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Pendant la Révolution française, Condorcet défend un projet d’instruction publique conçu pour réduire les dépendances intellectuelles entre citoyens. Dans son rapport présenté à l’Assemblée législative en avril 1792, il propose un système éducatif organisé en plusieurs degrés et destiné à rendre les connaissances accessibles au plus grand nombre. Selon lui, l’instruction contribue à former des individus capables de juger par eux-mêmes et d’exercer leurs droits politiques. Une société peut proclamer l’égalité juridique tout en conservant d’importantes dépendances si une partie de ses membres ne possède pas les moyens intellectuels de comprendre les lois et de participer aux décisions.

Condorcet revendique une instruction ouverte aux femmes comme aux hommes. Cette position tranche avec de nombreuses conceptions éducatives de son époque, qui réservent aux femmes des enseignements réduits ou spécifiques. Il souhaite également protéger la formation des citoyens contre l’endoctrinement et l’intervention arbitraire des pouvoirs. L’instruction doit transmettre des méthodes de raisonnement et des connaissances susceptibles d’être corrigées, plutôt qu’imposer une doctrine officielle. Dans ses projets, l’enseignement s’inscrit dans une réflexion plus large sur le progrès scientifique, la diffusion de l’écrit et les conditions d’une citoyenneté éclairée.

Condorcet envisage l’instruction comme une garantie contre les formes de dépendance intellectuelle qui rendent les citoyens vulnérables aux manipulations. L’enseignement doit permettre de comprendre les lois, d’exercer son jugement et de participer à la vie publique. Son projet reste confronté aux contraintes politiques et institutionnelles de la Révolution et ne se réalise pas intégralement. Il fixe cependant un principe durable : la liberté politique ne peut être effective si l’accès aux connaissances est réservé à une minorité. L’instruction publique apparaît dès lors comme une condition matérielle de l’égalité civique.