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FICHE 151

La loi Camille Sée du 21 décembre 1880 : instituer un enseignement secondaire public pour les filles

Explorer ce thème dans le cours : Donner accès à la connaissance : grandes étapes de l’alphabétisation des femmes dans le monde, du XVIe siècle à nos jours

L’instruction secondaire demeure longtemps un privilège masculin dans la France du XIXe siècle, même lorsque l’école primaire commence à s’ouvrir davantage aux filles. Les garçons des milieux favorisés peuvent fréquenter les lycées publics et préparer les diplômes ouvrant l’accès aux professions prestigieuses, tandis que les filles dépendent davantage d’établissements privés ou confessionnels et d’une offre d’enseignement limitée. Le député républicain Camille Sée défend alors la création d’établissements secondaires publics destinés aux jeunes filles. La loi du 21 décembre 1880 autorise leur mise en place et marque une étape importante dans l’intervention de l’État en matière d’éducation féminine.

Les nouveaux établissements ne dispensent cependant pas une formation identique à celle des lycées de garçons. Les programmes des nouveaux lycées de jeunes filles privilégient notamment les langues vivantes, la littérature, les sciences et la formation morale, alors que l’enseignement classique dispensé aux garçons conserve une place importante pour le latin, le grec et la philosophie. Les cursus féminins ne préparent donc pas, à l’origine, au même baccalauréat ni aux mêmes parcours universitaires. Cette différence traduit les représentations sociales de l’époque : les républicains favorables à l’instruction féminine demeurent nombreux à concevoir l’éducation des femmes en fonction de leur rôle attendu dans la famille et dans la transmission des valeurs civiques.

L’institutionnalisation de cet enseignement transforme progressivement les perspectives offertes aux jeunes filles. En multipliant les établissements et en rendant visible la nécessité d’une formation secondaire féminine, elle favorise l’élévation des qualifications et contribue à la progression de nouvelles carrières, particulièrement dans l’enseignement. La création de l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres en 1881 accompagne cette ambition en formant des professeures. La réforme pose donc une question qui dépasse l’ouverture des établissements : des cursus distincts peuvent maintenir une hiérarchie entre les savoirs et les carrières, même lorsque l’accès à l’école progresse.