En 2012, les destructions de mausolées à Tombouctou visent des monuments dont la valeur religieuse et mémorielle est centrale pour les habitants. Dans le nord du Mali, plusieurs groupes armés prennent le contrôle de territoires, tandis que des organisations djihadistes imposent leur autorité à Tombouctou. Les groupes s’en prennent notamment aux tombeaux de saints musulmans. Les assaillants contestent certaines pratiques locales de vénération des saints et entendent imposer leur propre interprétation religieuse. Ils s’attaquent ainsi à des lieux dont l’importance dépasse leur architecture : ce sont des repères de la mémoire et de l’identité collective.
Selon l’UNESCO, quatorze des seize mausolées du site patrimonial sont détruits au cours de la crise, et la porte sacrée de la mosquée Sidi Yahia est également endommagée. Les destructions constituent un moyen de démontrer publiquement la domination des groupes armés. En visant des monuments connus des habitants et protégés à l’échelle internationale, leurs auteurs cherchent à effacer certaines formes de légitimité religieuse et à affirmer leur capacité à défier les institutions culturelles. Les attaques touchent aussi la vie quotidienne, car les édifices structurent des pratiques sociales et des relations entre générations. Les destructions ciblent notamment des mausolées associés à des pratiques religieuses locales désapprouvées par les groupes armés qui contrôlent alors la ville. Ce choix montre que le monument est attaqué pour le sens que lui donnent les habitants. La violence patrimoniale prend place dans une entreprise plus large de contrôle des pratiques sociales et des mémoires collectives.
Les destructions de 2012 ne constituent pas de simples dommages provoqués par les combats. Les mausolées sont attaqués pour leur valeur religieuse et symbolique au sein de la société locale. Le patrimoine devient alors un objet de domination : effacer certains lieux revient à contester des pratiques et des mémoires collectives. Cette intentionnalité explique la mobilisation de l’UNESCO et, plus tard, l’importance judiciaire du dossier devant la Cour pénale internationale.
