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FICHE 42 / 68

Le programme Chang’e : la Lune au cœur des ambitions spatiales chinoises

Explorer ce thème dans le cours : UNE VOLONTÉ POLITIQUE D'AFFIRMATION (DISCOURS, INVESTISSEMENTS, APPROPRIATIONS...)

La Chine fait de la Lune le principal laboratoire de sa montée en puissance spatiale. Le programme chinois d’exploration lunaire, officiellement lancé en 2004 et baptisé Chang’e d’après une figure de la mythologie chinoise, est conçu selon une progression méthodique : orbiter autour de la Lune, s’y poser, rapporter des échantillons, puis préparer des missions plus complexes. Cette stratégie évite la recherche d’un unique coup d’éclat et transforme chaque mission en étape technologique vers la suivante.

Chang’e 1 entre en orbite lunaire en 2007 et réalise une cartographie détaillée. Chang’e 2, lancée en 2010, améliore les observations avant de poursuivre sa mission vers l’espace profond. En décembre 2013, Chang’e 3 réalise le premier alunissage en douceur depuis la mission soviétique Luna 24 de 1976 et déploie le rover Yutu. La Chine démontre ainsi sa capacité à maîtriser la descente contrôlée, les communications et les opérations robotisées à la surface.

Le saut technologique suivant intervient avec Chang’e 4. Le 3 janvier 2019, la sonde se pose dans le cratère Von Kármán, sur la face cachée de la Lune : c’est une première mondiale. Comme cette face ne dispose jamais d’une liaison radio directe avec la Terre, la Chine déploie auparavant le satellite relais Queqiao près d’un point de Lagrange. L’exploit réside donc autant dans l’architecture du système de communication que dans l’alunissage lui-même. Chang’e 5 rapporte ensuite sur Terre, en décembre 2020, environ 1,7 kilogramme d’échantillons lunaires, première mission de retour d’échantillons depuis 1976. En juin 2024, Chang’e 6 rapporte pour la première fois des échantillons provenant de la face cachée.

Ces missions servent des objectifs scientifiques réels : géologie lunaire, histoire du système solaire, composition des sols. Elles produisent en même temps des technologies à forte portée stratégique : navigation autonome, communications lointaines, rendez-vous orbital, retour atmosphérique et opérations robotiques. La Lune devient ainsi un espace où la science et la puissance sont difficiles à dissocier.

À plus long terme, Pékin présente l’exploration lunaire comme une étape vers une présence scientifique plus durable, notamment autour du projet de Station internationale de recherche lunaire développé avec la Russie et proposé à d’autres partenaires. Le pôle Sud attire particulièrement l’attention en raison de la présence probable de glace d’eau dans certaines zones durablement ombragées. La compétition porte donc autant sur les compétences scientifiques que sur la capacité à nouer des partenariats, à fixer des normes et à opérer durablement dans les régions jugées stratégiques. Chang’e illustre ainsi une montée en puissance par accumulation de savoir-faire plutôt que par un unique coup d’éclat.