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FICHE 28 / 50

De l’Anschluss à Prague : l’expansion allemande détruit progressivement la Tchécoslovaquie

L’Anschluss, c’est-à-dire l’union de l’Autriche et de l’Allemagne, constitue une ancienne revendication du nationalisme pangermaniste. Le traité de Versailles et le traité de Saint-Germain de 1919 l’avaient interdite. Hitler, lui-même né en Autriche, veut intégrer le pays au Reich. En février 1938, il exerce une forte pression sur le chancelier autrichien Kurt Schuschnigg et exige l’entrée de nazis autrichiens au gouvernement. Schuschnigg annonce ensuite un référendum sur l’indépendance, mais Hitler impose son annulation. Le 12 mars 1938, les troupes allemandes entrent en Autriche sans rencontrer de résistance militaire organisée.

L’annexion est proclamée le 13 mars puis légitimée par un plébiscite organisé le 10 avril dans un contexte de propagande, de répression et d’exclusion des opposants. Une partie importante de la population accueille néanmoins favorablement l’union. L’Anschluss renforce considérablement l’Allemagne : elle gagne territoire, population, réserves financières et profondeur stratégique. Les démocraties occidentales n’interviennent pas. Leur passivité confirme à Hitler qu’une modification majeure de l’ordre européen peut être obtenue sans guerre. Elle expose également davantage la Tchécoslovaquie, désormais partiellement encerclée par le Reich.

La crise tchécoslovaque suit immédiatement. Après Munich, signé les 29 et 30 septembre 1938, l’Allemagne annexe les Sudètes. La Tchécoslovaquie perd ses fortifications frontalières et une partie importante de son potentiel industriel. La Pologne occupe la région de Teschen, tandis que la Hongrie obtient des territoires en Slovaquie et en Ruthénie. L’État tchécoslovaque est donc fortement affaibli. Le 14 mars 1939, la Slovaquie proclame son indépendance sous un régime allié à Berlin. Le lendemain, les troupes allemandes occupent Prague et Hitler établit le protectorat de Bohême-Moravie.

Cette occupation modifie profondément la perception occidentale. Contrairement à l’Anschluss ou à l’annexion des Sudètes, elle ne peut être justifiée par le principe de réunion des populations germanophones. L’Allemagne domine désormais des populations majoritairement tchèques. Le projet apparaît ouvertement impérial. Le Royaume-Uni et la France concluent que les concessions territoriales ne suffiront pas à stabiliser Hitler et garantissent l’indépendance polonaise à la fin de mars 1939. L’Anschluss et le démantèlement de la Tchécoslovaquie forment ainsi une séquence décisive : en un an, le Reich modifie profondément l’équilibre européen sans guerre générale et prépare les conditions stratégiques de l’offensive suivante.