Entre 1989 et 1991, l’ordre international construit après 1945 se défait à une vitesse exceptionnelle. La chute des régimes communistes d’Europe centrale en 1989, la réunification allemande le 3 octobre 1990, la dissolution du pacte de Varsovie en juillet 1991 puis la disparition de l’URSS en décembre font disparaître la bipolarité qui structurait depuis quatre décennies les alliances, les crises et les stratégies militaires. La fin de la guerre froide ne correspond donc pas à un événement unique, mais à une séquence de ruptures emboîtées.
Cette transformation résulte autant de l’affaiblissement soviétique que de choix politiques. Gorbatchev renonce à imposer par la force la domination de Moscou sur les démocraties populaires, tandis que les sociétés d’Europe centrale accélèrent elles-mêmes leur émancipation. Le sommet de Malte des 2-3 décembre 1989, entre George H. W. Bush et Mikhaïl Gorbatchev, symbolise la fin de la confrontation, sans constituer juridiquement une « paix » qui aurait clos la guerre froide. La Charte de Paris du 21 novembre 1990 affirme ensuite l’ambition d’un ordre européen fondé sur la démocratie et la coopération.
La rupture essentielle tient au changement de structure du système international. Les États-Unis ne font plus face à une superpuissance comparable ; les conflits régionaux ne sont plus automatiquement intégrés à la logique Est-Ouest. Cette ouverture crée de nouvelles possibilités de coopération, mais aussi de nouvelles incertitudes : les guerres balkaniques, les crises humanitaires et les débats sur l’intervention montrent rapidement que la disparition de la bipolarité ne signifie pas la disparition des conflits. La dissolution du CAEM en juin 1991 complète cette rupture en faisant aussi disparaître l’architecture économique du bloc soviétique.
