En 1981, le gouvernement de Pierre Mauroy choisit de soutenir la demande intérieure alors que plusieurs partenaires occidentaux privilégient déjà la lutte contre l’inflation. Les revalorisations du SMIC et des prestations sociales, les créations d’emplois publics et la réduction du temps de travail doivent stimuler la consommation et réduire le chômage. La logique est proche d’une relance keynésienne : l’État accepte un déficit plus élevé pour soutenir l’activité.
La conjoncture internationale rend toutefois l’expérience difficile. Une part importante de la demande supplémentaire se porte sur des produits importés, ce qui détériore le commerce extérieur. L’inflation française reste supérieure à celle de la RFA et la compétitivité se dégrade. Le franc subit des pressions répétées dans le Système monétaire européen. Il est dévalué en octobre 1981, puis de nouveau en juin 1982 et en mars 1983, tandis que le mark est réévalué à plusieurs reprises.
Le gouvernement commence donc à infléchir sa politique dès 1982, avant le choix décisif de mars 1983. L’expérience montre qu’une relance nationale est plus difficile dans une économie ouverte lorsque les partenaires suivent une orientation différente et que le taux de change doit rester compatible avec le SME. Elle n’établit pas que toute politique keynésienne est impossible, mais révèle l’importance des contraintes monétaires, commerciales et européennes. La France conserve encore des contrôles sur les mouvements de capitaux : la contrainte de 1981-1983 vient donc surtout de l’ouverture commerciale, de l’inflation différentielle et du choix de défendre une parité au sein du SME. La libéralisation complète des capitaux est un processus ultérieur de la décennie.
