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FICHE 12 / 238

L’éclatement de la Yougoslavie : nationalismes, crise fédérale et disparition d’un État multinational

La Yougoslavie socialiste réunissait six républiques et plusieurs peuples dans une fédération profondément décentralisée par la Constitution de 1974. La mort de Tito en 1980 prive le système de son principal arbitre. Au cours des années 1980, une lourde crise économique, l’endettement, l’inflation et les inégalités régionales nourrissent les tensions. Le recul du communisme en Europe affaiblit ensuite l’idéologie fédérale qui avait servi de cadre commun à l’État.

Les nationalismes deviennent des instruments de mobilisation politique. En Slovénie et en Croatie, des dirigeants défendent une souveraineté croissante ; en Serbie, Slobodan Milošević recentralise son pouvoir et mobilise notamment autour de la question du Kosovo. Les élections pluralistes de 1990 renforcent les forces nationales dans plusieurs républiques. Le 25 juin 1991, Slovénie et Croatie proclament leur indépendance. La courte guerre de Slovénie est suivie d’un conflit beaucoup plus violent en Croatie, puis de la guerre de Bosnie à partir de 1992.

L’éclatement ne peut donc être expliqué par une « haine ancestrale » qui aurait soudain resurgi. Les identités existaient, mais leur transformation en conflit armé dépend de l’effondrement des institutions fédérales, des stratégies des élites, de la crise économique et du contrôle des forces armées. La désintégration de l’État rend la question des frontières et des minorités particulièrement explosive. Les déclarations d’indépendance ne suffisent pas à expliquer la guerre : c’est leur interaction avec l’effondrement fédéral, les appareils militaires et les stratégies nationalistes qui transforme la crise politique en conflit armé.