction du crédit se renforcent à l’échelle du système.
b. La crise des années 1930 associe krach boursier, paniques bancaires et dépression
Dans les années 1920, les États-Unis connaissent une forte expansion portée par l’automobile, l’électricité et les biens de consommation durables. La productivité progresse, les profits augmentent et le crédit se développe. Cette prospérité réelle nourrit cependant la conviction que le cours des actions continuera de monter. De nombreux investisseurs achètent alors des titres à crédit, parfois avec une faible mise initiale. La hausse de la Bourse facilite de nouveaux emprunts, lesquels attirent à leur tour de nouveaux acheteurs.
Le cours des actions finit par s’éloigner des revenus que les entreprises peuvent raisonnablement distribuer. À l’automne 1929, les anticipations se retournent. Les journées des 24 et 29 octobre marquent le krach de Wall Street, mais la baisse des cours se prolonge bien au-delà. Entre son sommet de septembre 1929 et son point bas de juillet 1932, l’indice Dow Jones perd près de 90 %. Ce recul prolongé entraîne une perte considérable de la valeur des patrimoines financiers.
Le krach n’explique pourtant pas, à lui seul, la . Les banques américaines ont prêté aux spéculateurs et financé des activités dont les revenus s’effondrent. Elles enregistrent des pertes au moment même où les déposants commencent à craindre pour leur épargne. Faute de garantie fédérale généralisée des dépôts, chacun est incité à retirer rapidement son argent. Or les banques ne conservent qu’une fraction des dépôts sous forme de monnaie immédiatement disponible. Des retraits simultanés déclenchent alors une et peuvent faire tomber un établissement pourtant solvable avant la ruée.
Les faillites bancaires détruisent une partie des dépôts et réduisent fortement les crédits disponibles. Les ménages reportent leurs achats, les entreprises perdent des financements et l’investissement chute. Aux États-Unis, la production réelle recule d’environ 30 % entre 1929 et 1933, tandis que le chômage atteint près d’un quart de la population active. Les premières réponses économiques aggravent la contraction : la Réserve fédérale fournit trop peu de liquidités au système bancaire et la volonté de préserver l’équilibre budgétaire limite le soutien à la demande.
La crise devient rapidement internationale. Les banques américaines rapatrient les capitaux prêtés à l’Europe. Les pays liés à l’étalon-or relèvent parfois leurs taux d’intérêt ou mènent des politiques déflationnistes pour défendre leur monnaie, au prix d’une nouvelle baisse de l’activité. Le protectionnisme comprime parallèlement les échanges. La transmission associe ainsi le retrait des capitaux internationaux, les contraintes de l’étalon-or et les décisions nationales qui accentuent la défiance et le recul de la demande.
À partir de 1933, les réponses engagées modifient durablement l’organisation financière américaine. L’assurance fédérale des dépôts vise à empêcher les ruées aux guichets, les activités bancaires sont davantage encadrées et la banque centrale assume progressivement son rôle de soutien ultime à la liquidité. Ces institutions visent à réduire, sans supprimer les cycles financiers, la probabilité qu’une faillite isolée provoque une contraction comparable à celle des années 1930.
c. La crise de 2008 naît du crédit immobilier avant de devenir mondiale
La crise de 2008 prend naissance sur le marché immobilier américain. Au début des années 2000, les taux d’intérêt sont bas, le crédit progresse et les prix des logements augmentent. Les établissements accordent des prêts hypothécaires à des ménages de plus en plus fragiles. Les crédits dits sont accordés à des emprunteurs dont la capacité de remboursement est incertaine. Certains contrats proposent un taux faible au départ avant une hausse des mensualités. Tant que le logement s’apprécie, le risque paraît contenu : le bien peut être revendu ou le prêt refinancé.
La consiste à transformer des créances, par exemple des crédits immobiliers, en titres négociables vendus à des investisseurs. Elle peut répartir le risque entre de nombreux détenteurs et libérer le bilan des banques pour de nouveaux prêts. Son développement a néanmoins éloigné l’octroi du crédit de la conservation du risque. Des prêts de qualité très différente ont été regroupés dans des produits complexes, découpés en tranches puis diffusés dans le système financier mondial. Des notations favorables ont renforcé une impression de sécurité que la complexité des produits rendait difficile à vérifier.
Cette organisation peut affaiblir l’incitation à vérifier la qualité des prêts. L’intermédiaire qui distribue un prêt peut être moins attentif à la solvabilité de l’emprunteur s’il sait qu’il revendra rapidement la créance. L’investisseur, de son côté, recherche un rendement supérieur sans toujours identifier l’actif initial qui le génère. Les banques conservent pourtant des expositions directes, financent les véhicules qui achètent ces titres ou s’engagent à les soutenir. La dispersion des titres entre de nombreux détenteurs rend le risque plus difficile à localiser, sans supprimer leur dépendance commune au marché immobilier américain.
Lorsque les taux remontent et que les prix des logements cessent d’augmenter, les défauts de paiement se multiplient. Les saisies alimentent l’offre de logements et accentuent la baisse des prix. Les titres adossés aux prêts perdent alors de la valeur. Les établissements, incapables d’évaluer précisément les pertes présentes dans le bilan de leurs partenaires, réduisent leurs prêts mutuels. La défiance transforme ainsi une crise du crédit immobilier américain en crise internationale de liquidité.
La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, marque une aggravation majeure de la crise. La banque d’investissement était liée à de nombreuses contreparties. Sa disparition montre que le soutien public n’est pas garanti et que des créances réputées sûres peuvent ne pas être honorées. Les marchés monétaires se bloquent, les prix des actifs chutent et les banques resserrent brutalement leurs critères de prêt. Plusieurs établissements doivent alors être recapitalisés, rachetés ou placés sous contrôle public.
Comme en 1929, l’expansion du crédit accompagne une hausse du prix des actifs et une sous-estimation du risque. Le retournement des anticipations provoque ensuite des pertes bancaires qui contribuent à la contraction de l’activité. Les actifs concernés et les techniques financières diffèrent toutefois. Dans les années 1930, la crise se prolonge par des paniques de déposants et une réponse monétaire insuffisante. En 2008, la contagion passe surtout par les marchés de financement, la titrisation et les relations entre institutions. L’intervention rapide des banques centrales et des États empêche un effondrement bancaire de même ampleur, sans éviter la Grande Récession.
2. Le crédit et les comportements financiers peuvent amplifier l’instabilité
a. Le crédit et les comportements mimétiques alimentent les bulles spéculatives
Une se forme lorsque le prix d’un actif augmente durablement au-delà de ce que semblent justifier les revenus futurs qu’il procurera. La d’une action dépend des profits attendus ; celle d’un logement, des loyers et des services qu’il rend. Cette valeur n’est jamais observable avec certitude, puisque l’avenir reste incertain. L’écart entre le prix de marché et la valeur fondamentale est donc difficile à établir. Une hausse des achats motivée surtout par l’espoir de revendre plus cher, plutôt que par les revenus attendus de l’actif, peut signaler la formation d’une bulle.
Sur un marché ordinaire, une hausse de prix tend à freiner la demande. Sur un marché d’actifs, elle peut au contraire attirer de nouveaux acheteurs parce qu’elle est interprétée comme le signe de gains futurs. Le crédit amplifie cette dynamique. Un actif qui s’apprécie constitue une meilleure garantie, ce qui permet d’emprunter davantage pour l’acheter. Ces nouveaux achats soutiennent encore le prix et accroissent la valeur des garanties : la bulle du prix et celle du crédit se renforcent mutuellement.
Les consistent à imiter les décisions d’autres acteurs. Cette imitation n’est pas nécessairement irrationnelle. Un investisseur dispose d’informations imparfaites et peut supposer que les achats d’autrui révèlent une information qu’il ne possède pas. Un gérant évalué chaque trimestre peut aussi craindre davantage une mauvaise performance isolée qu’une perte commune à la plupart de ses concurrents. Il peut donc suivre leur stratégie, même s’il doute de sa rentabilité à long terme. Un comportement compréhensible à l’échelle individuelle peut ainsi devenir déstabilisateur lorsqu’il se généralise.
John Maynard Keynes compare ce type de décision à un concours dans lequel il faudrait choisir non le visage que l’on préfère, mais celui que l’on pense être préféré par la majorité. Sur un marché financier, l’investisseur n’essaie donc pas seulement d’estimer la rentabilité d’une entreprise : il cherche aussi à anticiper ce que les autres investisseurs anticiperont. Le marché devient en partie autoréférentiel, puisque les prix dépendent des croyances portées sur les croyances d’autrui.
Une apparaît lorsque les décisions déjà observées conduisent les acteurs suivants à négliger leur propre information. Les premiers achats peuvent reposer sur une analyse pertinente ou sur une erreur. Ils envoient néanmoins un signal aux investisseurs suivants, dont les achats renforcent à leur tour ce signal. La hausse semble alors valider le jugement initial alors qu’elle provient en partie de l’imitation qu’il a déclenchée. Une progression du prix ne prouve donc pas, à elle seule, une amélioration des fondamentaux.
Hyman Minsky explique qu’une période prolongée de stabilité peut encourager la prise de risque. À mesure que le souvenir des crises s’éloigne, les emprunteurs jugent les risques mieux maîtrisés et acceptent davantage de dette. Les prêteurs assouplissent leurs conditions parce que les défauts récents sont rares. Les bilans deviennent ainsi plus sensibles à une baisse des prix ou à une hausse des taux, alors même que les bons résultats passés donnent une impression de sécurité.
b. Les prophéties auto-réalisatrices accélèrent le retournement
Une est une anticipation qui contribue, par les comportements qu’elle déclenche, à produire l’événement annoncé. Si les investisseurs pensent qu’un actif va s’apprécier, ils l’achètent ; leur demande fait monter son prix et valide momentanément la prévision. Le même mécanisme fonctionne dans l’autre sens : la crainte d’une baisse provoque des ventes, lesquelles font effectivement reculer le cours et semblent confirmer la croyance initiale.
Une bulle ne s’achève pas nécessairement parce qu’un seuil objectif aurait été franchi. Une hausse des taux d’intérêt, une faillite, un ralentissement des profits ou une simple révision des croyances peut suffire à déclencher le retournement. L’ampleur du retournement dépend notamment de la fragilité accumulée auparavant. Lorsque les achats ont été financés par la dette, une baisse modérée du prix peut déjà compromettre le remboursement. Les investisseurs les plus endettés vendent alors les premiers, ce qui pousse les autres à les suivre.
Le désigne l’usage de la dette pour augmenter la taille d’un investissement par rapport aux fonds propres engagés. Il amplifie les gains lorsque le prix monte, mais aussi les pertes lorsqu’il baisse. Un investisseur qui finance un actif de 100 avec 10 de fonds propres et 90 de dette perd ainsi la totalité de ses fonds propres si l’actif recule de 10, avant même de tenir compte des frais et des intérêts. Une variation limitée du prix peut donc provoquer une variation considérable de la richesse nette.
L’éclatement de la bulle devient un krach lorsque de nombreux acteurs veulent vendre simultanément alors que les acheteurs se retirent. La raréfaction des acheteurs réduit la du marché et rend les ventes plus difficiles. Le prix reflète alors à la fois la révision des revenus futurs attendus et l’urgence des vendeurs, soumis à des contraintes de remboursement et à un besoin de monnaie. La chute peut alors dépasser largement la modification initiale des fondamentaux.
Toute volatilité des cours ne constitue pas pour autant une crise. Les prix financiers intègrent en permanence de nouvelles informations et doivent pouvoir varier. Le problème devient systémique lorsque le mouvement désorganise le financement, menace les institutions et finit par atteindre la production. L’analyse d’une porte donc sur les conséquences de la baisse des cours pour les bilans, l’endettement et les relations entre institutions.
Une anticipation auto-réalisatrice peut partir d’une inquiétude fondée : les déposants peuvent, par exemple, réagir à une fragilité réelle de leur banque. La ruée provoquée par cette inquiétude aggrave ensuite sa situation jusqu’à rendre la faillite possible. Le choc initial et la dynamique autoréalisatrice se renforcent donc mutuellement : l’analyse doit distinguer ce qui déclenche la crise de ce qui l’amplifie.
c. Une panique bancaire peut provoquer la faillite d’une banque solvable
Une banque finance des crédits remboursés sur plusieurs années à partir de dépôts dont une partie peut être retirée très rapidement. Cette répond à un besoin essentiel de l’économie : les déposants conservent un moyen de paiement liquide tandis que ménages et entreprises peuvent financer des projets de long terme. Elle expose toutefois la banque à une demande simultanée de retraits qu’elle ne pourrait satisfaire sans vendre précipitamment une partie de ses actifs.
Lors d’une , les déposants retirent ensemble leurs avoirs parce qu’ils craignent que la banque ne puisse les rembourser. Chaque déposant peut juger prudent de retirer ses fonds avant les autres, même s’il estime que les actifs de la banque sont globalement sains. La généralisation de ces retraits épuise cependant les liquidités de l’établissement et peut provoquer la défaillance redoutée.
La vente précipitée des actifs accentue le problème. Les crédits ne peuvent pas être cédés instantanément à leur valeur normale, car leur qualité demande du temps à évaluer. Pour obtenir de la monnaie, la banque accepte alors des prix très faibles. Si ces pertes amputent suffisamment ses fonds propres, une crise de liquidité peut se transformer en crise de . Le bilan bancaire relie ainsi directement le calendrier des paiements à la valeur des actifs.
Les faillites se diffusent par plusieurs canaux. Les banques se prêtent entre elles et détiennent des titres émis par d’autres institutions : la défaillance de l’une impose donc des pertes à ses créanciers. La méfiance pousse également chaque banque à conserver sa liquidité et à refuser de prêter, y compris à des partenaires solides. Enfin, lorsque plusieurs établissements détiennent les mêmes actifs et cherchent à les vendre au même moment, leur prix baisse et fragilise l’ensemble des bilans. La passe ainsi par les créances entre institutions, le financement interbancaire et les expositions communes aux mêmes actifs.
La taille ne suffit pas à mesurer l’importance systémique d’une institution. Le risque que ferait peser sa défaillance dépend aussi de ses interconnexions, du caractère indispensable de ses services et de la difficulté à la remplacer rapidement. L’expression désigne les établissements dont la faillite désordonnée aurait un coût collectif si élevé que l’intervention de l’État devient très probable. La perspective d'un soutien peut rassurer les créanciers à court terme, mais elle modifie aussi les incitations à prendre des risques avant la crise.
L’assurance des dépôts et l’intervention du réduisent la probabilité d’une panique. Les déposants savent que leur épargne protégée sera remboursée et ont donc moins de raisons de se précipiter au guichet. La banque centrale peut, de son côté, fournir des liquidités à un établissement confronté à des retraits temporaires. Ces dispositifs reposent sur une promesse crédible : ils stabilisent le système, tout en posant la question des risques que pourraient prendre des banques se sachant protégées.
3. La crise financière atteint l’économie réelle par des canaux cumulatifs
a. L’effet de richesse négatif réduit la consommation et l’investissement
L’ désigne ici la production de biens et de services, l’investissement, l’emploi et les revenus, par opposition aux seules transactions sur . La séparation reste analytique, car les deux sphères sont profondément imbriquées : les ménages détiennent un patrimoine, les entreprises dépendent du crédit ou des marchés et les banques assurent les paiements. Une modifie donc rapidement les décisions qui déterminent la demande et la production.
L’ désigne l’influence de la valeur du patrimoine sur la consommation. Un ménage dont le logement ou le portefeuille financier s’apprécie peut se sentir plus en mesure de consommer, même si son revenu courant ne change pas. Il emprunte plus facilement ou réduit son épargne de précaution. À l’inverse, lorsque la valeur de ses actifs baisse, l’ l’incite à reconstituer son patrimoine, à limiter ses achats et à différer certaines dépenses importantes.
L’intensité de cet effet dépend de la composition du patrimoine et du niveau d’endettement. Une chute boursière touche d’abord les ménages qui détiennent beaucoup d’actions. Une baisse immobilière affecte un ensemble plus large lorsque la propriété est répandue et que le logement sert de garantie au crédit. Les ménages proches de la retraite ou fortement endettés peuvent réduire plus nettement leur consommation, car ils disposent de moins de temps ou de marge pour absorber la perte.
Les entreprises connaissent un mécanisme comparable. La baisse de leur capitalisation rend l’émission de nouvelles actions plus coûteuse, tandis que la dégradation des perspectives de demande réduit la rentabilité attendue des projets. Elles reportent alors certains investissements et certaines embauches. Le revenu d’autres agents diminue à son tour : une perte initialement financière se transforme progressivement en contraction de la demande globale.
Cette transmission peut devenir cumulative. La baisse de la consommation réduit les ventes et les profits ; les entreprises ajustent leurs effectifs, ce qui affaiblit les revenus et renforce l’épargne de précaution ; les anticipations pessimistes pèsent à leur tour sur l’investissement. Une crise née sur un marché d’actifs peut ainsi provoquer une récession bien au-delà des agents qui détenaient directement l’actif à l’origine de la bulle.
L’effet de richesse n’a toutefois pas une intensité constante. Il varie selon les institutions de crédit, la distribution du patrimoine et la confiance dans le caractère durable du mouvement de prix. Une baisse jugée temporaire modifie moins la consommation qu’une perte considérée comme persistante. Les fluctuations des cours influencent donc l’activité par ce canal, avec une intensité variable et aux côtés d’autres facteurs.
b. La baisse du collatéral et les ventes forcées alimentent la déflation par la dette
Un est un actif donné en garantie d’un prêt. Si l’emprunteur ne rembourse pas, le créancier peut saisir ou vendre cette garantie. La présence d’un collatéral réduit le risque supporté par le prêteur et permet souvent d’obtenir davantage de crédit ou un taux plus faible. Un logement peut ainsi garantir un prêt hypothécaire, tandis que des titres peuvent servir de garantie à un financement de marché.
Lorsque le prix du collatéral augmente, la capacité d’emprunt progresse. Les agents peuvent acheter d’autres actifs, investir ou consommer, ce qui soutient à son tour la valeur des garanties. Lorsque les prix baissent, la logique s’inverse : le prêteur réclame une garantie supplémentaire, réduit le crédit ou exige un remboursement. L’emprunteur doit alors vendre des actifs pour obtenir des liquidités.
Ces sont imposées par une contrainte de bilan ou par un , c’est-à-dire une demande de garantie supplémentaire. Lorsqu’elles se multiplient, elles font baisser les prix, détériorent les garanties d’autres emprunteurs et déclenchent de nouvelles ventes. Le même actif sert donc à la fois de réserve de valeur et de condition d’accès au crédit, ce qui relie directement les marchés financiers au financement de l’économie.
Irving Fisher a décrit la pour montrer comment le désendettement peut aggraver une crise. Pour rembourser, les débiteurs vendent des actifs et réduisent leurs dépenses. Ces décisions peuvent améliorer la situation d’un emprunteur isolé, mais leur généralisation fait baisser les prix et les revenus. Comme les dettes restent libellées en valeur nominale, leur poids réel augmente, ce qui rend le remboursement plus difficile au moment même où chacun cherche à se désendetter.
La baisse du collatéral touche également les entreprises qui voudraient financer un projet pourtant rentable. Même si leur activité future paraît solide, leurs garanties valent moins et leur richesse nette s’est réduite. Les créanciers demandent alors un taux plus élevé ou refusent le prêt. L’investissement recule donc au-delà des secteurs directement touchés par la bulle, ce qui amplifie le ralentissement initial.
Ce mécanisme contribue au caractère asymétrique des cycles financiers. La hausse des prix peut s’étendre sur plusieurs années parce qu’elle desserre progressivement les contraintes de financement. Le retournement est souvent beaucoup plus rapide : plusieurs seuils de garantie sont franchis en même temps, les ventes deviennent urgentes et la se raréfie. La surveillance des bilans peut donc contribuer à limiter l’endettement excessif avant le retournement.
c. La contraction du crédit prive l’économie de financements
Une , ou credit crunch, se produit lorsque les banques réduisent fortement les nouveaux prêts ou durcissent leurs conditions. Elle peut résulter de pertes qui diminuent leurs fonds propres, d’un manque de liquidité, d’une hausse du risque perçu ou d’exigences réglementaires devenues contraignantes. Les banques augmentent alors les taux, demandent davantage de garanties et sélectionnent plus strictement les emprunteurs.
Le bilan bancaire permet de comprendre cette réaction. Les crédits et les titres figurent à l’actif ; les dépôts, les emprunts et les fonds propres financent ces actifs. Une perte sur des titres réduit les fonds propres. Pour rétablir son équilibre, la banque peut lever du capital, conserver ses bénéfices ou réduire la taille de son actif. Or, en période de crise, les investisseurs hésitent à apporter du capital tandis que les bénéfices diminuent. Réduire les prêts devient donc souvent l’ajustement le plus rapide.
Les petites et moyennes entreprises sont particulièrement exposées, car elles accèdent moins facilement aux marchés obligataires. La disparition du financement peut ainsi conduire à abandonner un projet pourtant rentable. Les ménages reportent de leur côté un achat immobilier ou durable. La demande recule, les défauts augmentent et les banques deviennent encore plus prudentes : la détérioration de l’économie finit par fragiliser davantage leur propre portefeuille.
La crise du marché interbancaire renforce cette dynamique. En temps normal, les banques se prêtent entre elles pour gérer leurs besoins temporaires de liquidité. Lorsque chacune ignore l’ampleur des pertes de ses partenaires, elle préfère conserver sa monnaie ou exige une prime de risque élevée. Le coût du financement bancaire augmente et se répercute sur les clients. Une défiance née entre professionnels finit ainsi par toucher des ménages et des entreprises qui n’avaient aucun lien avec l’actif initialement en cause.
Une baisse de la demande de crédit peut toutefois accompagner la restriction de l’offre. Des entreprises pessimistes renoncent à investir et des ménages cherchent à se désendetter. La seule observation d’un recul des prêts ne permet donc pas d’identifier la cause. Les enquêtes sur les critères d’octroi, les taux pratiqués et les demandes refusées sont nécessaires pour distinguer une offre bancaire restreinte d’une demande devenue plus faible.
La contraction du crédit explique aussi pourquoi une crise financière peut laisser des effets durables. La disparition d’entreprises, le recul de l’investissement et l’éloignement de l’emploi réduisent les capacités futures de production. Même lorsque les bilans bancaires sont restaurés, tous les projets ne redémarrent pas immédiatement : la confiance, les compétences et les relations de financement se reconstruisent plus lentement.
d. L’interdépendance des canaux transforme une perte privée en coût collectif
Les trois canaux étudiés se renforcent. La baisse du patrimoine réduit la consommation, tandis que le recul du collatéral limite l’emprunt et peut obliger les agents à vendre des actifs. Les pertes bancaires conduisent, de leur côté, à restreindre le crédit. La diminution de la demande fait ensuite baisser les revenus et accroît les défauts de paiement, à l’origine de nouvelles pertes financières. Ces interactions expliquent comment un choc peut se propager à l’ensemble du système.
Une créance inscrite à l’actif d’un agent correspond à une dette pour un autre. Le dépôt d’un ménage est une dette de la banque ; le crédit accordé à une entreprise est un actif pour cette banque et une dette pour l’entreprise ; un titre vendu par un investisseur doit être détenu par un autre. Cette interdépendance rend difficile un désendettement rapide et simultané de tous les acteurs sans ventes d’actifs ou réduction des dépenses. Lorsque chacun veut simultanément détenir davantage de monnaie et moins de risque, les prix et l’activité deviennent les principales variables d’ajustement.
Les banques occupent une place particulière parce qu’elles créent de la monnaie par le crédit et assurent les paiements. Une faillite désordonnée affecte donc des agents qui n’ont pas choisi de prendre le risque initial. L’intervention publique vise à préserver les paiements et le financement de l’économie. Elle peut s’accompagner de pertes pour les actionnaires afin que la protection de ces fonctions ne supprime pas la responsabilité des acteurs à l’origine des risques.
Une crise financière dégrade également les finances publiques. Le ralentissement réduit les recettes fiscales et augmente les dépenses sociales, tandis que les recapitalisations ou garanties bancaires peuvent engager directement l’État. Une dette privée excessive peut ainsi se transformer en dette publique. À son tour, la hausse du risque souverain fragilise les banques qui détiennent des obligations publiques : cette boucle entre banques et États a joué un rôle central dans la crise de la zone euro après 2010.
La mondialisation financière accélère encore la diffusion des chocs. Les capitaux circulent entre pays, les banques opèrent dans plusieurs juridictions et les portefeuilles détiennent des titres étrangers. Cette diversification répartit les risques en période normale, mais elle ouvre aussi des voies de contagion lorsque les acteurs vendent des actifs dans plusieurs pays pour couvrir une perte subie ailleurs. Une régulation strictement nationale peine donc à suivre un système profondément intégré.
La crise révèle enfin une . Une banque choisit son niveau de risque en fonction du rendement attendu et des pertes qu’elle devra supporter, sans intégrer spontanément l’ensemble des coûts que sa défaillance imposerait aux autres banques, aux déposants, aux entreprises ou aux finances publiques. La régulation prudentielle cherche précisément à rapprocher ce calcul privé du coût collectif du .
4. La régulation vise à préserver le financement en limitant le risque systémique
a. Les garanties publiques stabilisent les banques tout en créant un aléa moral
La regroupe les règles et les interventions publiques destinées à préserver la stabilité, la confiance et le financement de l’économie. Le risque et la possibilité de perdre les fonds engagés font partie de l’investissement et de la sélection des projets. La régulation cherche à éviter que ces risques privés compromettent les fonctions essentielles du système ou imposent des coûts disproportionnés à la collectivité.
En période de panique, la banque centrale peut agir comme . Elle fournit de la monnaie centrale contre des actifs afin qu’une banque illiquide puisse honorer ses paiements. Si le problème tient à un manque temporaire de , une intervention rapide et crédible peut interrompre la dynamique autoréalisatrice. Une hésitation, au contraire, incite les créanciers à sortir avant les autres et peut accroître brutalement le besoin de soutien.
La garantie des dépôts poursuit le même objectif du côté des épargnants. Dans l’Union européenne, les dépôts sont protégés jusqu’à 100 000 euros par déposant et par établissement selon les règles communes. Un déposant couvert a donc moins intérêt à retirer ses fonds au premier doute. Si cette promesse suffit à préserver la confiance, la garantie peut prévenir la ruée sans même devoir être mobilisée.
Les recapitalisations publiques et les garanties de dettes peuvent devenir nécessaires lorsqu’une faillite désordonnée menace le système. Préserver les paiements et le crédit n’implique pas pour autant de protéger les anciens propriétaires. L’État peut imposer des pertes aux actionnaires, remplacer les dirigeants ou prendre une participation en échange des fonds apportés. La forme de l’intervention détermine ainsi à la fois la répartition du coût de la crise et les incitations futures.
L’ apparaît lorsqu’un acteur protégé contre une partie des conséquences de ses décisions est incité à prendre davantage de risques. Une banque convaincue qu’elle sera sauvée en raison de son importance peut s’endetter davantage ou détenir des actifs plus risqués. Ses créanciers peuvent également lui prêter à un taux trop faible s’ils anticipent une garantie publique. Les actionnaires bénéficient alors des profits pendant l’expansion, tandis que le financement public d’un sauvetage peut transférer une partie des pertes à la collectivité.
Les autorités peuvent difficilement s’engager à refuser toute intervention lorsqu’une faillite menace les dépôts, les paiements et le crédit. Une garantie de sauvetage inconditionnel risquerait toutefois d’encourager une prise de risque excessive. La régulation tente de résoudre ce dilemme en agissant en amont, par la surveillance et les exigences de fonds propres, puis en préparant des procédures de résolution qui maintiennent les fonctions essentielles tout en faisant supporter les pertes aux investisseurs.
b. La supervision bancaire contrôle les risques avant qu’ils ne deviennent systémiques
La correspond à la surveillance continue des établissements par une autorité publique. Elle porte sur la qualité de la gouvernance, l’évaluation des risques, la solidité des bilans et le respect des règles prudentielles. Ce contrôle accompagne la réglementation parce que la composition des actifs évolue et que les modèles peuvent sous-estimer les pertes. Il doit aussi suivre les risques que les banques peuvent déplacer vers des activités moins visibles dans leur bilan ou moins surveillées dans le .
Dans la zone euro, le confie à la Banque centrale européenne la supervision directe des banques les plus importantes, en coopération avec les autorités nationales. En France, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution participe à cette surveillance et contrôle les autres établissements dans le cadre commun. Cette organisation européenne correspond à l’échelle d’activité de banques qui opèrent largement au-delà des frontières nationales.
Le superviseur recueille des informations détaillées sur les crédits, les titres, les financements et les contreparties. Il peut exiger une correction, limiter la distribution de dividendes ou imposer davantage de capital. Il contrôle également la qualité des dirigeants et des procédures internes. Cette surveillance réduit une partie de l’asymétrie d’information qui sépare la banque de ses créanciers et, plus largement, de la collectivité.
Les simulent des scénarios défavorables : récession, hausse du chômage, baisse immobilière ou pertes sur certains titres. Ils permettent d’estimer si une banque conserverait suffisamment de fonds propres pour absorber le choc tout en continuant à financer l’économie. Leur valeur dépend cependant de la sévérité des scénarios et de la qualité des données. Des hypothèses trop favorables risquent de sous-estimer la fragilité d’une banque, tandis qu’un scénario suffisamment exigeant peut la révéler avant que la difficulté ne devienne critique.
La cherche d’abord à protéger chaque établissement et ses clients. La raisonne, elle, à l’échelle du système. Une pratique prudente pour une banque isolée peut devenir dangereuse si toutes l’adoptent au même moment : vendre un actif risqué améliore un bilan individuel, mais des ventes simultanées font chuter son prix et dégradent tous les bilans. L’approche macroprudentielle vise précisément à intégrer ces effets collectifs.
La surveillance ne supprime jamais l’incertitude. Les innovations financières peuvent évoluer plus vite que les règles, les risques migrer vers la et le superviseur dépendre d’informations produites par les établissements eux-mêmes. Son indépendance, ses compétences et sa capacité à intervenir face à une banque puissante sont donc déterminantes. L’évaluation de la supervision est difficile, car une partie de ses effets tient à la prévention de crises qui ne se produisent finalement pas.
c. Les ratios de solvabilité renforcent la capacité des banques à absorber les pertes
Les sont constitués des ressources apportées par les actionnaires et des bénéfices conservés. Ils absorbent les premières pertes. Lorsqu’un crédit n’est pas remboursé, la valeur de l’actif diminue alors que la dette de la banque envers ses déposants subsiste. Des fonds propres suffisants permettent donc d’encaisser ces pertes tout en continuant à assurer les paiements et à financer l’économie.
Un rapporte les fonds propres réglementaires aux actifs pondérés selon leur risque. Un crédit accordé à une entreprise fragile exige ainsi davantage de capital qu’un actif considéré comme plus sûr. Le principe est double : rendre la prise de risque plus coûteuse pour la banque et constituer, avant la crise, un coussin capable d’absorber les pertes.
Ratio de = (fonds propres réglementaires / ) × 100
Les accords de , élaborés après la crise de 2008, ont renforcé la quantité et la qualité du capital exigé, introduit des coussins supplémentaires et complété les exigences de solvabilité par des règles de liquidité. Un coussin contracyclique peut être augmenté lorsque le crédit progresse excessivement, puis relâché en période de crise. L’objectif est d’éviter que les banques ne réduisent brutalement leurs prêts pour respecter un seuil devenu contraignant au pire moment.
Le ratio modifie également les incitations. Plus les actionnaires ont de capital réellement exposé, plus ils supportent les pertes liées à une stratégie risquée. La banque finance alors une part moindre de ses actifs par la dette et résiste mieux à une baisse de leur valeur. Les fonds propres financent les actifs de la banque, notamment les crédits, tout en absorbant les pertes avant que celles-ci n’atteignent les créanciers. Ils ne correspondent donc pas à une réserve de monnaie laissée inutilisée.
La pondération des risques soulève néanmoins une difficulté. Lorsqu’elle repose sur des modèles internes, une banque peut sous-estimer certains risques et réduire artificiellement son besoin de capital. Une règle trop simple, à l’inverse, traite de manière identique des actifs très différents et peut encourager le déplacement vers les plus rémunérateurs. Le , qui rapporte le capital à l’ensemble des expositions sans pondération détaillée, complète donc les exigences fondées sur les risques pondérés.
Des exigences de capital plus élevées peuvent renchérir certains crédits à court terme, puisque la banque doit lever des fonds ou réduire certaines activités. Ce coût doit toutefois être mis en regard du bénéfice d’un système plus résistant et de crises moins fréquentes. Le calibrage de la réglementation cherche ainsi à permettre le développement du crédit tout en limitant l’endettement excessif et la dépendance à une garantie publique implicite.
d. Une régulation efficace combine prévention, gestion de crise et responsabilité
La stabilité financière repose sur la complémentarité des instruments. La surveillance permet de repérer les vulnérabilités, tandis que les exigences de fonds propres donnent aux banques une capacité d’absorption des pertes. Les instruments macroprudentiels limitent l’accumulation du risque pendant l’expansion du crédit. Si une banque rencontre néanmoins des difficultés, la résolution organise sa restructuration ou sa fermeture ; le prêteur en dernier ressort et la garantie des dépôts contribuent à prévenir une panique. Aucun de ces dispositifs ne remplit à lui seul toutes ces fonctions.
La prépare la restructuration ou la fermeture ordonnée d’une banque en difficulté. Elle vise à maintenir les services indispensables, notamment les paiements et l’accès aux dépôts, sans sauver systématiquement les actionnaires ni les créanciers exposés. La possibilité de convertir certaines dettes en capital ou d’imposer des pertes réduit la promesse implicite d’un sauvetage. Pour discipliner les décisions prises avant la crise, cette possibilité doit toutefois rester crédible.
Les instruments macroprudentiels ciblent l’accumulation du risque avant qu’elle ne devienne critique. Une autorité peut relever le coussin de fonds propres, limiter la part d’un achat immobilier financée par la dette ou encadrer le rapport entre remboursement et revenu. Ces règles sont appliquées pendant l’expansion, au moment même où le risque paraît faible et où toute restriction est politiquement difficile. Ces interventions cherchent à réduire l’accumulation des risques avant la crise. Leur coût peut ainsi rester inférieur à celui des mesures nécessaires après un effondrement financier.
La coordination internationale est indispensable face à des groupes transfrontaliers et à des marchés intégrés. Des règles communes réduisent la possibilité de déplacer une activité vers la juridiction la moins exigeante, phénomène appelé . Elles doivent néanmoins conserver une capacité d’adaptation aux structures nationales. Une uniformité apparente peut masquer des risques très différents lorsque les marchés immobiliers, les modes de financement ou les garanties publiques ne sont pas comparables.
La régulation se heurte enfin à une difficulté politique. Pendant l’expansion, les bénéfices du crédit sont visibles alors que les risques paraissent abstraits. Après une crise, la volonté de renforcer toutes les règles peut à l’inverse conduire à freiner des financements utiles. Le calibrage s’appuie donc sur l’état des bilans, le cycle du crédit et les coûts collectifs attendus, tout en tenant compte de l’incertitude qui subsiste.
Le système financier relie l’épargne à l’investissement, assure les paiements et répartit les risques. L’endettement, la et les engagements fondés sur des revenus futurs permettent ce financement, mais créent aussi des vulnérabilités. Les interdépendances entre acteurs peuvent ensuite propager une difficulté. La régulation vise à préserver ces fonctions en faisant supporter aux acteurs une part effective des risques qu’ils prennent et en limitant la transmission d’une défaillance à l’ensemble de l’économie.
Annexe – Notions clés
- Actif financier : titre ou créance qui procure à son détenteur un droit sur des revenus ou des paiements futurs.
- Actifs pondérés par les risques : actifs bancaires auxquels est appliqué un poids dépendant de leur niveau de risque pour calculer les besoins de capital.
- Aléa moral : prise de risque accrue lorsqu’un acteur pense ne pas supporter pleinement les conséquences négatives de ses décisions.
- Appel de marge : demande de garantie supplémentaire formulée lorsque la valeur du collatéral devient insuffisante.
- Arbitrage réglementaire : déplacement d’une activité vers la règle ou la juridiction la moins contraignante.
- Bâle III : ensemble de normes internationales renforçant le capital et la liquidité des banques après la crise de 2008.
- Bulle spéculative : hausse cumulative du prix d’un actif au-delà de ce que semblent justifier ses revenus futurs.
- Cascade informationnelle : processus par lequel les décisions observées conduisent les acteurs suivants à négliger leur information propre.
- Collatéral : actif remis en garantie d’un prêt et mobilisable en cas de défaut.
- Comportements mimétiques : décisions fondées sur l’imitation des autres acteurs, notamment lorsque l’information est incertaine.
- Contagion financière : diffusion d’une difficulté d’un marché ou d’une institution vers d’autres composantes du système financier.
- Contraction du crédit : réduction forte de l’offre de prêts ou durcissement de leurs conditions.
- Crise financière : dérèglement grave de la sphère financière qui menace le financement normal de l’économie.
- Déflation par la dette : processus dans lequel les ventes et la baisse des prix accroissent le poids réel des dettes.
- Économie réelle : production, investissement, emploi et revenus associés aux biens et services.
- Effet de richesse : influence de la valeur du patrimoine sur la consommation et l’épargne.
- Effet de richesse négatif : réduction des dépenses provoquée par une baisse durable de la valeur du patrimoine.
- Externalité négative : coût imposé à d’autres agents sans compensation par une décision économique.
- Finance non bancaire : activités de crédit et d’intermédiation réalisées hors des banques traditionnelles.
- Fonds propres bancaires : ressources apportées par les actionnaires et bénéfices conservés qui absorbent les premières pertes.
- Grande Dépression : contraction économique profonde et durable ouverte par la crise de 1929.
- Illiquidité : incapacité temporaire à faire face à des paiements immédiats malgré la détention éventuelle d’actifs de valeur.
- Krach boursier : chute brutale, importante et généralisée du prix des titres cotés.
- Levier financier : utilisation de la dette pour accroître la taille d’un investissement relativement aux fonds propres.
- Liquidité : capacité à effectuer immédiatement un paiement ou à convertir un actif en monnaie sans perte importante.
- Mécanisme de surveillance unique : organisation européenne qui confie à la BCE et aux autorités nationales la supervision des banques de la zone euro.
- Panique bancaire : retraits simultanés provoqués par la crainte que la banque ne puisse rembourser tous ses déposants.
- Politique macroprudentielle : action destinée à prévenir les risques qui menacent le système financier dans son ensemble.
- Prêteur en dernier ressort : fonction par laquelle la banque centrale fournit des liquidités d’urgence à une institution ou au système bancaire.
- Prophétie auto-réalisatrice : anticipation qui contribue, par les comportements qu’elle déclenche, à produire l’événement prévu.
- Ratio de levier : rapport entre le capital bancaire et l’ensemble des expositions, sans pondération détaillée des risques.
- Ratio de solvabilité : rapport entre les fonds propres réglementaires d’une banque et ses actifs pondérés par les risques.
- Régulation financière : règles et interventions publiques destinées à préserver la stabilité et le financement de l’économie.
- Résolution bancaire : procédure organisant la restructuration ou la fermeture ordonnée d’une banque en difficulté.
- Risque systémique : risque qu’un choc local désorganise l’ensemble du système financier et atteigne l’économie réelle.
- Solvabilité : capacité durable d’un agent à rembourser ses dettes grâce à ses actifs et à ses revenus.
- Subprimes : crédits hypothécaires américains accordés à des emprunteurs présentant un risque élevé de défaut.
- Supervision bancaire : surveillance continue des banques par une autorité publique afin de contrôler leurs risques.
- Supervision microprudentielle : surveillance destinée à protéger chaque établissement financier et ses clients.
- Système financier : institutions, marchés et règles qui organisent le financement et la circulation des ressources financières.
- Tests de résistance : simulations de scénarios défavorables destinées à mesurer la capacité d’une banque à absorber des pertes.
- Titrisation : transformation de créances en titres négociables vendus à des investisseurs.
- Too big to fail : situation d’une institution dont la faillite désordonnée menacerait suffisamment le système pour rendre probable une intervention publique.
- Transformation des échéances : financement d’actifs longs par des ressources dont une partie est remboursable à court terme.
- Valeur fondamentale : estimation de la valeur d’un actif à partir des revenus futurs qu’il devrait procurer.
- Ventes forcées : cessions d’actifs imposées par une contrainte de remboursement, de liquidité ou de garantie.
