Les destructions provoquées par les grands travaux du XIXe siècle font naître à Paris une volonté nouvelle de documenter et de protéger les traces du passé urbain. À la fin du XIXe siècle, une partie des élus, historiens et érudits parisiens s’inquiète de la disparition rapide des traces matérielles de la ville médiévale et moderne. Cette préoccupation conduit à l’institution, en 1897, de la Commission du Vieux Paris, à l’initiative notamment du conseiller municipal Alfred Lamouroux et du préfet de la Seine Justin de Selves. Ses premières réunions, en 1898, précisent une mission originale : rechercher les vestiges, observer leur état, suivre les travaux et conserver des témoignages authentiques des éléments appelés à disparaître.
La Commission ne possède pas, à l’origine, les moyens juridiques d’interdire toutes les démolitions. Sa force réside surtout dans l’expertise et la documentation. Ses membres examinent des bâtiments menacés, suivent des découvertes archéologiques, réalisent des photographies, élaborent des relevés et publient leurs observations. Ils peuvent alerter l’administration municipale et défendre la conservation de certains éléments. En accumulant des archives, ils rendent visible un patrimoine qui ne se limite plus aux monuments célèbres : rues, façades, vestiges domestiques et traces souterraines acquièrent également un intérêt historique. La documentation accumulée permet aux historiens de restituer l’évolution de rues ou de bâtiments aujourd’hui disparus. Elle transforme des éléments urbains ordinaires en objets d’étude, à une époque où la conservation privilégie encore volontiers les grands monuments. La commission fait ainsi entrer l’archive photographique et le relevé architectural dans les instruments de la politique patrimoniale.
La Commission du Vieux Paris donne une place nouvelle à l’enquête historique dans les décisions d’aménagement. Ses relevés et ses avis permettent de reconnaître la valeur d’édifices modestes ou de fragments urbains qui échappaient auparavant aux catégories prestigieuses du patrimoine. Son influence reste néanmoins dépendante des arbitrages municipaux. Entre documentation et pouvoir de sauvegarde, l’institution révèle un problème durable : connaître ce que l’on détruit ne signifie pas toujours pouvoir le conserver.
