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FICHE 23 / 50

De l’Éthiopie à l’Albanie : l’expansion impériale de l’Italie fasciste et la rupture avec l’ordre international

La politique extérieure de Mussolini est guidée par la volonté de faire de l’Italie une grande puissance impériale. Le fascisme présente la Méditerranée comme un espace naturel d’expansion, parfois désigné par l’expression latine Mare Nostrum. Dans les années 1920, Rome cherche encore à combiner prestige national et coopération avec les puissances occidentales. L’Italie participe aux accords de Locarno en 1925 et s’inquiète d’abord du révisionnisme allemand en Autriche. En 1934, Mussolini mobilise même des troupes au Brenner après l’assassinat du chancelier autrichien Dollfuss par des nazis autrichiens. Le rapprochement avec Hitler n’est donc ni immédiat ni inévitable.

La rupture intervient avec la conquête de l’Éthiopie. En octobre 1935, l’armée italienne envahit le dernier grand État africain indépendant membre de la SDN. La guerre doit offrir un empire, effacer le souvenir de la défaite italienne d’Adoua en 1896 et renforcer le prestige du régime. La SDN condamne l’agression et vote des sanctions économiques, mais celles-ci excluent notamment le pétrole et le canal de Suez reste ouvert. Addis-Abeba est prise en mai 1936 et Victor-Emmanuel III est proclamé empereur d’Éthiopie. L’épisode révèle l’impuissance de la sécurité collective.

L’isolement relatif de l’Italie accélère son rapprochement avec l’Allemagne. Dès l’été 1936, Rome et Berlin soutiennent les nationalistes de Franco dans la guerre d’Espagne. L’Italie fournit des dizaines de milliers d’hommes, des avions et du matériel. En octobre 1936, Mussolini parle d’un « axe » autour duquel l’Europe pourrait s’organiser. L’Italie adhère au pacte anti-Komintern en 1937 et quitte la SDN. En avril 1939, elle envahit l’Albanie, renforçant sa présence dans les Balkans. L’expansion coloniale devient donc une politique continentale de plus en plus directement liée au camp allemand.

Le pacte d’Acier signé avec Hitler le 22 mai 1939 formalise l’alliance, mais l’Italie n’est pas prête à une guerre européenne immédiate. Mussolini reste d’abord non-belligérant en septembre 1939 et n’entre en guerre qu’en juin 1940, lorsque la défaite française paraît proche. Cette chronologie montre les contradictions de la politique fasciste : ambition impériale très élevée, ressources industrielles et militaires limitées. L’expansionnisme italien contribue néanmoins fortement à la déstabilisation de l’ordre international, car il démontre que les conquêtes peuvent rester presque impunies et rapproche deux dictatures qui, quelques années plus tôt, avaient encore des intérêts divergents.