La découverte de la fission nucléaire résulte d’une coopération scientifique que les persécutions nazies viennent brutalement désorganiser. À Berlin, le chimiste Otto Hahn et son collaborateur Fritz Strassmann réalisent des recherches sur les transformations d’éléments soumis à des expériences de laboratoire. Leurs résultats de décembre 1938 font apparaître la présence de baryum, un élément beaucoup plus léger que l’uranium étudié, ce qui surprend les chercheurs. Leur ancienne collaboratrice Lise Meitner, physicienne d’origine autrichienne contrainte de quitter l’Allemagne nazie en 1938 en raison de ses origines juives, examine ces observations avec son neveu Otto Frisch.
L’interprétation des résultats exige de relier des expériences chimiques réalisées à Berlin à des analyses physiques développées en exil. Le terme de « fission » s’impose alors. La découverte résulte donc d’une articulation entre expérimentation chimique et explication théorique, maintenue malgré l’exil forcé d’une partie des scientifiques. Les correspondances et échanges de résultats jouent un rôle déterminant. Cet épisode montre également que la politique peut bouleverser les conditions de production du savoir : les persécutions antisémites rompent les équipes, déplacent les compétences et fragilisent la coopération internationale.
En 1944, Otto Hahn est distingué par le prix Nobel de chimie, sans que Lise Meitner ni Fritz Strassmann reçoivent cette récompense. Cette décision illustre combien combien les distinctions individuelles rendent parfois mal compte d’un résultat obtenu par des équipes séparées par les frontières et les persécutions. Les conséquences de la fission dépassent par ailleurs le cadre des laboratoires : dans les années suivantes, des États cherchent à en maîtriser les applications militaires puis civiles. La fission illustre une transformation décisive : un résultat issu d’échanges scientifiques transnationaux devient rapidement un objet de secret et de compétition entre États.
