Obtenir le droit d’entrer à l’université ne constitue pas, pour les Européennes du XIXe siècle, une simple formalité administrative. Les obstacles rencontrés par les femmes relèvent autant des usages et des préjugés que des règles explicites : leur présence dans les amphithéâtres paraît contraire aux conventions sociales, tandis que l’enseignement secondaire féminin prépare rarement aux diplômes exigés pour poursuivre des études supérieures. En France, Julie-Victoire Daubié obtient pourtant le baccalauréat en 1861, puis une licence ès lettres en 1871. Son parcours montre que l’exclusion n’est pas insurmontable, mais qu’elle oblige les pionnières à franchir individuellement des barrières dont leurs homologues masculins sont relativement préservés.
La médecine et les sciences fournissent des exemples éclairants de ces résistances et de leur dépassement progressif. Madeleine Brès devient en 1875 la première Française docteure en médecine, après de longues démarches pour être admise dans la formation. Marie Skłodowska-Curie, arrivée de Pologne à Paris en 1891, poursuit des études scientifiques à la Sorbonne et obtient en 1906 une chaire de physique, une première pour une femme dans cette faculté. Ces trajectoires exceptionnelles ne doivent cependant pas masquer la situation générale : les étudiantes sont longtemps très minoritaires, leurs ressources économiques plus faibles et leurs possibilités de recrutement universitaire ou de direction de laboratoire réduites.
La transformation s’accélère au XXe siècle avec le rapprochement des cursus scolaires et l’élargissement des effectifs étudiants. Les avancées demeurent toutefois inégales selon les disciplines, les pays et les niveaux de responsabilité. Il convient de distinguer l’accès aux études, l’obtention d’un diplôme, l’entrée dans une profession et la reconnaissance au sommet des institutions scientifiques. L’enjeu demeure d’obtenir, au-delà des diplômes, l’accès aux laboratoires, aux postes permanents et aux instances qui décident des orientations de la recherche.
