Le projet porté par le ministre de l’Éducation Alain Savary vise à rapprocher l’enseignement public et les établissements privés sous contrat dans un « grand service public unifié et laïque de l’Éducation nationale ». La question scolaire est particulièrement sensible en France, où l’enseignement catholique dispose d’un réseau important. Après plusieurs modifications du projet, les organisations de défense de l’école privée mobilisent massivement contre ce qu’elles considèrent comme une menace pour la liberté d’enseignement.
Le 24 juin 1984, une immense manifestation à Paris rassemble plusieurs centaines de milliers de personnes. Le gouvernement comprend qu’il ne dispose pas d’un soutien social suffisant pour imposer la réforme. François Mitterrand annonce le retrait du projet en juillet. Alain Savary quitte le gouvernement et Pierre Mauroy est remplacé à Matignon par Laurent Fabius le 17 juillet. L’épisode intervient après le tournant économique de 1983 et accentue l’impression d’un épuisement de la stratégie de rupture. Mitterrand annonce le retrait du projet le 14 juillet 1984 ; trois jours plus tard, Pierre Mauroy quitte Matignon. La proximité des deux décisions donne à la crise scolaire une portée politique qui dépasse largement la seule question éducative.
L’échec n’est pas seulement scolaire. Il révèle la capacité de mobilisation d’une droite et de réseaux associatifs jusque-là dans l’opposition, ainsi que les limites d’une majorité pourtant solide à l’Assemblée. Les élections européennes du 17 juin 1984, marquées par un recul important du Parti socialiste, avaient déjà signalé l’affaiblissement politique du pouvoir. Le pouvoir socialiste entre dans une phase plus pragmatique, tournée vers la modernisation économique et la préparation des élections de 1986.
