À Tombouctou, la sauvegarde des manuscrits mobilise autant la connaissance locale des collections que les dispositifs internationaux de conservation. Produits ou conservés sur plusieurs siècles, ils circulaient entre familles, bibliothèques et milieux savants. Leur contenu est divers : études religieuses et juridiques, sciences, correspondances, poésie, histoire ou connaissances pratiques. Une partie importante de ce patrimoine demeure en possession privée, selon des modes de conservation familiaux souvent anciens. La notion de patrimoine écrit doit donc intégrer les bibliothèques institutionnelles aussi bien que les collections dispersées dans la société.
La crise de 2012 rend cette richesse particulièrement vulnérable. Des fonds sont menacés par les violences, les déplacements forcés, les incendies et les vols. Des habitants et des responsables de bibliothèques organisent, dans des conditions difficiles, le déplacement clandestin de nombreux documents vers des lieux plus sûrs, notamment vers Bamako. Cette mobilisation locale joue un rôle décisif dans la sauvegarde des collections. Elle n’empêche pas les pertes : l’UNESCO mentionne environ 4 200 manuscrits brûlés ou volés dans les fonds de l’Institut Ahmed-Baba. Il convient ainsi de distinguer les documents sauvés de ceux qui ont été détruits ou dispersés. Le sauvetage mobilise des bibliothécaires, des familles et des habitants qui connaissent la dispersion des collections. Leur action précède et accompagne l’intervention d’institutions nationales et internationales. Le cas rappelle que la protection d’un patrimoine écrit suppose d’abord une connaissance précise des détenteurs, des lieux et des conditions matérielles de conservation.
La sauvegarde des manuscrits dépend autant de décisions prises localement que de l’aide apportée par des institutions internationales. Les déplacements d’urgence permettent d’éviter des pertes, sans résoudre toutes les difficultés de restauration, de stockage et d’accès. La numérisation constitue un outil de transmission supplémentaire, non une substitution complète aux documents originaux. L’histoire des collections de Tombouctou montre ainsi qu’un patrimoine écrit demeure lié aux personnes qui le conservent, le comprennent et le rendent consultable.
