SES · ÉCONOMIE · CHAPITRE 01

Quelles sources et quels défis de la croissance économique ?

Sommaire du cours

1. La croissance économique mesure l'augmentation durable de la production

a. Le PIB réel permet de définir et de mesurer la croissance économique

La désigne l'augmentation soutenue de la production de biens et de services réalisée sur un territoire pendant une période longue. Elle porte sur le volume produit par l'ensemble de l'économie ; une hausse des prix, de la quantité de monnaie en circulation ou de la richesse de quelques agents ne suffit donc pas à caractériser une croissance. On la mesure à partir du produit intérieur brut, ou PIB. Le PIB mesure la valeur des biens et services finaux produits sur un territoire au cours d'une période donnée, en général un trimestre ou une année. Le critère territorial le distingue du revenu national : la production d'une entreprise étrangère installée en France entre dans le PIB français, tandis que celle d'une entreprise française implantée à l'étranger entre dans le PIB du pays d'accueil.

Le PIB est calculé à partir des valeurs ajoutées. La d'une organisation productive est égale à la valeur de sa production diminuée de la valeur des utilisées pour produire. Une boulangerie achète par exemple de la farine, de l'électricité et divers services. Leur valeur a déjà été comptabilisée chez les fournisseurs. Soustraire ces consommations intermédiaires évite de compter plusieurs fois les mêmes richesses. Au niveau national, le PIB est obtenu en additionnant les valeurs ajoutées des unités productives résidentes, puis en ajoutant les impôts sur les produits et en retranchant les subventions sur les produits. Cette méthode intègre la production marchande, vendue à un prix économiquement significatif, et la production non marchande des administrations publiques, évaluée principalement par ses coûts de production.

La comptabilité nationale présente deux autres approches du PIB. L'approche par les revenus additionne les rémunérations distribuées lors de la production : salaires, cotisations sociales, excédents d'exploitation, revenus mixtes et impôts nets de subventions. L'approche par la demande additionne les emplois finaux des biens et services produits : consommation, , variation des stocks et exportations, dont on retranche les importations. Les trois approches décrivent la même activité sous des angles différents. Une production crée simultanément un bien ou un service, un revenu pour ceux qui y participent et une dépense lorsqu'elle trouve un utilisateur final.

Une augmentation du , mesuré aux prix courants, peut provenir d'une hausse des quantités produites, d'une hausse des prix ou des deux. La croissance doit isoler la variation des quantités. Les statisticiens calculent un , aussi appelé PIB en volume, en neutralisant l'effet de la variation des prix. Si la valeur produite augmente de 5 % pendant que le niveau des prix progresse de 3 %, la croissance réelle est proche de 2 %. Le calcul exact repose sur des indices de prix et sur des volumes chaînés, ce qui permet de tenir compte de la transformation de la structure de la production. Confondre valeur nominale et valeur réelle conduirait à prendre l'inflation pour de la croissance.

Le du PIB réel mesure sa variation relative entre deux dates. Il se calcule de la manière suivante :

Taux de croissance du PIB réel = ((PIB réel de l'année n - PIB réel de l'année n-1) / PIB réel de l'année n-1) x 100.

Un taux positif indique que le volume de production a augmenté. Un taux négatif signale une contraction de l'activité. En France, selon les comptes nationaux de l'Insee publiés en 2026, le PIB a atteint 2 991,1 milliards d'euros courants en 2025 et a progressé de 0,8 % en volume. La première donnée exprime la valeur de la production aux prix de l'année, tandis que la seconde mesure l'évolution de son volume. Dans une copie ou un commentaire de document, il faut préciser laquelle de ces deux grandeurs est étudiée.

La périodicité modifie le sens du résultat. Une croissance annuelle compare le niveau moyen du PIB d'une année à celui de l'année précédente. Une croissance trimestrielle compare un trimestre au trimestre immédiatement antérieur. Le taux d' indique ce que serait la croissance annuelle si le PIB restait stable jusqu'à la fin de l'année. Les premières estimations sont ensuite révisées lorsque des informations plus complètes deviennent disponibles. Ces révisions font partie de la construction du PIB : sa mesure repose sur une méthode établie, mais se précise à mesure que les données sont disponibles.

b. La croissance est un phénomène cumulatif, récent et inégal selon les pays

Une hausse ponctuelle du PIB relève de l', c'est-à-dire d'une phase d'augmentation de l'activité à court terme. La croissance renvoie à une tendance durable. Une désigne une baisse de l'activité économique. Dans l'usage courant européen, elle est souvent associée à deux trimestres consécutifs de recul du PIB, même si les instituts statistiques analysent un ensemble plus large d'indicateurs. Les économies connaissent des fluctuations autour de leur tendance : accélérations, ralentissements, stagnations et récessions. Une année de recul n'annule pas l'existence d'un processus de croissance sur plusieurs décennies.

La croissance moderne est récente à l'échelle de l'histoire. Pendant de nombreux siècles, la production augmentait lentement et ses gains étaient souvent absorbés par la progression de la population. Le niveau de vie moyen restait proche d'un seuil de subsistance. À partir de la révolution industrielle, l'usage massif des machines, des énergies fossiles, la diffusion des connaissances scientifiques et la transformation des institutions ont permis une augmentation durable de la production par habitant. Les estimations du Maddison Project montrent que le PIB réel mondial par habitant a été multiplié par plus de dix entre 1820 et le début des années 2020. Cette rupture historique s'est accompagnée d'une urbanisation rapide, d'une diversification des consommations et d'un allongement considérable de l'espérance de vie.

De faibles écarts de taux produisent de grands écarts de niveau lorsqu'ils se prolongent. Une économie qui croît de 1 % par an pendant soixante-dix ans double approximativement sa production. À 2 % par an, le doublement intervient en près de trente-cinq ans. La règle des 70 fournit cette approximation : le nombre d'années nécessaire au doublement est proche de 70 divisé par le taux de croissance annuel. Le mécanisme vient de la croissance composée. La hausse obtenue une année s'applique ensuite à un niveau de production déjà accru. Un écart d'un point de croissance annuelle peut ainsi représenter, au bout d'une génération, une différence importante de ressources disponibles.

Le PIB total ne renseigne pas directement sur le niveau de vie moyen. Une économie peut produire davantage parce que sa population augmente, sans que la production disponible par personne progresse. Le PIB réel par habitant rapporte le PIB réel à la population. Son taux de variation est approximativement égal au taux de croissance du PIB réel diminué du taux de croissance démographique. En 2025, le PIB français a augmenté de 0,8 % en volume, tandis que le PIB réel par habitant a progressé d'environ 0,5 % selon Eurostat. La différence vient principalement de l'augmentation de la population. Le reste une moyenne : il ne dit pas comment les revenus sont répartis entre les habitants.

Il faut distinguer un taux de croissance d'un niveau de PIB. Un pays pauvre peut connaître une croissance de 6 % tout en conservant une production par habitant très inférieure à celle d'un pays riche qui croît de 1 %. Les économies parties d'un faible niveau peuvent adopter des technologies déjà éprouvées, transférer de la main-d'oeuvre vers des activités plus productives et accumuler rapidement du capital. Ce rattrapage favorise une vers les économies avancées lorsque les institutions, la formation et l'investissement le permettent. Il n'est ni automatique ni uniforme. Des pays peuvent rester durablement éloignés de la frontière technologique en raison de conflits, d'institutions fragiles, d'un insuffisant ou d'une spécialisation peu dynamique.

Les trajectoires diffèrent dans le temps. La France, l'Allemagne et le Japon ont connu une croissance très forte durant les décennies d'après-guerre, portée par la reconstruction, le rattrapage technologique, l'investissement et des gains rapides de . Le rythme a ralenti après le début des années 1970. Les économies développées ont ensuite traversé la crise financière de 2008, la crise sanitaire de 2020 et plusieurs chocs énergétiques. En France, le PIB réel a reculé de 7,4 % en 2020, puis rebondi de 6,9 % en 2021 dans la série actuelle de l'Insee. Ces variations exceptionnelles illustrent la différence entre la tendance de long terme et les fluctuations conjoncturelles.

La croissance peut améliorer les conditions de vie des ménages en soutenant l'emploi, les revenus et la consommation. Elle accroît aussi les possibilités d'investissement des entreprises. En élargissant les assiettes de prélèvements, elle peut faciliter le financement des services publics, de la protection sociale et du service de la dette. Ces effets dépendent toutefois de la répartition des gains, de la nature des productions et de leur coût écologique. L'augmentation de la production ne suffit donc pas à apprécier les progrès sociaux d'un pays.

c. Le PIB mesure la production sans résumer le bien-être ni la soutenabilité

Le PIB est d'abord un indicateur d'activité productive. Il fournit une mesure cohérente, comparable dans le temps et largement harmonisée entre les pays. Il permet d'étudier la conjoncture, de rapporter une dépense publique à la taille de l'économie ou de décomposer les sources de la croissance. Il n'est en revanche pas conçu pour mesurer directement le bonheur, la justice sociale ou la qualité de l'environnement. L'étude de ces dimensions nécessite d'autres indicateurs.

Une partie des activités utiles n'entre pas dans le PIB parce qu'elle ne donne pas lieu à une transaction monétaire observée. Le travail domestique réalisé au sein du ménage, l'aide informelle apportée à un proche et une grande part du bénévolat ne sont pas comptabilisés. Le même service peut faire augmenter le PIB lorsqu'il est acheté sur un marché et n'avoir aucun effet lorsqu'il est effectué gratuitement. L'économie souterraine licite est estimée par les comptables nationaux, avec une marge d'incertitude plus grande. La qualité des services non marchands est difficile à mesurer puisque leur production est souvent évaluée par leurs coûts. Une dépense éducative plus élevée augmente la valeur comptabilisée, sans garantir une amélioration proportionnelle des apprentissages.

Le PIB enregistre les productions réparatrices sans soustraire toutes les dégradations qui les ont rendues nécessaires. Une catastrophe naturelle peut détruire un patrimoine qui n'est pas retranché intégralement du flux annuel de production, puis susciter des dépenses de reconstruction qui augmentent le PIB. Des soins liés à la pollution sont comptés comme une production de services de santé. Le PIB est brut parce qu'il ne déduit pas la consommation de capital fixe, c'est-à-dire l'usure des bâtiments, machines et infrastructures. Le produit intérieur net opère cette correction pour le capital produit, sans intégrer complètement la dégradation du .

Le PIB additionne des valeurs ajoutées sans indiquer leur distribution. Deux pays ayant le même PIB par habitant peuvent présenter des inégalités très différentes. Une augmentation de la production dont les revenus bénéficient surtout aux ménages les plus aisés accroît le PIB par habitant, alors que le niveau de vie d'une majorité d'habitants peut peu évoluer. Il faut compléter le PIB par le revenu disponible des ménages, le revenu médian, les rapports entre quantiles ou le coefficient de Gini. Une moyenne mesure la quantité totale rapportée à la population. Une médiane partage la population en deux groupes de même taille et décrit souvent mieux la situation de l'individu placé au centre de la distribution.

Les comparaisons internationales exigent une précaution supplémentaire. Convertir les PIB au taux de change du marché peut donner une image trompeuse du pouvoir d'achat, car le prix d'un même panier de biens diffère entre les pays. Les économistes utilisent des (PPA), qui construisent une unité monétaire commune à partir des niveaux de prix. Le PIB par habitant en PPA est adapté à la comparaison des volumes de biens et services accessibles. La comparaison reste tributaire des enquêtes de prix et du choix des paniers utilisés pour calculer les PPA, qui font eux aussi l'objet de révisions.

La production peut contribuer au bien-être par les revenus, les emplois, les biens privés et les services collectifs qu'elle rend possibles. Le bien-être dépend également de la santé et de l'éducation, ainsi que de la sécurité économique, des relations sociales, du temps libre et de la qualité de l'environnement. L'indice de développement humain associe le revenu par habitant, l'espérance de vie et l'éducation. Les comptes de patrimoine mesurent des stocks de capital. Les indicateurs d'empreinte carbone, d'émissions ou de consommation de matières renseignent sur les pressions environnementales. Aucun indicateur unique ne peut agréger ces dimensions sans choix de pondération et sans jugement normatif.

L'Insee développe depuis 2024 des comptes nationaux augmentés qui rapprochent l'activité, la répartition des revenus et les émissions de gaz à effet de serre. Le PIB prend ainsi place dans un tableau de bord plus large. Le choix de l'indicateur dépend de la question posée. Le PIB réel renseigne sur le volume produit et le PIB réel par habitant donne une approximation du niveau de vie moyen. Pour étudier les inégalités, on leur associe des indicateurs de répartition ; pour apprécier la soutenabilité, on examine aussi des grandeurs physiques. Chacun apporte une information sur une dimension de la situation économique et sociale.

2. La croissance provient de l'accumulation des facteurs et de leur utilisation plus efficace

a. L'augmentation du travail et du capital soutient une croissance extensive

La production repose d'abord sur des , c'est-à-dire les ressources durables mobilisées pour produire. Les deux facteurs retenus dans le modèle de base sont le travail et le capital. Le facteur travail correspond à l'ensemble des activités humaines rémunérées participant à la production. Sa quantité dépend du nombre de personnes en emploi et de la durée moyenne du travail. Le regroupe les biens de production utilisés pendant plusieurs cycles : machines, bâtiments, logiciels, équipements de transport ou réseaux. Les matières premières et l'énergie sont des dans la comptabilité nationale, même si leur disponibilité influence fortement les capacités de production.

La quantité de travail disponible résulte de plusieurs composantes. La population en âge de travailler fixe un potentiel démographique. Le taux d'activité indique la part des personnes qui occupent un emploi ou en recherchent un. Le taux d'emploi mesure la part de la population d'un âge donné qui travaille effectivement. La durée annuelle moyenne du travail dépend notamment de la durée hebdomadaire, des congés, du temps partiel et des périodes sans emploi au cours de l'année. Le nombre d'années passées en emploi détermine, quant à lui, le volume de travail fourni sur l'ensemble de la carrière. Une hausse du taux d'emploi des jeunes, des femmes ou des seniors augmente le volume de travail si la durée moyenne ne recule pas dans la même proportion. L'immigration de travail peut également accroître la population active et apporter des compétences complémentaires.

Une augmentation du volume de travail permet généralement de produire davantage, mais son effet dépend des équipements disponibles, des compétences des travailleurs et de l'organisation de la production. Une hausse du nombre d'heures peu productives peut produire moins qu'une hausse plus faible d'heures accompagnée d'outils performants. La qualité du travail est souvent approchée par le , ensemble des connaissances, qualifications, expériences et aptitudes qui augmentent la capacité productive. À quantité d'heures identique, une population mieux formée ou en meilleure santé peut créer une valeur supérieure.

Le stock de capital augmente grâce à l'. Pour une entreprise, l'investissement correspond à l'acquisition ou à la création d'actifs destinés à servir durablement la production. La comptabilité nationale le mesure principalement par la formation brute de capital fixe. Acheter une machine, construire une usine ou développer un logiciel accroît les capacités futures. Acheter des actions déjà émises constitue un placement financier et non un investissement productif au sens de la comptabilité nationale. L'investissement brut doit au moins compenser la dépréciation du capital existant pour éviter une réduction du stock disponible.

L'accumulation du capital produit plusieurs effets. Un investissement de capacité permet d'augmenter le volume maximal de production. Un investissement de remplace ou améliore les équipements afin de produire davantage avec une quantité donnée de travail. Un investissement de remplacement maintient l'appareil productif. Ces catégories peuvent se recouvrir. Une nouvelle ligne de production peut simultanément remplacer une installation usée, accroître la capacité et réduire le nombre d'heures nécessaires par unité produite.

La repose principalement sur l', c'est-à-dire l'augmentation des quantités de travail et de capital mobilisées. Une économie augmente sa production en employant plus de travailleurs, en allongeant le volume total d'heures ou en installant plus de capital. Cette voie a joué un rôle central dans les phases d'industrialisation et demeure importante dans les pays dont la population active progresse rapidement. Elle rencontre des limites. La population ne peut augmenter indéfiniment, le temps disponible est borné et l'accumulation de capital subit des rendements décroissants lorsque les autres facteurs restent inchangés.

Le principe des signifie que chaque unité supplémentaire d'un facteur apporte un supplément de production de plus en plus faible si la quantité des autres facteurs et la technologie ne changent pas. Ajouter des ordinateurs dans une entreprise dont l'effectif et les compétences restent inchangés finit par produire peu d'effet. Multiplier les travailleurs autour d'un nombre fixe de machines crée de l'encombrement. L'accumulation reste nécessaire, surtout lorsqu'elle corrige un manque d'équipement. Une croissance durable du niveau de vie exige une amélioration de l'efficacité avec laquelle travail et capital sont combinés.

b. Les gains de productivité permettent une croissance intensive

La productivité mesure l'efficacité de la production en rapportant le volume produit à la quantité de facteurs utilisée. La productivité du travail peut être calculée par personne en emploi ou par heure travaillée. La seconde mesure distingue mieux l'efficacité de la durée du travail. Si une entreprise produit 120 unités en 100 heures au lieu de 100 unités avec le même volume d'heures, la productivité horaire augmente de 20 %. Cette hausse peut provenir de machines plus performantes, d'une meilleure organisation, de compétences accrues ou d'une technologie nouvelle.

Les gains de productivité donnent à l'entreprise une marge pour augmenter les salaires sans accroître dans la même proportion le coût par unité produite. Ils peuvent aussi se traduire par une baisse des prix ou une hausse des profits, dont une partie peut financer l'investissement. Il est également possible de maintenir la production en réduisant le temps de travail. À l'échelle macroéconomique, les gains de productivité soutiennent le pouvoir d'achat, la compétitivité et les recettes publiques si leurs effets sont diffusés. La répartition entre salaires, profits, baisse des prix et réduction du temps de travail dépend du rapport de force salarial, de la concurrence, des institutions et des choix de l'entreprise.

La productivité du travail peut augmenter lorsqu'un salarié dispose de davantage de capital. Cette hausse du capital par travailleur est appelée approfondissement du capital ou intensité capitalistique. Un ouvrier équipé d'une machine à commande numérique produit plus par heure qu'avec un outil manuel. L'écart ne tient donc pas à ses seules compétences : la productivité apparente du travail résume l'effet conjoint de l'équipement, de l'organisation, du capital humain et de la technologie.

Les économistes représentent cette relation par une . Sous une forme simple, elle s'écrit : Y = A x F(K, L). Y désigne le volume produit, K le capital, L le travail et A l'efficacité globale de leur combinaison. La fonction F indique ce qu'une économie peut produire avec différentes quantités de capital et de travail, compte tenu de la technologie. Le terme A est associé à la (PGF). Une hausse de la PGF signifie que la même quantité pondérée de capital et de travail permet d'obtenir davantage de production.

La PGF progresse sous l'effet du , défini comme l'ensemble des innovations qui transforment les produits, les procédés de production et les formes d'organisation. L'amélioration peut venir d'une machine plus précise, qui réduit les pertes de matière, ou d'un logiciel qui optimise les stocks. Elle peut aussi résulter d'une méthode de gestion qui raccourcit les délais. Une de produit peut créer une valeur d'usage plus élevée sans exiger une augmentation proportionnelle des intrants. Le progrès technique améliore la manière dont les facteurs sont combinés et se manifeste, dans la , par une augmentation de leur productivité globale.

La repose principalement sur les gains de productivité. Elle autorise une hausse de la production par travailleur et du sans augmentation équivalente du volume des facteurs. Elle est décisive dans les économies vieillissantes où la population active progresse peu. Son rythme peut varier selon les vagues d'innovation et leur diffusion. L'électricité, le moteur à combustion, la chimie, l'informatique et les télécommunications ont modifié de nombreux secteurs. Une invention n'augmente pourtant la productivité agrégée que lorsqu'elle est adoptée, complétée par des investissements et intégrée dans les organisations.

Les gains de productivité sont difficiles à mesurer dans les services et dans l'économie numérique. Une amélioration gratuite de la qualité d'un moteur de recherche ou d'un logiciel est mal saisie par les prix. À l'inverse, une hausse apparente de productivité peut venir d'un transfert d'activités vers des entreprises spécialisées ou d'un changement de composition entre secteurs. Ces difficultés doivent être prises en compte dans l'interprétation des données de productivité. Le ralentissement de la productivité observé dans de nombreuses économies avancées depuis le milieu des années 2000 peut refléter une diffusion plus lente des innovations, un investissement insuffisant, des difficultés de mesure et un écart croissant entre entreprises à la frontière et entreprises moins productives.

c. La comptabilité de la croissance sépare les contributions des facteurs et de la PGF

La comptabilité de la croissance cherche à attribuer la hausse du PIB à l'augmentation du travail, à l'accumulation du capital et à la progression de la PGF. Elle étudie ainsi les sources de l'augmentation des capacités productives sur une longue période, plutôt que les variations de la demande à l'origine d'une reprise à court terme. Dans une représentation simplifiée, la croissance du PIB est égale à la contribution du capital, augmentée de la contribution du travail et de celle de la PGF.

Croissance du PIB = contribution du capital + contribution du travail + contribution de la PGF.

La contribution d'un facteur dépend de son et de son poids estimé dans la production. Si le volume de travail augmente de 1 % et que la part attribuée au travail est de 60 %, sa contribution comptable est de 0,6 point. Si le capital augmente de 2 % avec un poids de 40 %, sa contribution est de 0,8 point. Une croissance totale de 2 % laisse alors 0,6 point à la PGF. Les contributions s'expriment en points de pourcentage, pas en pourcentage de la croissance sauf lorsqu'on les rapporte ensuite au total.

La PGF est calculée comme un résidu. Les statisticiens observent la croissance du PIB, estiment les variations des facteurs et soustraient leurs contributions. Ce qui reste est attribué à l'efficacité globale. Ce résidu reflète notamment le progrès technique, les changements d'organisation et la réallocation des facteurs vers les entreprises les plus productives. Il intègre aussi les économies d'échelle, les améliorations de la qualité du travail et du capital qui sont mal mesurées, ainsi que les erreurs statistiques. Une hausse de la PGF ne constitue pas une mesure pure de l'innovation.

Les travaux de Robert Solow ont donné à ce résidu une place centrale. Dans son étude de 1957 sur les États-Unis, une grande part de la hausse de la production par heure ne s'expliquait pas par l'accumulation mesurée du capital. Ce résultat a montré que l'ajout de machines ne suffisait pas à rendre compte de la croissance moderne. Le modèle de Solow traite le progrès technique comme exogène : son rythme est donné à l'extérieur du modèle. Cette hypothèse permet d'étudier ses effets, sans expliquer les décisions économiques qui le font naître.

La décomposition éclaire les différences entre périodes. Les Trente Glorieuses ont associé accumulation du capital, hausse de l'emploi et gains rapides de PGF liés au rattrapage technologique. Le ralentissement intervenu après les années 1970 s'explique en partie par une moindre progression de la productivité. Les pays proches de la frontière technologique doivent produire davantage d'innovations originales. Les pays en rattrapage peuvent obtenir des gains rapides en important des techniques, en améliorant l'allocation du travail et en modernisant leur capital.

Une contribution comptable n'établit pas à elle seule une causalité indépendante. L'investissement incorpore souvent des technologies nouvelles dont l'adoption est facilitée par la formation ; réciproquement, une innovation peut rendre certains investissements rentables. Ces facteurs se renforcent donc mutuellement. La comptabilité sépare des composantes pour mesurer, tandis que l'analyse économique explique leurs interactions. Elle repose sur des hypothèses relatives à la fonction de production, aux rendements d'échelle et à la rémunération des facteurs. Ses résultats fournissent des ordres de grandeur dont l'interprétation dépend de ces hypothèses ; ils ne suffisent pas à établir l'ensemble des causes de la croissance.

3. L'innovation et les institutions rendent le progrès technique endogène

a. Les décisions d'investissement produisent et diffusent les innovations

Une invention est la découverte d'une connaissance, d'un procédé ou d'un objet nouveau. Elle devient une lorsqu'elle est introduite dans l'activité économique. Joseph Schumpeter distingue plusieurs formes d'innovation : nouveaux produits, nouvelles méthodes de production, nouveaux débouchés, nouvelles sources de matières premières et nouvelles organisations. Un laboratoire peut inventer une technologie de batterie. L'innovation commence lorsque cette technologie est fabriquée, intégrée à des produits et adoptée par des utilisateurs. L'innovation suppose donc que la possibilité technique issue de l'invention trouve une mise en oeuvre économique et sociale.

L'entreprise innove dans l'espoir d'obtenir un avantage : un nouveau produit peut ouvrir un marché, tandis qu'un nouveau procédé peut réduire les coûts ou améliorer la qualité. La perspective d'un profit temporairement supérieur rémunère le risque, les dépenses engagées et les échecs antérieurs. L'innovation demeure incertaine : une recherche peut ne rien découvrir, un produit peut être techniquement réussi sans rencontrer de demande, une technologie peut arriver trop tôt ou être dépassée. Le financement de projets innovants exige des acteurs capables d'accepter un risque élevé et un horizon long.

Les théories de la , développées à partir des années 1980, expliquent le par les choix des agents économiques. Paul Romer étudie le rôle de la recherche et de l'accumulation de connaissances, tandis que Robert Lucas met l'accent sur le . Robert Barro analyse pour sa part celui des infrastructures et du . Philippe Aghion et Peter Howitt prolongent l'approche schumpétérienne fondée sur l'innovation et la . Dans ces approches, le progrès technique est expliqué au sein du modèle. Il résulte d'investissements dont le niveau dépend des profits attendus, des compétences, du financement et des politiques publiques.

Ces approches montrent la complémentarité entre plusieurs formes de capital. Les connaissances issues de la recherche et développement constituent le capital technologique ; leur mise en oeuvre peut nécessiter de nouveaux équipements, qui relèvent du . Le capital humain facilite l'invention, puis l'adoption et l'adaptation des technologies. Le capital public fournit une partie des infrastructures nécessaires, notamment dans les transports, l'énergie, les communications, la santé et l'éducation. Une entreprise tire mieux parti d'un logiciel avancé si ses salariés sont formés, si le réseau numérique est fiable et si elle peut coopérer avec des centres de recherche.

La connaissance possède des propriétés particulières. Son usage par un agent n'empêche pas nécessairement son usage par un autre. Une formule scientifique peut être mobilisée simultanément dans plusieurs entreprises. Elle est en partie non rivale. Empêcher toute diffusion d'une idée reste difficile, même lorsqu'un brevet ou le secret industriel la protège. La connaissance produit des lorsque l'activité d'un innovateur améliore les possibilités d'autres agents sans rémunération complète. Ces effets passent, par exemple, par les compétences qu'un chercheur transmet à ses collègues. Ils apparaissent aussi lorsqu'une entreprise démontre la faisabilité d'une technologie ou qu'un brevet publié renseigne de futurs inventeurs.

Ces externalités créent un écart entre rendement privé et rendement social. L'entreprise compare la dépense de recherche au profit qu'elle peut capter. La société bénéficie également des imitations, des compétences créées et des innovations ultérieures. L' privé risque d'être inférieur au niveau collectivement souhaitable. Le financement public de la recherche fondamentale, les subventions à la , l'éducation et les infrastructures peuvent réduire cet écart. Leur efficacité dépend de la sélection des projets, de la capacité administrative et de l'évaluation des résultats. L'intervention publique corrige une incitation insuffisante sans supprimer l'incertitude propre à l'innovation.

La croissance peut devenir auto-entretenue. Un investissement dans l'éducation élève les compétences et facilite ainsi la recherche et l'adoption de techniques. Lorsque les innovations augmentent la et les revenus, une part de ces revenus peut financer de nouveaux investissements. Les connaissances déjà acquises servent à leur tour de base à d'autres découvertes. Ce mécanisme cumulatif évite que les rendements décroissants du seul capital physique conduisent nécessairement à l'arrêt de la croissance par habitant. Il ne garantit pas un rythme constant : les idées peuvent être plus difficiles à découvrir, leur diffusion peut ralentir et les investissements peuvent rester insuffisants.

La dépense de R&D fournit un indicateur imparfait de l'effort d'innovation. La France y consacrait environ 2,2 % de son PIB au début des années 2020, un niveau proche de la moyenne de l'Union européenne et inférieur à celui de plusieurs économies très innovantes. Une dépense élevée accroît les moyens de recherche sans assurer automatiquement des résultats. Les brevets mesurent certaines inventions protégées, pas les innovations organisationnelles, les logiciels libres ni les secrets de fabrication. Pour apprécier l'effort d'innovation, on rapproche donc les moyens engagés des résultats scientifiques et des brevets obtenus, puis de l'adoption effective des technologies et des gains de productivité.

b. Les institutions orientent les incitations à investir et à innover

Les institutions sont les règles formelles et informelles qui organisent les interactions économiques et sociales. Elles comprennent les règles juridiques qui encadrent notamment les contrats, les normes informelles et les habitudes de confiance, ainsi que les organisations chargées de les faire respecter, comme les tribunaux et les administrations. Des règles prévisibles et effectivement appliquées réduisent l'incertitude. Un investisseur engage plus volontiers des ressources s'il peut conserver légalement les revenus du projet, faire respecter un contrat et contester une décision devant une justice indépendante. Une instabilité politique ou juridique élève le risque et raccourcit l'horizon des décisions.

Les définissent la possibilité d'utiliser un actif, d'en percevoir les revenus et de le céder. Leur protection favorise l'investissement, car l'agent anticipe qu'il pourra bénéficier des résultats. Les droits de propriété intellectuelle, tels que les brevets, accordent à l'inventeur un droit exclusif temporaire en échange de la publication de l'invention. Le brevet crée une rente destinée à rémunérer la recherche. À son expiration, la connaissance devient librement exploitable selon les règles prévues.

La protection doit trouver un équilibre. Un droit trop faible réduit l'espérance de profit et peut décourager une recherche coûteuse. Un droit excessivement long ou large limite la concurrence, renchérit l'accès à la technologie et peut bloquer les innovations qui s'appuient sur des connaissances antérieures. Ce dilemme est visible dans le médicament : la protection finance des essais longs et risqués, tandis qu'un prix de monopole peut restreindre l'accès au traitement. Les licences, les exceptions et la durée limitée des brevets cherchent à concilier incitation à inventer et diffusion des connaissances.

Au-delà de la protection de la propriété, plusieurs institutions contribuent à l'investissement et à l'innovation. Le système éducatif forme les compétences, tandis que les marchés financiers orientent l'épargne vers les projets productifs. Le droit de la concurrence limite les pratiques par lesquelles une entreprise installée cherche à fermer l'accès au marché. La stabilité macroéconomique réduit l'incertitude sur les prix et la demande ; les infrastructures publiques diminuent certains coûts de coordination. Enfin, la confiance et la qualité de l'administration facilitent les échanges. Ces conditions influencent les rendements attendus des projets et la décision de les engager.

Douglass North montre que les institutions structurent les incitations et contribuent aux trajectoires de long terme. Daron Acemoglu et James Robinson opposent des institutions inclusives, qui permettent à une large partie de la population de participer à l'activité et de sécuriser ses projets, à des institutions extractives qui concentrent le pouvoir et les ressources. Cette distinction contribue à expliquer certains écarts de développement, en tenant compte des interactions entre les institutions et leur contexte. La géographie et les ressources disponibles, mais aussi l'histoire, les conflits, le capital humain et l'insertion internationale, influencent les trajectoires économiques.

Une corrélation entre qualité institutionnelle et richesse ne suffit pas à établir le sens de la causalité. De bonnes institutions peuvent soutenir la croissance. Un revenu plus élevé peut donner à l'État les moyens d'améliorer la justice, l'éducation et l'administration. Des facteurs historiques peuvent influencer simultanément richesse et institutions. Les économistes mobilisent des comparaisons historiques, des réformes et des méthodes économétriques pour isoler les effets. Ces travaux permettent notamment d'étudier comment la crédibilité des règles et l'ouverture des possibilités économiques favorisent l'engagement de ressources dans des projets longs et innovants.

L'action publique peut cependant produire des effets contraires à ceux qui étaient recherchés. Une subvention peut être captée par un groupe organisé ou une réglementation complexe protéger les entreprises en place. De même, un brevet peut être utilisé pour empêcher l'entrée d'un concurrent, et une politique industrielle prolonger le soutien à une technologie peu prometteuse. L'évaluation, la transparence et la concurrence entre projets contribuent à limiter ces risques. L'efficacité d'une s'apprécie donc à partir de ses effets observés sur l'entrée de nouveaux producteurs, l'expérimentation, la diffusion des techniques et la productivité.

c. La destruction créatrice renouvelle les activités productives

Schumpeter décrit le capitalisme comme un processus de destruction créatrice. L'innovation crée des produits, des entreprises, des métiers et des méthodes de production. Elle rend en même temps certaines activités anciennes moins rentables ou inutiles. La photographie numérique a ainsi réduit la demande de pellicules, tandis que la diffusion à la demande s'est substituée à une partie des supports physiques. Le commerce en ligne a, pour sa part, transformé la distribution et développé de nouveaux besoins logistiques. Dans chaque cas, le développement de nouvelles activités s'accompagne du recul ou de la transformation d'activités existantes.

L'entreprise innovante bénéficie souvent d'un . Sa nouveauté la distingue de ses concurrents et lui permet de fixer un prix supérieur à son coût marginal. Cette rente finance la recherche et attire de nouveaux entrants. Les concurrents imitent, améliorent le produit ou proposent une technologie différente. La rente se réduit lorsque la diffusion progresse. La perspective de remplacer l'entreprise dominante entretient la dynamique d'innovation. Une position durablement protégée peut produire l'effet inverse si l'entreprise utilise son pouvoir pour bloquer les entrants.

La destruction créatrice soutient la productivité par la réallocation des facteurs. Le travail et le capital quittent progressivement les activités les moins efficaces pour rejoindre celles qui répondent mieux à la demande ou utilisent des technologies plus productives. Cette réallocation prend du temps et entraîne des coûts. Les compétences des salariés ne correspondent pas toujours aux nouveaux emplois, tandis que les équipements spécialisés peuvent perdre de leur valeur. Dans les territoires dépendants d'une industrie en recul, la baisse d'activité peut se prolonger. Les gains de productivité de l'ensemble de l'économie peuvent donc s'accompagner de difficultés importantes pour certains groupes.

Le rythme de destruction dépend de la nature de l'innovation. Une innovation incrémentale améliore progressivement un produit existant. Une innovation radicale ouvre une trajectoire technique nouvelle. Une innovation de rupture peut modifier les modèles économiques et déplacer rapidement la demande. Les frontières restent discutées. Un smartphone associe de nombreuses innovations antérieures, puis remplace partiellement plusieurs appareils et services. L'effet économique vient autant de la combinaison, de la baisse des coûts et de la diffusion que de l'invention initiale.

La croissance s'accompagne d'une transformation de la structure productive. La part de l'agriculture dans l'emploi a fortement diminué avec la hausse de sa productivité. L'industrie s'est mécanisée et spécialisée. Les services occupent désormais la majorité des emplois dans les économies avancées. Ces transformations changent les qualifications demandées, l'organisation des villes, les modes de consommation et la répartition des revenus. La moderne est un processus quantitatif accompagné de changements structurels.

L'accompagnement des transitions peut accroître l'acceptabilité et l'efficacité de l'innovation. La formation professionnelle facilite la mobilité vers de nouvelles tâches. L'assurance chômage permet de rechercher un emploi mieux adapté sans chute immédiate de revenu. Les politiques territoriales soutiennent la reconversion des bassins spécialisés. Le droit de la concurrence préserve l'entrée de nouveaux producteurs. Ces dispositifs accompagnent les disparitions et les créations d'activités en réduisant les coûts d'ajustement. Ils peuvent ainsi limiter les difficultés durables de certains travailleurs et territoires, ainsi que l'opposition au progrès technique qu'elles peuvent susciter.

4. Le progrès technique soulève des défis distributifs et écologiques

a. Le progrès technique peut accroître les inégalités de revenus

Le augmente la moyenne sans bénéficier de façon identique à tous les travailleurs. Un changement est biaisé en faveur des qualifications lorsqu'il accroît davantage la productivité et la demande des salariés qualifiés. L'informatique complète souvent le travail des ingénieurs, cadres, chercheurs et professions capables d'analyser des informations complexes. Elle remplace plus facilement certaines tâches codifiables. La demande de travail qualifié augmente relativement à celle du travail moins qualifié. Si l'offre de compétences ne progresse pas au même rythme, l'écart de salaire se creuse.

L'analyse par les tâches précise le mécanisme. Une technologie ne remplace pas nécessairement un métier entier. Elle automatise certaines tâches, en transforme d'autres et en crée de nouvelles. Les logiciels ont pris en charge des calculs répétitifs, tout en créant des besoins de conception, de maintenance et de contrôle. Leur usage peut aussi laisser davantage de place aux tâches de relation avec les clients ou les usagers. Les travailleurs occupant des emplois composés de tâches routinières sont plus exposés à la substitution. Les tâches abstraites, créatives ou relationnelles peuvent être complémentaires de la technologie. Les effets récents de l'intelligence artificielle restent incertains, car elle touche des tâches qualifiées et peut réduire certains écarts de productivité entre travailleurs.

Une polarisation de l'emploi apparaît lorsque les emplois très qualifiés et certains emplois de services peu automatisables progressent, tandis que les emplois intermédiaires routiniers reculent. Les premiers bénéficient d'une forte complémentarité avec le capital numérique. Les seconds reposent souvent sur une présence physique, une adaptation locale ou une relation humaine dont l'automatisation demeure coûteuse. Les emplois administratifs ou industriels intermédiaires peuvent être davantage substituables. Cette évolution modifie la structure des salaires, sans impliquer la disparition générale du travail.

L' peut concentrer les revenus au sommet. L'entrepreneur qui crée un marché reçoit une rente d'innovation. Les actionnaires d'une entreprise très productive bénéficient de profits et de plus-values. Les technologies numériques présentent souvent de faibles coûts de reproduction et de puissants effets de réseau : un service devient plus utile lorsque le nombre d'utilisateurs augmente. Ces propriétés favorisent des marchés où quelques entreprises superstars réalisent une part élevée des ventes et des profits. Les travaux de David Autor et de ses coauteurs relient cette concentration à la baisse de la part du travail dans la de plusieurs secteurs.

Les travaux de Philippe Aghion, Ufuk Akcigit, Antonin Bergeaud, Richard Blundell et David Hémous sur les États-Unis mettent en évidence une relation positive entre innovation et part des revenus captée au sommet. Le même lien n'apparaît pas pour les mesures plus larges des inégalités, ce qui invite à distinguer la concentration des très hauts revenus des écarts dans l'ensemble de la population. L'innovation peut enrichir fortement les inventeurs et les fondateurs d'entreprises tout en créant des emplois, en réduisant les prix et en facilitant la mobilité sociale. Une corrélation agrégée ne signifie pas que toute innovation augmente nécessairement toutes les formes d'inégalité.

Le patrimoine amplifie les écarts. Les ménages qui possèdent des actions, des brevets ou une entreprise reçoivent une part des rendements du capital innovant. Les autres dépendent davantage de leur salaire. Une hausse de la valeur des entreprises technologiques accroît alors les revenus et le patrimoine des propriétaires. La concentration géographique de l'innovation renchérit le logement et creuse les écarts entre territoires dynamiques et territoires en reconversion. Le progrès technique agit par les salaires, les profits, les prix des actifs et la localisation des activités.

Les institutions influencent la répartition finale de ces gains et de ces coûts. L'éducation détermine l'accès aux compétences complémentaires des nouvelles technologies, et la formation continue aide les travailleurs à s'adapter. Le partage des gains de productivité dépend aussi de la concurrence, qui limite les rentes durables, et de la négociation salariale. La fiscalité et la protection sociale modifient ensuite les revenus disponibles. Une même innovation peut ainsi avoir des effets distributifs différents selon les règles économiques et sociales du pays où elle est adoptée.

b. La croissance se heurte à l'épuisement des ressources, aux pollutions et au réchauffement climatique

Une peut se prolonger sans dégrader les capacités économiques, sociales et environnementales nécessaires aux générations futures. Cette définition oblige à raisonner sur des stocks de capital, pas seulement sur le flux annuel de PIB. Le capital produit rassemble les équipements et infrastructures. Le correspond aux connaissances et à la santé. Le comprend les ressources, les écosystèmes, la biodiversité et les fonctions de régulation du climat. Une hausse actuelle de la production peut fragiliser la production future si elle détruit des stocks essentiels.

La première limite vient de l'épuisement des ressources. Une ressource non renouvelable, comme un minerai ou un combustible fossile, possède un stock fini à l'échelle humaine. Son extraction réduit les quantités restantes, même si de nouveaux gisements, le recyclage et les substitutions modifient les réserves économiquement accessibles. Une ressource renouvelable, telle qu'une forêt ou une population de poissons, se reconstitue si le prélèvement ne dépasse pas son rythme de régénération. La surexploitation peut franchir un seuil au-delà duquel le stock se dégrade rapidement.

L'augmentation de la production exerce un : à techniques et composition inchangées, produire davantage exige plus d'énergie et de matières et génère plus de déchets. Le Programme des Nations unies pour l'environnement estime que l'extraction mondiale de ressources est passée d'environ 30 à 106 milliards de tonnes entre 1970 et le début des années 2020. Elle pourrait encore augmenter de 60 % d'ici 2060 sans inflexion majeure. L'ordre de grandeur montre que l'amélioration de l'efficacité par unité produite peut être dépassée par la croissance du volume total.

La deuxième limite tient aux pollutions, qui constituent souvent des . Une entreprise ou un consommateur émet un polluant dont une partie du coût sanitaire, écologique ou économique est supportée par d'autres agents. Le prix de marché ne reflète pas spontanément ce dommage. L'air dégradé, l'eau contaminée, les sols artificialisés et la perte de biodiversité réduisent le bien-être et peuvent affaiblir la production future. Le PIB comptabilise la production à l'origine du dommage et les dépenses engagées pour le réparer, sans déduire automatiquement la totalité de la perte environnementale.

Le réchauffement climatique résulte de l'accumulation de gaz à effet de serre issue principalement de la combustion des énergies fossiles, de l'industrie, de l'agriculture et des changements d'usage des sols. Le climat est affecté par le stock cumulé d'émissions, ce qui rend certains effets durables. L'Organisation météorologique mondiale estime que 2025 a été la deuxième ou troisième année la plus chaude observée, autour de 1,43 °C au-dessus de la moyenne de 1850-1900. Une année isolée ne définit pas le seuil climatique de long terme. La succession des records confirme une tendance qui accroît les risques pour la santé, l'agriculture, les infrastructures et les écosystèmes.

La tragédie des biens communs aide à comprendre la difficulté. L'atmosphère, les océans et la biodiversité fournissent des services accessibles à de nombreux agents, tandis qu'il est difficile d'exclure ceux qui les dégradent. Chaque acteur tire un bénéfice individuel de l'émission ou du prélèvement et ne supporte qu'une fraction du coût collectif. En l'absence de règles collectives adaptées, cette situation favorise la surexploitation. À l'échelle mondiale, un pays peut également espérer bénéficier des efforts des autres sans réduire ses propres émissions. La préservation des ressources communes dépend alors des institutions et de la coopération entre leurs utilisateurs.

La suppose qu'une diminution du capital naturel peut être compensée par davantage de , humain ou technologique. L'épuisement d'une ressource serait acceptable si les revenus financent des équipements, des connaissances ou un substitut procurant des services équivalents. La considère que certains éléments naturels sont critiques et difficilement substituables. Un climat stable, des écosystèmes fonctionnels ou une espèce disparue ne peuvent pas toujours être remplacés par une machine. Ces deux approches se distinguent par le degré de substituabilité qu'elles admettent entre les formes de capital ; elles ne supposent pas, en elles-mêmes, de renoncer à toute activité économique.

c. L'innovation peut reculer les limites écologiques sans garantir la soutenabilité

Le progrès technique produit un lorsqu'il réduit la quantité d'énergie, de matières ou d'émissions nécessaire pour une unité de production. Une isolation performante diminue, par exemple, l'énergie nécessaire au chauffage d'un bâtiment. Une batterie plus dense permet de stocker davantage d'électricité à masse donnée. Dans d'autres activités, l'agriculture de précision limite certains intrants, tandis que le recyclage fournit des ressources secondaires à partir des déchets. Les innovations de procédé, de produit et d'organisation peuvent dissocier une partie de la création de valeur des pressions environnementales.

L' apparaît lorsque l'économie se déplace vers des activités moins intensives en ressources ou en carbone. Une hausse de la part des services peut réduire les émissions territoriales par unité de PIB. Le résultat dépend du type de service, de son énergie et des biens qu'il mobilise. Une économie peut importer des produits industriels et déplacer une partie des émissions à l'étranger. L'empreinte de consommation attribue les pressions environnementales aux biens consommés, quel que soit leur lieu de production. Elle complète les émissions territoriales sans les remplacer.

Le signifie que la pression environnementale augmente moins vite que le PIB. Le correspond à une baisse de cette pression pendant que le PIB progresse. Entre 1990 et 2023, le PIB de l'Union européenne a augmenté d'environ 70 % et ses émissions territoriales de gaz à effet de serre ont diminué d'environ 37 % selon l'Agence européenne pour l'environnement. Ce découplage absolu reste partiel : il ne concerne pas de la même manière toutes les ressources, tous les pays et toutes les empreintes liées à la consommation.

Une innovation environnementale peut être freinée par une double externalité. L'innovateur ne capte pas tous les bénéfices de la connaissance créée. Le pollueur ne paie pas spontanément l'intégralité du dommage évité par la technologie propre. Le rendement privé de l'innovation verte est alors inférieur à son rendement social. La tarification du carbone, notamment par un marché de quotas, et les normes peuvent rendre les technologies propres plus avantageuses. Les subventions à la et la commande publique peuvent en soutenir le développement. Ces instruments, étudiés dans le chapitre sur l'action publique pour l'environnement, montrent comment les prix, les règles et les investissements orientent le progrès technique.

Les technologies propres suivent des trajectoires cumulatives. Les investissements augmentent l'échelle de production, l'expérience réduit les coûts et la diffusion stimule de nouvelles améliorations. Les panneaux photovoltaïques et les batteries illustrent ces effets d'apprentissage. Un verrouillage technologique peut produire la dynamique opposée. Des infrastructures, des compétences et des habitudes conçues autour des énergies fossiles rendent coûteux le passage à une autre solution. Une politique prévisible réduit l'incertitude et accélère l' dans les technologies bas-carbone.

Les gains d'efficacité peuvent être en partie annulés par l'. Une technologie réduit le coût d'usage d'un service, ce qui encourage sa consommation. Une voiture moins énergivore diminue le coût par kilomètre et peut conduire à parcourir davantage de kilomètres. Le rebond est inférieur, égal ou supérieur au gain initial selon les comportements et les marchés. L'effet rebond réduit donc, dans une proportion variable, les bénéfices environnementaux des gains d'efficacité. Il ne les annule pas nécessairement, mais peut empêcher que l'amélioration par unité se traduise par une baisse de l'impact total.

L'innovation peut repousser certaines limites en améliorant l'efficacité, en permettant la substitution entre ressources ou en facilitant le recyclage et la restauration des milieux. Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, la soutenabilité. Son développement prend du temps, ses effets sont incertains et elle mobilise elle-même des ressources. La préservation de capitaux naturels critiques peut exiger une baisse directe de certaines pressions, une modification de la composition de la demande et des règles collectives. Le rythme pertinent se juge à partir d'indicateurs physiques : émissions cumulées, stocks de ressources, état des écosystèmes et empreinte matérielle. La hausse du PIB apporte des moyens d'action, tandis que la soutenabilité dépend de l'usage qui en est fait.

Annexe – Notions clés

  • Accumulation des facteurs : augmentation de la quantité de travail et de capital mobilisée dans la production.
  • Acquis de croissance : taux de croissance annuel qui serait obtenu si le PIB restait stable jusqu'à la fin de l'année.
  • Capital humain : ensemble des connaissances, compétences, expériences et aptitudes qui augmentent la capacité productive d'un individu.
  • Capital naturel : stock de ressources naturelles, d'écosystèmes et de fonctions environnementales utiles aux sociétés humaines.
  • Capital physique : ensemble des biens de production durables utilisés pendant plusieurs cycles de production.
  • Capital public : infrastructures et équipements collectifs qui soutiennent les activités productives.
  • Comptabilité de la croissance : méthode qui décompose la croissance du PIB entre les contributions du travail, du capital et de la PGF.
  • Consommations intermédiaires : biens et services détruits ou transformés au cours du processus de production.
  • Convergence : rapprochement du niveau de production par habitant d'une économie vers celui des économies plus avancées.
  • Croissance économique : augmentation soutenue de la production de biens et de services sur une période longue, mesurée par le PIB réel.
  • Croissance endogène : croissance dont le progrès technique est expliqué par les décisions d'investissement, de recherche, de formation et d'infrastructure.
  • Croissance extensive : croissance reposant principalement sur l'augmentation des quantités de facteurs de production.
  • Croissance intensive : croissance reposant principalement sur les gains de productivité et une meilleure combinaison des facteurs.
  • Croissance soutenable : croissance compatible avec la préservation des capacités économiques, sociales et environnementales des générations futures.
  • Découplage absolu : situation dans laquelle une pression environnementale diminue alors que le PIB augmente.
  • Découplage relatif : situation dans laquelle une pression environnementale augmente moins vite que le PIB.
  • Destruction créatrice : processus par lequel l'innovation crée de nouvelles activités et rend certaines activités anciennes obsolètes.
  • Droits de propriété : droits reconnus à un agent pour utiliser un actif, en tirer un revenu et le céder.
  • Effet d'échelle : augmentation des pressions environnementales liée à la hausse du volume total produit, à techniques inchangées.
  • Effet de composition : variation des pressions environnementales provenant du changement de poids des secteurs ou des produits dans l'économie.
  • Effet de technique : diminution ou augmentation de l'impact par unité produite sous l'effet d'un changement technologique.
  • Effet rebond : augmentation d'un usage provoquée par la baisse de son coût, qui réduit une partie du gain d'efficacité attendu.
  • Expansion : phase d'augmentation de l'activité économique à court terme.
  • Externalité négative : effet défavorable d'une activité sur un tiers sans compensation monétaire complète.
  • Externalité positive : effet favorable d'une activité sur un tiers sans rémunération monétaire complète.
  • Facteurs de production : ressources durables, principalement travail et capital, mobilisées pour produire.
  • Fonction de production : représentation de la relation entre le volume produit, les quantités de facteurs et l'état de la technologie.
  • Innovation : mise en oeuvre économique d'un produit, d'un procédé, d'un débouché, d'une ressource ou d'une organisation nouvelle.
  • Institution : règle formelle ou informelle qui organise les interactions économiques et sociales.
  • Investissement : acquisition ou création d'un actif destiné à être utilisé durablement dans la production.
  • Monopole temporaire : position provisoire d'un innovateur qui lui permet de percevoir une rente avant l'imitation ou l'entrée de concurrents.
  • Parité de pouvoir d'achat : taux de conversion qui égalise le prix d'un panier comparable entre plusieurs pays.
  • PIB nominal : valeur de la production finale mesurée aux prix courants.
  • PIB par habitant : PIB rapporté à la population, utilisé comme approximation du niveau de vie moyen.
  • PIB réel : valeur de la production corrigée de la variation des prix afin de mesurer son volume.
  • Productivité : rapport entre un volume produit et la quantité de facteurs utilisée.
  • Productivité globale des facteurs : mesure de l'efficacité avec laquelle le travail et le capital sont combinés.
  • Progrès technique : ensemble des innovations qui transforment les produits, les procédés et les organisations productives.
  • R&D : activités de recherche fondamentale, de recherche appliquée et de développement expérimental destinées à accroître les connaissances et leurs applications.
  • Récession : phase de recul de l'activité économique.
  • Rendements factoriels décroissants : diminution du supplément de production apporté par chaque unité additionnelle d'un facteur lorsque les autres facteurs et la technologie restent fixes.
  • Soutenabilité forte : conception selon laquelle certains éléments du capital naturel sont critiques et faiblement substituables.
  • Soutenabilité faible : conception selon laquelle la diminution d'un capital peut être compensée par l'accumulation d'autres formes de capital.
  • Taux de croissance : variation relative d'une grandeur entre deux dates, exprimée en pourcentage.
  • Valeur ajoutée : valeur de la production diminuée de la valeur des consommations intermédiaires.

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Questions de cours

25 questions de cours — Réponses selon la méthode AIE

25questions · méthode AIE

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01Comment mesure-t-on la croissance économique ?

Affirmation. La croissance économique correspond à l’augmentation durable de la quantité de biens et de services produite dans une économie. Elle se mesure principalement à partir du taux de variation du PIB réel, c’est-à-dire du PIB corrigé de l’évolution des prix.

Illustration. Durant les Trente Glorieuses, entre 1945 et le début des années 1970, la France connaît une croissance particulièrement rapide : la production augmente de plusieurs pourcents par an pendant près de trois décennies.

Explication. Le PIB additionne les valeurs ajoutées créées sur un territoire au cours d’une année. Pour mesurer une véritable augmentation des quantités produites, il faut distinguer cette progression de celle qui résulte simplement de l’inflation. On utilise donc le PIB en volume. Le taux de croissance correspond alors à la variation du PIB réel entre deux périodes. Pour comparer les niveaux de vie, on utilise également le PIB réel par habitant, qui tient compte de l’évolution de la population.

02Pourquoi le PIB réel est-il utilisé pour mesurer la croissance économique ?

Affirmation. Le PIB réel permet de mesurer l’évolution des quantités produites en neutralisant l’effet de la variation des prix.

Illustration. Si le PIB nominal d’un pays augmente de 5 % alors que les prix progressent également de 5 %, l’économie n’a pas nécessairement produit davantage. La hausse observée peut provenir intégralement de l’inflation.

Explication. Le PIB nominal valorise la production aux prix courants. Son augmentation peut donc résulter soit d’une hausse des quantités produites, soit d’une hausse des prix. Pour mesurer la croissance, les statisticiens utilisent des prix constants ou des indices de volume afin d’isoler l’évolution de la production réelle. C’est cette distinction qui permet de comparer convenablement les performances d’une économie d’une année à l’autre.

03Comment l’accumulation du facteur travail contribue-t-elle à la croissance économique ?

Affirmation. Une économie peut produire davantage lorsqu’elle mobilise une quantité plus importante de travail.

Illustration. Durant les Trente Glorieuses, la croissance française a notamment bénéficié de l’augmentation de la population active, de l’immigration de travail et de la progression de l’activité féminine.

Explication. Le facteur travail dépend du nombre de personnes employées, de leur durée de travail et de leur participation au marché du travail. Une hausse de l’emploi permet, toutes choses égales par ailleurs, d’augmenter la production. Cette croissance est qualifiée d’extensive lorsqu’elle repose essentiellement sur l’utilisation d’une quantité supérieure de facteurs. Elle rencontre néanmoins une limite : la population active et la durée du travail ne peuvent augmenter indéfiniment. À long terme, la progression du niveau de vie dépend donc surtout des gains de productivité.

04Comment l’accumulation du capital contribue-t-elle à la croissance économique ?

Affirmation. L’investissement accroît le stock de capital productif et permet ainsi d’augmenter les capacités de production.

Illustration. La croissance rapide de la Chine à partir des années 1980 a reposé en partie sur un niveau exceptionnellement élevé d’investissement dans les usines, les infrastructures, les logements et les équipements productifs.

Explication. Une entreprise qui achète une nouvelle machine, construit une usine ou investit dans un logiciel accroît son capital productif. Les travailleurs disposent alors de davantage d’équipements et peuvent produire plus. Robert Solow montre toutefois que l’accumulation du capital connaît des rendements décroissants : ajouter une nouvelle machine augmente fortement la production lorsque le capital est rare, puis de moins en moins lorsqu’il devient abondant. L’investissement explique donc une partie de la croissance, sans suffire à entretenir durablement la croissance du revenu par habitant.

05Montrez que la croissance économique ne s’explique pas seulement par l’accumulation des facteurs de production.

Affirmation. Une partie importante de la croissance provient d’une meilleure efficacité dans l’utilisation du travail et du capital, et non seulement de leur augmentation.

Illustration. Dans ses travaux de 1957 sur les États-Unis, Robert Solow montre qu’une fraction importante de la croissance américaine ne peut être expliquée par la seule augmentation du travail et du capital. Cette part inexpliquée est souvent qualifiée de résidu de Solow.

Explication. Si la production augmente plus rapidement que les quantités de travail et de capital mobilisées, cela signifie que ces facteurs sont utilisés plus efficacement. Cette amélioration est mesurée par la productivité globale des facteurs (PGF). Elle peut résulter d’innovations technologiques, d’une meilleure organisation du travail, d’un capital humain plus élevé ou d’institutions plus efficaces. La croissance peut ainsi devenir intensive, lorsqu’elle repose principalement sur les gains de productivité.

06Comment les gains de productivité contribuent-ils à la croissance économique ?

Affirmation. Les gains de productivité permettent de produire davantage avec une même quantité de facteurs de production.

Illustration. La mécanisation de l’agriculture au XXe siècle a considérablement augmenté la quantité produite par travailleur. Une fraction importante de la main-d’œuvre a ainsi pu rejoindre l’industrie puis les services sans provoquer de diminution de la production agricole.

Explication. Lorsque la productivité augmente, le coût de production d’une unité peut diminuer. Les entreprises peuvent alors réduire leurs prix, augmenter leurs profits, investir davantage ou accroître les salaires. Ces différents effets soutiennent la demande et l’investissement. Surtout, les gains de productivité permettent une augmentation durable du PIB par habitant sans nécessiter une hausse proportionnelle du nombre d’heures travaillées.

07Quel rôle le progrès technique joue-t-il dans la croissance économique ?

Affirmation. Le progrès technique constitue l’une des principales sources de croissance à long terme parce qu’il améliore l’efficacité productive.

Illustration. La diffusion de l’électricité à partir de la fin du XIXe siècle, puis de l’informatique et d’Internet à la fin du XXe siècle, a transformé les méthodes de production dans un très grand nombre de secteurs.

Explication. Le progrès technique regroupe les améliorations des produits et des procédés de production. Une innovation de procédé permet de produire davantage avec les mêmes facteurs ; une innovation de produit crée de nouveaux biens et de nouveaux marchés. Il améliore donc la productivité globale des facteurs. Dans le modèle initial de Solow, le progrès technique explique la croissance durable du revenu par habitant, même s’il est considéré comme extérieur au fonctionnement du modèle.

08Comment l’innovation produit-elle du progrès technique ?

Affirmation. Le progrès technique se concrétise économiquement lorsque de nouvelles connaissances sont transformées en innovations utilisables dans la production.

Illustration. L’invention du transistor en 1947 n’a pas seulement constitué une découverte scientifique. Son exploitation industrielle a permis le développement des circuits intégrés, des ordinateurs puis des smartphones.

Explication. Joseph Schumpeter distingue plusieurs formes d’innovation : nouveaux produits, nouveaux procédés, nouveaux marchés ou nouvelles organisations. L’innovation transforme une connaissance en application productive. Les dépenses de recherche et développement, l’activité des entrepreneurs et l’investissement permettent cette transformation. Le progrès technique n’est donc pas seulement le résultat d’inventions scientifiques : il dépend également de la capacité des entreprises à les diffuser et à les intégrer dans leur activité.

09Pourquoi le progrès technique peut-il être considéré comme endogène ?

Affirmation. Le progrès technique peut être considéré comme endogène lorsqu’il résulte des décisions économiques des entreprises, des ménages et des pouvoirs publics.

Illustration. Les investissements américains dans les universités, la recherche militaire et l’informatique après la Seconde Guerre mondiale ont contribué au développement de technologies ensuite utilisées dans l’économie civile, notamment Internet.

Explication. Les théories de la croissance endogène développées notamment par Paul Romer, Robert Lucas et Robert Barro montrent que l’innovation dépend elle-même de l’investissement. Les entreprises financent la R&D dans l’espoir d’obtenir des profits futurs, les individus investissent dans leur éducation et les pouvoirs publics financent des infrastructures ou la recherche fondamentale. Ces dépenses produisent des connaissances et des externalités positives qui améliorent la productivité future. La croissance peut donc alimenter les investissements qui produiront à leur tour de la croissance.

10Comment l’investissement dans le capital humain peut-il favoriser la croissance économique ?

Affirmation. L’éducation et la formation accroissent le capital humain des individus et peuvent augmenter leur productivité.

Illustration. La Corée du Sud a fortement développé l’enseignement secondaire et supérieur parallèlement à son industrialisation à partir des années 1960. La montée du niveau de qualification a accompagné son passage vers des productions de plus en plus technologiques.

Explication. Robert Lucas insiste sur le rôle du capital humain, constitué des connaissances, compétences et expériences détenues par les individus. Un travailleur mieux formé peut utiliser des technologies plus complexes, résoudre davantage de problèmes et participer plus facilement à l’innovation. Le capital humain favorise également l’adoption des technologies créées ailleurs. L’éducation ne constitue donc pas seulement une dépense sociale : elle peut accroître durablement les capacités productives d’une économie.

11Comment les dépenses de recherche et développement peuvent-elles entretenir la croissance économique ?

Affirmation. Les dépenses de R&D favorisent la création de connaissances et d’innovations susceptibles d’accroître durablement la productivité.

Illustration. Les États-Unis ont développé après 1945 un vaste système associant universités, laboratoires publics, financements militaires et entreprises privées. Plusieurs innovations majeures dans l’électronique, l’aéronautique ou l’informatique sont issues de cet écosystème.

Explication. Dans les modèles de Paul Romer, les idées possèdent une caractéristique particulière : elles sont en partie non rivales. Une formule, un logiciel ou une connaissance peuvent être utilisés par plusieurs producteurs simultanément. Une innovation peut donc améliorer non seulement la productivité de l’entreprise qui l’a créée, mais aussi celle d’autres acteurs. Ces externalités expliquent pourquoi l’investissement privé en R&D peut être inférieur au niveau socialement souhaitable et justifient une intervention publique.

12Comment les infrastructures publiques peuvent-elles favoriser la croissance économique ?

Affirmation. Les infrastructures publiques améliorent la productivité des entreprises et facilitent les échanges.

Illustration. La construction du réseau autoroutier inter-États aux États-Unis à partir des années 1950 a réduit les temps et les coûts de transport entre les régions américaines, facilitant la constitution d’un vaste marché intégré.

Explication. Robert Barro intègre le capital public dans les théories de la croissance endogène. Routes, ports, réseaux électriques ou infrastructures numériques rendent le capital privé plus productif. Une entreprise bénéficie d’un réseau de transport qu’elle n’aurait pas intérêt à construire seule. Lorsque l’investissement public est bien choisi, il peut donc créer des externalités positives et améliorer la productivité de nombreuses entreprises simultanément.

13Pourquoi les connaissances et les innovations peuvent-elles produire des externalités positives ?

Affirmation. Une innovation peut bénéficier à des agents qui n’ont pas participé à son financement, ce qui constitue une externalité positive.

Illustration. La concentration d’entreprises technologiques dans la Silicon Valley a favorisé la circulation des ingénieurs, des méthodes de production et des connaissances entre entreprises, universités et investisseurs.

Explication. La connaissance est difficile à contenir entièrement à l’intérieur de l’organisation qui l’a produite. Les salariés changent d’entreprise, les chercheurs publient et les innovations sont observées puis adaptées. Une entreprise qui finance une recherche ne récupère donc pas nécessairement la totalité du bénéfice social qu’elle engendre. Ces spillovers technologiques contribuent à la croissance collective, mais peuvent conduire les entreprises privées à investir moins en recherche que ce qui serait optimal pour l’ensemble de la société.

14Comment le processus de destruction créatrice contribue-t-il à la croissance économique ?

Affirmation. La croissance repose en partie sur le remplacement d’activités anciennes par des entreprises, technologies et produits plus performants.

Illustration. La photographie numérique a fait disparaître une grande partie du marché de la pellicule photographique. Kodak, longtemps dominant, s’est fortement contracté tandis que de nouvelles entreprises spécialisées dans le numérique se développaient.

Explication. Joseph Schumpeter qualifie ce processus de destruction créatrice. L’innovation procure temporairement une rente aux entreprises innovantes. Ces profits attirent ensuite des concurrents et favorisent de nouvelles innovations. La structure productive se transforme : certaines entreprises disparaissent, tandis que les ressources se dirigent vers des activités plus productives. Cette réallocation contribue à la croissance, même si elle entraîne des coûts sociaux pour les salariés, entreprises et territoires associés aux anciennes activités.

15Pourquoi les institutions sont-elles importantes pour la croissance économique ?

Affirmation. Les institutions déterminent les règles dans lesquelles les agents économiques investissent, innovent et échangent.

Illustration. La divergence économique entre la Corée du Sud et la Corée du Nord depuis la seconde moitié du XXe siècle est souvent mobilisée pour montrer qu’à partir de conditions initiales relativement proches, des organisations économiques et politiques différentes peuvent produire des trajectoires très éloignées.

Explication. Douglass North définit les institutions comme les « règles du jeu » d’une société. Des tribunaux efficaces, des contrats respectés, une administration prévisible et une protection contre l’expropriation réduisent l’incertitude. Les entrepreneurs sont alors davantage incités à investir dans des projets dont les bénéfices apparaîtront plusieurs années plus tard. Les institutions influencent également la concurrence et la capacité à diffuser les innovations.

16Comment les droits de propriété peuvent-ils favoriser l’investissement et l’innovation ?

Affirmation. Des droits de propriété clairement définis donnent aux agents la possibilité de bénéficier des revenus issus de leurs investissements.

Illustration. Un brevet accorde temporairement à son détenteur un droit exclusif d’exploitation d’une innovation. Une entreprise pharmaceutique peut ainsi espérer rentabiliser les dépenses importantes nécessaires à la recherche d’un nouveau médicament.

Explication. Investir suppose d’engager aujourd’hui des ressources en échange de revenus futurs incertains. Si l’innovateur risque d’être immédiatement copié ou exproprié, son incitation à investir diminue. Les droits de propriété réduisent ce risque. Ils nécessitent néanmoins un équilibre : une protection excessive peut également limiter la diffusion des connaissances et maintenir des monopoles. Les institutions doivent donc protéger suffisamment l’innovation sans empêcher durablement sa diffusion.

17Comment la qualité des institutions peut-elle influencer le niveau de croissance d’une économie ?

Affirmation. Des institutions efficaces améliorent l’allocation des ressources, limitent l’incertitude et favorisent l’investissement productif.

Illustration. Le Botswana est régulièrement étudié en économie du développement parce qu’il a connu, après son indépendance en 1966, une croissance durable en utilisant relativement efficacement ses recettes diamantifères, contrairement à plusieurs économies riches en ressources naturelles confrontées à davantage d’instabilité institutionnelle.

Explication. Daron Acemoglu et James Robinson distinguent notamment les institutions permettant une participation économique relativement large de celles qui concentrent les ressources et les opportunités entre quelques acteurs. Lorsque la corruption, l’arbitraire ou l’instabilité rendent les investissements incertains, les capitaux peuvent se détourner des activités productives. La croissance dépend donc non seulement du volume des ressources disponibles, mais également des règles qui déterminent leur utilisation.

18Comment le progrès technique peut-il engendrer des inégalités de revenus ?

Affirmation. Le progrès technique n’accroît pas nécessairement de manière identique la productivité et la rémunération de tous les travailleurs.

Illustration. À partir des années 1980, la diffusion massive de l’informatique aux États-Unis s’est accompagnée d’une hausse de la rémunération relative des diplômés du supérieur.

Explication. Certaines innovations sont biaisées en faveur des qualifications. L’informatique complète le travail des ingénieurs, cadres ou analystes, tandis qu’elle automatise certaines tâches routinières auparavant réalisées par des employés ou des ouvriers. Claudia Goldin et Lawrence Katz ont notamment étudié cette « course » entre technologie et éducation. Lorsque la demande de compétences augmente plus rapidement que l’offre de travailleurs qualifiés, les écarts de rémunération peuvent se creuser.

19Pourquoi le progrès technique peut-il favoriser les travailleurs les plus qualifiés ?

Affirmation. Les nouvelles technologies sont souvent complémentaires des compétences complexes et substituables aux tâches routinières.

Illustration. Dans la banque, l’automatisation a réduit le nombre de tâches de saisie ou de traitement administratif, alors que la demande d’informaticiens, d’analystes de données et de spécialistes de la gestion des risques a augmenté.

Explication. David Autor distingue les tâches routinières, plus facilement codifiables et automatisables, des tâches abstraites reposant sur le raisonnement, la créativité ou l’interaction humaine. Une technologie peut remplacer certains travailleurs tout en augmentant fortement la productivité d’autres catégories. Le progrès technique transforme donc la structure de la demande de travail. L’effet sur les inégalités dépend ensuite de la capacité du système éducatif à fournir les compétences recherchées.

20Pourquoi la croissance économique se heurte-t-elle à des limites écologiques ?

Affirmation. Une croissance fondée sur une utilisation croissante de matières premières et d’énergie peut dégrader les écosystèmes et rencontrer des contraintes physiques.

Illustration. L’industrialisation fondée sur le charbon puis le pétrole a permis une croissance exceptionnelle depuis le XIXe siècle, tout en provoquant une accumulation de gaz à effet de serre à l’origine du changement climatique.

Explication. La production nécessite de l’énergie, des matières premières et des services écosystémiques. Certains stocks naturels sont non renouvelables ou se reconstituent lentement. L’activité économique génère également des pollutions et des émissions qui ne sont pas intégralement prises en compte dans les prix. La croissance peut donc réduire le capital naturel et produire des coûts futurs non enregistrés dans le PIB.

21Comment la croissance économique peut-elle produire des externalités environnementales négatives ?

Affirmation. Une activité productive crée une externalité négative lorsque son coût environnemental est supporté par d’autres agents sans être intégré au prix du produit.

Illustration. Une centrale électrique utilisant du charbon paie son combustible et ses salariés, mais sans réglementation elle ne supporte pas nécessairement l’intégralité du coût sanitaire et climatique de ses émissions.

Explication. Arthur Pigou montre qu’en présence d’externalités, le prix de marché ne reflète pas le coût social total de la production. L’entreprise produit alors une quantité supérieure à celle qui serait socialement optimale. Une taxe environnementale ou un marché de quotas peut donner un prix à la pollution et internaliser l’externalité. Le système européen d’échange de quotas d’émission repose précisément sur cette logique pour les émissions de CO₂ de certains secteurs.

22Pourquoi l’épuisement de certaines ressources naturelles constitue-t-il un défi pour la croissance ?

Affirmation. Une économie qui dépend de ressources épuisables doit arbitrer entre leur utilisation présente et leur disponibilité future.

Illustration. Le pétrole constitue un stock fini à l’échelle humaine. Son exploitation a fortement soutenu l’industrialisation et les transports, mais chaque baril extrait réduit le stock restant.

Explication. Harold Hotelling montre que la gestion d’une ressource non renouvelable possède une dimension intertemporelle. Lorsque les ressources facilement accessibles deviennent rares, leur extraction peut devenir plus coûteuse. Une économie doit alors développer des substituts, améliorer l’efficacité de leur utilisation ou recycler davantage les matières. La rareté ne provoque donc pas nécessairement l’arrêt immédiat de la croissance, mais elle impose une transformation des technologies et des modes de production.

23Le progrès technique peut-il rendre la croissance économique soutenable ?

Affirmation. Le progrès technique peut réduire la quantité de ressources et de pollution nécessaire pour produire une unité de richesse, sans garantir à lui seul la soutenabilité.

Illustration. L’efficacité énergétique des véhicules, des bâtiments ou des équipements industriels s’est considérablement améliorée au cours des dernières décennies. Pourtant, l’augmentation du nombre d’équipements ou des distances parcourues peut compenser une partie de ces gains.

Explication. Les défenseurs d’une soutenabilité faible considèrent qu’une diminution de certains éléments du capital naturel peut être compensée par davantage de capital humain, technologique ou productif. D’autres ressources naturelles sont difficilement substituables. L’effet rebond, associé historiquement aux travaux de William Stanley Jevons, montre par ailleurs qu’une technologie plus efficace peut réduire le coût d’usage et provoquer une augmentation de la consommation. Le progrès technique est donc nécessaire à la transition écologique, mais ne suffit pas toujours à compenser l’augmentation des volumes produits.

24Comment l’innovation verte peut-elle contribuer à réduire les contraintes environnementales pesant sur la croissance ?

Affirmation. L’innovation verte permet de produire des biens et services en utilisant moins de ressources ou en générant moins de pollution.

Illustration. Le Danemark a investi de manière précoce dans l’éolien et a contribué au développement d’une industrie spécialisée devenue compétitive à l’échelle internationale.

Explication. Les innovations dans les énergies renouvelables, le stockage, l’efficacité énergétique ou le recyclage réduisent l’intensité environnementale de la production. Une politique environnementale peut accélérer cette orientation en modifiant la rentabilité relative des technologies. L’hypothèse dite de Porter, associée à Michael Porter, souligne qu’une réglementation environnementale bien conçue peut inciter les entreprises à innover et parfois compenser une partie de son coût initial par des gains d’efficacité et de compétitivité.

25Peut-on concilier durablement croissance économique et préservation de l’environnement ?

Affirmation. La croissance peut devenir moins intensive en ressources et en émissions, mais sa compatibilité durable avec les limites écologiques dépend de l’ampleur du découplage obtenu.

Illustration. Plusieurs économies européennes ont connu sur certaines périodes une hausse de leur PIB parallèlement à une diminution de leurs émissions territoriales de gaz à effet de serre. Cela montre qu’une augmentation de la production ne nécessite pas mécaniquement une hausse proportionnelle des émissions. Cette évolution est toutefois moins nette lorsque l’on tient compte des émissions incorporées dans les importations et des autres pressions sur la biodiversité et les ressources.

Explication. On parle de découplage relatif lorsque les pressions environnementales augmentent moins rapidement que le PIB, et de découplage absolu lorsqu’elles diminuent alors que le PIB progresse. L’innovation, la modification du mix énergétique, la fiscalité écologique et les normes peuvent favoriser ce découplage. Les travaux de William Nordhaus insistent sur la nécessité de donner un prix aux émissions afin d’orienter les décisions économiques. La possibilité de concilier croissance et environnement dépend donc moins d’une opposition abstraite entre les deux que de la capacité à réduire suffisamment vite l’utilisation de ressources et les émissions associées à chaque unité de production.