Le premier tour de l’élection présidentielle du 21 avril 2002 constitue un choc politique. Jacques Chirac arrive en tête avec 19,9 % des suffrages exprimés, devant Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national, à 16,9 %. Lionel Jospin, Premier ministre depuis 1997, obtient 16,2 % et est éliminé. La dispersion exceptionnelle des candidatures à gauche, l’abstention élevée et la progression ancienne du Front national expliquent ensemble le résultat ; aucun facteur unique ne suffit.
Entre les deux tours, d’importantes manifestations ont lieu contre l’extrême droite. La plupart des responsables de gauche appellent à voter pour Jacques Chirac. Le 5 mai, celui-ci est réélu avec 82,2 % des suffrages exprimés, résultat sans équivalent sous la Ve République. Le scrutin ne signifie donc pas que le Front national dispose alors d’une majorité potentielle : il révèle surtout sa capacité à accéder au second tour dans un système partisan fragmenté.
Le 21 avril marque durablement la mémoire politique française. Il met en lumière l’affaiblissement du clivage gauche-droite comme mécanisme suffisant de mobilisation et la consolidation d’un vote national-populiste. Il nourrit aussi une réflexion sur l’abstention, la représentation et la capacité des partis traditionnels à structurer l’offre politique. Les transformations observées en 2017 trouvent une partie de leurs racines dans cette séquence. Le premier tour du 21 avril 2002 se caractérise surtout par l’élimination de Lionel Jospin et l’accès de Jean-Marie Le Pen au second tour dans un contexte de forte dispersion des candidatures.
