En 1881 et 1882, les lois portées par Jules Ferry réorganisent l’enseignement primaire public autour de la gratuité, de l’obligation scolaire et de la laïcité. La loi du 16 juin 1881 établit la gratuité de l’enseignement primaire public, tandis que la loi du 28 mars 1882 rend l’instruction obligatoire de six à treize ans et institue la laïcité des programmes scolaires publics. Il faut distinguer obligation d’instruction et obligation de fréquentation d’une école publique : les familles peuvent, dans le cadre légal, recourir à d’autres modes d’enseignement. Ces textes s’inscrivent dans un mouvement engagé auparavant, mais ils donnent une nouvelle cohérence au projet scolaire républicain.
L’école primaire publique devient un moyen de former les futurs citoyens dans un cadre républicain commun. La maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul doit permettre une participation plus active à la société, tandis que l’histoire, la géographie et l’instruction morale contribuent à transmettre des références collectives. L’enseignement est aussi lié à la consolidation de la République après les affrontements politiques du XIXe siècle et la défaite de 1870-1871. Les républicains souhaitent réduire les inégalités d’accès à l’instruction, mais aussi renforcer l’adhésion au régime. Cette mission peut susciter des tensions avec les institutions religieuses, particulièrement autour du contrôle des programmes et de la formation morale.
Les lois Ferry prennent place dans un processus de scolarisation engagé avant la IIIe République, mais elles en modifient profondément les principes et les instruments. La gratuité et l’obligation supposent de développer les établissements et de former des enseignants ; la laïcisation de l’enseignement public redéfinit les rapports entre l’école et les autorités religieuses. Les résistances et les inégalités territoriales ne disparaissent pas du jour au lendemain. Ces réformes montrent néanmoins comment un État peut faire de l’accès aux connaissances un projet politique organisé, en associant règles juridiques, moyens administratifs et ambition civique.
THÈME 6 | L’ENJEU DE LA CONNAISSANCE
Version stylistiquement révisée et harmonisée · Terminale · 50 fiches
Corpus : accès des femmes au savoir, radioactivité, renseignement pendant la guerre froide, circulation internationale des compétences, cyberespace et enjeux géopolitiques des connaissances.
