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FICHE 28 / 76

De la confrontation à la coexistence pacifique : apprendre à rivaliser sans transformer chaque crise en guerre mondiale

Après la mort de Staline, Khrouchtchev affirme qu’une guerre entre capitalisme et socialisme n’est pas inévitable. La « coexistence pacifique » ne signifie ni réconciliation idéologique ni renoncement à la compétition. Elle repose sur l’idée que l’URSS peut démontrer la supériorité du socialisme par la croissance, la science, l’influence diplomatique et le soutien aux mouvements anticoloniaux, tout en évitant une guerre nucléaire avec les États-Unis.

Les années 1950 et le début des années 1960 restent pourtant marqués par des crises sévères : Hongrie en 1956, Berlin à partir de 1958, avion U-2 abattu en 1960, mur de Berlin en 1961, Cuba en 1962. La coexistence pacifique est donc une méthode de compétition, non une période de calme continu. Les deux superpuissances apprennent progressivement à distinguer les intérêts vitaux des enjeux périphériques et à créer des canaux de communication.

La crise de Cuba accélère ce mouvement. Une liaison directe permanente, fonctionnant d’abord par télétype, est installée entre Washington et Moscou en 1963. La même année, le traité de Moscou interdit les essais nucléaires dans l’atmosphère, l’espace et sous l’eau. Le processus reste fragile, notamment parce que la Chine de Mao critique le compromis soviétique avec l’Occident. Il prépare néanmoins la détente des années 1970. La guerre froide entre dans une phase où la stabilité dépend moins de la disparition de l’antagonisme que de sa régulation. La notion de coexistence pacifique désigne donc une adaptation stratégique à l’âge nucléaire : continuer la rivalité en reconnaissant qu’une victoire militaire totale est devenue trop dangereuse.