Introduction
En 1945, la victoire des Alliés met fin à une guerre mondiale qui a bouleversé les rapports de puissance. L’Europe et une large partie de l’Asie sont ravagées, des dizaines de millions de personnes ont péri et les crimes nazis révèlent l’ampleur d’une violence organisée par l’État. Les anciennes puissances européennes sortent affaiblies. Les États-Unis disposent d’une supériorité économique, financière et militaire sans précédent, tandis que l’Union soviétique contrôle une grande partie de l’Europe centrale et orientale. Leur alliance de guerre ne résiste pas longtemps à l’opposition de leurs intérêts et de leurs modèles.
Les vainqueurs cherchent d’abord à reconstruire un ordre international fondé sur la coopération. L’Organisation des Nations unies, la justice pénale internationale et les institutions de Bretton Woods doivent empêcher le retour des catastrophes des années 1930. Au même moment, la défaite du Japon, la disparition des empires coloniaux et la création d’Israël transforment profondément l’Asie et le Proche-Orient. À partir de 1947, la rivalité américano-soviétique organise le monde en deux blocs. Cette guerre froide reste en principe indirecte entre les deux Grands, car l’arme nucléaire rend leur affrontement extrêmement dangereux. Elle provoque toutefois des crises et des guerres majeures, de Berlin à Cuba, de la Corée au Vietnam.
La bipolarité ne résume donc pas l’histoire de la période. Des dizaines d’États accèdent à l’indépendance, défendent leurs intérêts à l’ONU et cherchent une voie distincte de celle des blocs. La Chine communiste devient une puissance autonome. Les mouvements de 1968 montrent l’apparition de nouvelles contestations politiques, sociales et culturelles. La France, enfin, reconstruit son économie, participe à la construction européenne, met fin à son empire colonial et fonde la Ve République. De 1945 au début des années 1970, le système international se caractérise ainsi par une tension centrale entre deux superpuissances et par la multiplication d’acteurs capables d’en modifier les équilibres.