Face à la montée des dictatures, les démocraties européennes sont contraintes par le souvenir de la Première Guerre mondiale. En France comme au Royaume-Uni, une large partie de l’opinion souhaite éviter un nouveau conflit. Les pertes humaines de 1914-1918, les difficultés économiques et la conviction que certains aspects du traité de Versailles ont été trop sévères nourrissent la recherche d’un compromis. À cela s’ajoute la crainte du communisme soviétique, qui conduit certains responsables conservateurs à considérer l’Allemagne comme un contrepoids utile. Cette situation ne signifie pas que les démocraties soient indifférentes au danger, mais qu’elles évaluent longtemps le coût d’une intervention comme supérieur à celui de concessions limitées.
La France se trouve dans une position particulièrement délicate. Elle dispose d’une armée importante et d’alliances en Europe orientale, mais sa stratégie défensive repose sur la ligne Maginot et sur la coopération britannique. L’instabilité gouvernementale, la crise économique et la faiblesse démographique relative nourrissent une culture de prudence. En mars 1936, lors de la remilitarisation de la Rhénanie, Paris choisit de ne pas agir seul. Ce renoncement a une portée stratégique majeure : il permet à l’Allemagne de fortifier sa frontière occidentale et affaiblit la crédibilité des alliances françaises avec la Tchécoslovaquie ou la Pologne.
Le Royaume-Uni privilégie plus explicitement l’apaisement. Les gouvernements de Stanley Baldwin puis de Neville Chamberlain espèrent satisfaire certaines revendications jugées révisables afin de préserver la paix et de gagner du temps pour le réarmement. Londres investit notamment dans la Royal Air Force et dans les systèmes de défense aérienne. L’apaisement n’est donc pas seulement pacifisme ou naïveté. Il reflète aussi un calcul de puissance, la faiblesse des engagements américains en Europe et l’incertitude sur le soutien des dominions britanniques.
Cette stratégie devient cependant de moins en moins adaptée à la nature du projet hitlérien. Chaque concession modifie le rapport de forces en faveur de l’Allemagne et réduit la crédibilité des menaces futures. L’absence de réponse ferme à la Rhénanie, l’Anschluss puis Munich persuadent Hitler que les démocraties reculeront devant le risque de guerre. Après l’occupation de Prague en mars 1939, Londres et Paris comprennent que les ambitions allemandes dépassent le seul droit des peuples germanophones. Ils garantissent alors l’indépendance polonaise. Le passage de l’apaisement à la dissuasion intervient donc tardivement, lorsque l’équilibre stratégique s’est déjà fortement dégradé.
