En 1896, une plaque photographique impressionnée à l’abri de la lumière conduit Henri Becquerel à revoir son interprétation d’un phénomène physique. La découverte des rayons X par Wilhelm Röntgen en 1895 suscite un vif intérêt pour les rayonnements invisibles. Henri Becquerel, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, examine alors les propriétés de sels d’uranium dont il connaît les effets lumineux. Lors d’expériences complémentaires, il constate que ces substances impressionnent des plaques photographiques protégées de la lumière. Ses observations montrent que le rayonnement n’exige pas d’exposition préalable au soleil : il provient du matériau lui-même.
L’observation ne devient une découverte structurante que lorsqu’elle est discutée, reproduite et prolongée. Le phénomène n’est pas immédiatement identifié dans ses mécanismes : les propriétés de l’atome restent encore mal comprises et le vocabulaire de « radioactivité » sera introduit ensuite par Marie Curie. Les résultats de Becquerel, présentés à l’Académie des sciences, circulent néanmoins dans la communauté savante. Ils démontrent qu’une mesure expérimentale peut contredire une interprétation initiale et ouvrir un programme de recherche sans que ses conséquences soient immédiatement prévisibles. L’histoire des sciences avance ainsi par ajustements d’hypothèses, échanges de publications et reproduction des observations.
La recherche sur la radioactivité se construit bientôt à travers plusieurs institutions et plusieurs générations de savants. Ces travaux mettent en évidence le rôle des institutions qui rendent la recherche possible : laboratoires, sociétés scientifiques, revues et échanges internationaux. Becquerel partagera le prix Nobel de physique de 1903 avec Pierre et Marie Curie, reconnaissance d’un domaine qui transforme la compréhension de la matière. Les applications médicales et industrielles des rayonnements ne se développent que progressivement, tandis que leurs dangers sanitaires sont encore insuffisamment connus. Le rayonnement observé par Becquerel ne débouche pas immédiatement sur une technologie : il ouvre d’abord une interrogation fondamentale sur la matière, dont les applications apparaîtront bien plus tard.
