Lire un contrat, comprendre une prescription médicale ou accéder à un texte politique supposent une maîtrise de l’écrit qui a longtemps été refusée à une grande partie des femmes. Cette compétence favorise aussi l’accès aux études, au travail et à la participation politique. Pour les femmes, longtemps écartées de l’instruction dans de nombreuses sociétés, cet apprentissage élargit aussi les possibilités d’autonomie économique. Les progrès de la scolarisation primaire après 1945, puis les politiques internationales d’éducation pour tous, accélèrent le recul de l’analphabétisme, même si les calendriers diffèrent sensiblement selon les régions.
Les chiffres mondiaux attestent de progrès importants, mais ils obligent à considérer les disparités entre générations et territoires. D’après le rapport des Nations unies sur les objectifs de développement durable publié en 2025, environ 754 millions d’adultes étaient considérés comme analphabètes en 2024, dont 63 % de femmes. Le taux mondial d’alphabétisation des adultes est passé d’environ 85 % en 2014 à 88 % en 2024, alors que celui des jeunes atteignait 93 %. Les disparités sont marquées entre les pays, mais aussi au sein de chacun d’eux : pauvreté, éloignement des établissements, mariages précoces, déplacements forcés ou inégal partage des tâches domestiques peuvent interrompre les études des filles.
Le nombre d’années passées à l’école ne renseigne pas entièrement sur les compétences acquises. Une alphabétisation durable suppose des apprentissages solides, entretenus dans la durée, et l’existence de livres, de services publics et d’opportunités professionnelles permettant de mobiliser les compétences acquises. Les programmes efficaces associent donc formation des enseignants, sécurité des déplacements, lutte contre la déscolarisation et éducation des adultes. Le développement du numérique ouvre de nouveaux accès au savoir, mais risque également de creuser les écarts lorsque l’équipement ou la maîtrise de l’écrit font défaut. Une politique d’alphabétisation n’atteint durablement son objectif que lorsque les apprentissages peuvent être entretenus et mobilisés dans la vie sociale, civique et professionnelle.
