Sommaire du cours
Objectifs d’apprentissage
Vous étudierez les origines du , les différentes formes de et leurs conséquences sur les prix, les quantités et les surplus. Le chapitre examine ensuite l’ en , les incitations à s’entendre et les instruments de la .
Introduction
Une entreprise qui vend un produit facile à remplacer perdrait rapidement ses clients en augmentant seule son prix. Une autre, détentrice d’une technologie difficile à imiter, dispose d’une marge de manœuvre plus grande. Leurs possibilités de fixation des prix dépendent ainsi des alternatives offertes aux acheteurs et de la réaction probable des concurrents.
La concurrence devient imparfaite lorsque certains vendeurs disposent d’un , c’est-à-dire d’une capacité à influencer les conditions de vente. Ce pouvoir peut provenir d’une offre concentrée, de barrières à l’entrée ou de stratégies de coordination. Même isolée, une entreprise doit cependant tenir compte des achats auxquels ses clients sont prêts à consentir : elle ne choisit jamais librement prix et quantité sans rencontrer la demande.
Nous pouvons désormais prolonger le raisonnement du marché concurrentiel. Pourquoi une entreprise aurait-elle intérêt à restreindre ses ventes ? Comment la rivalité entre quelques producteurs peut-elle conduire à des stratégies inattendues ? Et sur quelles pratiques doit porter l’intervention des autorités de concurrence ?
I. Le pouvoir de marché : nombre d’offreurs et barrières à l’entrée
A. Le petit nombre d’offreurs réduit les possibilités de substitution
Plus un produit possède de substituts proches, plus il est difficile pour son vendeur d’en augmenter le prix sans perdre des clients. Lorsque les alternatives sont rares, certains acheteurs restent captifs et la marge de décision du producteur s’élargit. Le nombre d’offreurs influe donc sur le , mais il n’en fournit qu’une première approximation.
On parle de lorsqu’un seul offreur satisfait la demande sur un marché défini, et d’ lorsqu’un petit nombre d’entreprises s’y affrontent. Encore faut-il définir les frontières du . Un commerce seul dans un village peut être concurrencé par les magasins voisins ; un produit apparemment unique peut répondre au même besoin qu’un autre. Territoire et possibilités de substitution doivent être examinés ensemble.
Deux entreprises peuvent se livrer une concurrence intense ; à l’inverse, un producteur solidement établi peut être protégé de la menace de nouveaux entrants. Pour apprécier le pouvoir de marché, l’économiste observe donc le comportement des clients, la facilité d’entrée et les réactions des concurrents, au-delà du simple décompte des vendeurs.
B. Les barrières à l’entrée protègent les entreprises installées
Les barrières à l’entrée rendent l’installation de nouveaux producteurs difficile ou coûteuse. Un réseau d’eau, par exemple, exige de lourds investissements dans les canalisations avant même de desservir le premier client. L’accès à des technologies, à des ressources essentielles ou à certains circuits commerciaux peut constituer un obstacle supplémentaire.
La structure des coûts joue un rôle important. Avec de fortes , le coût moyen baisse quand la production augmente : une grande entreprise installée peut produire moins cher qu’un entrant encore de petite taille. Certaines barrières relèvent du droit, comme un droit exclusif, tandis que d’autres proviennent de stratégies destinées à rendre l’accès au marché plus difficile.
La des produits peut également fidéliser la clientèle : réputation, service après-vente et habitudes d’usage limitent les substitutions. Elle peut traduire une amélioration réelle de la qualité. La question économique consiste à déterminer jusqu’où cette préférence permet à l’entreprise de maintenir un prix plus élevé sans perdre ses clients.
II. Le monopole choisit un prix et une quantité sous la contrainte de la demande
A. Les monopoles peuvent avoir des origines différentes
Un est dit naturel lorsque servir tout le marché avec une seule entreprise coûte moins cher que répartir la production entre plusieurs. Cette configuration peut apparaître dans les réseaux où les coûts fixes sont élevés et les coûts moyens diminuent sur l’ensemble des quantités pertinentes. Installer deux réseaux parallèles de canalisations pour un même quartier risquerait alors de multiplier inutilement les dépenses d’infrastructure.
Le naît d’une exclusivité reconnue par le droit. Une collectivité pourrait, par exemple, réserver temporairement l’exploitation d’un service à un opérateur. Son origine juridique ne dit rien, à elle seule, des économies que permettrait ou non un producteur unique.
Le résulte d’une avance technique difficile à reproduire immédiatement. Un peut en protéger temporairement l’exploitation, sans empêcher nécessairement l’apparition de produits de substitution. Les différentes origines du monopole peuvent se cumuler, comme lorsqu’une innovation brevetée nécessite en outre des investissements considérables.
B. Le monopole doit baisser son prix pour vendre davantage
Le monopole influence son prix de vente, mais doit composer avec la demande. Pour vendre davantage d’unités identiques au même prix, il est généralement obligé de diminuer ce prix pour toutes. Cette contrainte distingue son calcul de celui de l’entreprise preneuse de prix : la recette tirée de la dernière unité vendue dépend aussi de la baisse de prix consentie sur les précédentes.
Considérons un marché fictif dont la demande est « prix = 20 − quantité ». Le coût marginal est constant et égal à 4 euros ; pour isoler le mécanisme, nous supposons les coûts fixes nuls. Toutes les unités sont vendues au même prix. Les différentes possibilités donnent les résultats suivants.
| Quantité | Prix unitaire en euros | Recette totale en euros | Coût total en euros | Profit en euros |
|---|---|---|---|---|
| 4 | 16 | 64 | 16 | 48 |
| 7 | 13 | 91 | 28 | 63 |
| 8 | 12 | 96 | 32 | 64 |
| 9 | 11 | 99 | 36 | 63 |
| 12 | 8 | 96 | 48 | 48 |
| 16 | 4 | 64 | 64 | 0 |
Vendre neuf unités au lieu de huit oblige à passer de 12 à 11 euros pour l’ensemble des ventes. La recette totale n’augmente alors que de 3 euros, tandis que les coûts progressent de 4 euros : le profit recule. L’unité supplémentaire rapporte donc moins que son prix de vente, puisque la réduction de prix affecte aussi les autres unités.
Huit unités vendues 12 euros procurent ici le profit maximal. Dans le modèle continu, on retrouve ce résultat en égalisant la , 20 − 2 × quantité, et le coût marginal de 4 euros. La quantité se détermine à l’intersection de ces deux courbes, puis le prix se lit sur la demande.
C. La limitation de la production réduit le surplus total
Imaginons maintenant les mêmes coûts et la même demande dans une situation concurrentielle : seize unités seraient vendues 4 euros. Le monopole choisit d’en vendre huit à 12 euros. Cette limitation de l’offre permet de pratiquer un prix plus élevé, tout en excluant des acheteurs dont la disposition à payer restait supérieure au coût de production.
Sur ce graphique fictif, le point de rencontre entre recette marginale et coût marginal donne la quantité de monopole. La verticale passant par cette quantité rejoint la demande au prix de 12 euros. La référence concurrentielle se trouve à l’intersection entre demande et coût marginal, soit seize unités à 4 euros.
La comparaison fait apparaître une perte d’efficacité. Le surplus des consommateurs tombe de 128 euros en concurrence à 32 euros en monopole. Celui du producteur atteint 64 euros, soit également son profit puisque nous avons supposé les coûts fixes nuls. Le surplus total est de 96 euros au lieu de 128 : les 32 euros manquants constituent une , correspondant à des échanges qui auraient créé de la valeur sans être réalisés.
Deux effets doivent être distingués : une partie du surplus change de bénéficiaire, des acheteurs vers le producteur ; une autre disparaît. Le calcul repose sur une technologie et une demande identiques dans les deux situations. Il ne permet pas de mesurer, sans analyse supplémentaire, les avantages possibles d’une innovation ou les économies propres à certains monopoles naturels.
III. Les entreprises en oligopole arbitrent entre rivalité et coordination
A. L’interdépendance stratégique et le dilemme du prisonnier
Sur un marché oligopolistique, toute décision importante appelle une anticipation des réactions adverses. Une baisse de prix peut attirer des clients si les autres entreprises conservent leurs tarifs ; elle peut surtout réduire les marges lorsque toutes répliquent. Les choix des firmes sont interdépendants : leur rentabilité dépend autant de leurs propres actions que de celles des concurrentes.
Le illustre cette interdépendance. Deux entreprises fictives, A et B, doivent choisir entre un prix élevé et un prix bas. Le tableau indique leurs profits : dans chaque case, le premier montant revient à A et le second à B. Il montre pourquoi des décisions avantageuses pour chaque entreprise prise séparément peuvent conduire à une situation moins favorable pour les deux.
| Choix de A et choix de B | B choisit un prix élevé | B choisit un prix bas |
|---|---|---|
| A choisit un prix élevé | A : 6 ; B : 6 | A : 1 ; B : 9 |
| A choisit un prix bas | A : 9 ; B : 1 | A : 3 ; B : 3 |
Quel que soit le choix de B, A gagne davantage en fixant un prix bas : neuf plutôt que six si B conserve un prix élevé, trois plutôt qu’un si B adopte elle aussi un prix bas. Le raisonnement est identique pour B. Le prix bas constitue donc la de chacune. Le résultat est un profit de trois par entreprise, alors qu’un prix élevé commun leur aurait permis d’obtenir six chacune.
La tentation de coordonner les prix apparaît clairement dans le tableau : maintenir ensemble des prix élevés augmente les profits des vendeurs. Une peut porter sur les prix, les quantités ou la répartition de clients et de territoires. Pourtant, chaque membre a intérêt à offrir discrètement un rabais si les autres respectent l’accord. Ces pratiques restrictives, notamment les cartels de prix, sont interdites par le droit de la concurrence.
La répétition des relations commerciales, l’observation des prix concurrents ou la menace de représailles peuvent limiter ces déviations. Aucune ne garantit la stabilité d’un , et la possibilité économique d’une coordination ne préjuge évidemment pas de sa légalité.
Le jugement porté sur le résultat dépend aussi des acteurs considérés. La guerre des prix réduit ici les profits des vendeurs, mais peut améliorer la situation des consommateurs. Un accord favorable aux entreprises participantes peut donc nuire aux acheteurs en réduisant leurs possibilités de choix.
B. La politique de la concurrence et ses instruments
La vise à prévenir et à sanctionner les pratiques qui réduisent indûment la rivalité entre entreprises. En France et dans l’Union européenne, elle porte notamment sur les cartels, les et le contrôle des concentrations. L’Autorité de la concurrence et la Commission européenne interviennent selon leurs compétences.
Une entreprise peut devenir dominante grâce à la qualité de ses produits ou à son efficacité : cette position n’est pas illégale en elle-même. Le droit sanctionne certains comportements qui utilisent cette puissance pour fausser la concurrence, par exemple des pratiques injustifiées d’exclusion de rivaux. L’analyse porte donc sur les actes commis et leurs effets, plutôt que sur la seule taille du producteur.
Une fusion ou une acquisition peut modifier durablement la structure d’un marché, avant même qu’une infraction soit commise. L’opération peut générer des économies de coûts, mais aussi supprimer une alternative proche pour les acheteurs. L’autorité compétente peut alors autoriser la , l’assortir d’engagements ou l’interdire si les risques ne peuvent être corrigés.
Préserver des alternatives peut améliorer les prix, la qualité et les possibilités de choix. Dans un , la réponse la plus efficace ne consiste pas nécessairement à multiplier les réseaux : encadrer les tarifs ou les conditions d’accès à l’infrastructure peut être préférable. La politique de la concurrence doit ainsi tenir compte de la structure concrète du marché.
L’essentiel du chapitre
Le dépend des substituts disponibles, des obstacles à l’entrée et du comportement des producteurs. Les monopoles peuvent résulter d’une structure de coûts particulière, d’une exclusivité juridique ou d’une innovation difficile à imiter.
Le est contraint par une demande décroissante : pour vendre davantage, il doit généralement abaisser le prix de toutes les unités. Dans le modèle étudié, il choisit une production inférieure et un prix supérieur à ceux de la concurrence. Une partie du surplus est transférée au producteur et certains échanges avantageux disparaissent, créant une .
En , chaque entreprise anticipe les décisions de ses concurrentes. Le rend compte de l’attrait d’une coordination sur les prix et de l’incitation individuelle à s’en écarter. La contrôle les ententes interdites, les et certaines concentrations pour préserver la rivalité entre entreprises.
Lexique
- Concurrence imparfaite : situation dans laquelle les conditions du modèle concurrentiel ne sont pas réunies et certains offreurs disposent d’un pouvoir de marché.
- Pouvoir de marché : capacité à influencer les conditions de vente, notamment à maintenir un prix supérieur au coût marginal.
- Marché pertinent : ensemble de produits et territoire sur lesquels les offres exercent une contrainte concurrentielle les unes sur les autres.
- Substitut : produit susceptible de remplacer un autre pour satisfaire un besoin comparable.
- Monopole : structure de marché caractérisée par un offreur unique et l’absence de substitut suffisamment proche.
- Oligopole : structure de marché où un petit nombre d’entreprises sont stratégiquement interdépendantes.
- Barrière à l’entrée : obstacle économique, juridique ou stratégique qui limite l’arrivée de nouveaux concurrents.
- Économies d’échelle : baisse du coût moyen lorsque le volume de production augmente.
- Différenciation : ensemble des caractéristiques réelles ou perçues qui distinguent les produits aux yeux des acheteurs.
- Monopole naturel : situation où un producteur unique peut satisfaire la demande à un coût inférieur à celui de plusieurs producteurs.
- Monopole institutionnel : exclusivité d’offre fondée sur une décision ou une protection juridique.
- Monopole d’innovation : pouvoir temporaire lié à une avance dans un produit ou un procédé difficilement substituable.
- Brevet : titre juridique accordant un droit exclusif temporaire d’exploitation d’une invention sous certaines conditions.
- Faiseur de prix : offreur dont les décisions influencent le prix auquel sa production peut être vendue.
- Recette marginale : variation de la recette totale associée à une unité supplémentaire vendue.
- Perte sèche : diminution du surplus total correspondant à des gains à l’échange non réalisés.
- Interdépendance stratégique : situation où le résultat du choix d’un agent dépend des décisions prises par les autres.
- Dilemme du prisonnier : modèle où les choix individuellement avantageux conduisent les joueurs à un résultat moins favorable pour eux qu’une coordination.
- Stratégie dominante : choix qui procure à un joueur un gain supérieur, quels que soient les choix de l’autre dans le jeu considéré.
- Entente : coordination entre entreprises sur des dimensions de leur comportement concurrentiel, par exemple les prix ou les quantités.
- Cartel : entente entre concurrents visant notamment à fixer les prix, limiter la production ou répartir les marchés.
- Position dominante : puissance économique permettant à une entreprise de s’affranchir dans une mesure appréciable de certaines contraintes concurrentielles.
- Abus de position dominante : pratique par laquelle une entreprise utilise sa domination pour fausser le fonctionnement concurrentiel du marché.
- Concentration : opération réunissant des entreprises auparavant indépendantes, par fusion ou prise de contrôle notamment.
- Politique de la concurrence : ensemble des règles et interventions publiques destinées à préserver une concurrence effective.
Exercices corrigés
Exercice 1 – Comment une plateforme numérique peut-elle acquérir un pouvoir de marché ?
Type : Raisonnement économique
Énoncé. Une plateforme numérique met en relation des professionnels proposant des services et des consommateurs. Plus elle accueille de professionnels, plus elle devient intéressante pour les consommateurs. Inversement, les professionnels privilégient la plateforme qui compte déjà le plus grand nombre de clients.
Expliquez comment ce mécanisme peut favoriser la du marché autour d’un nombre limité d’entreprises.
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Corrigé. Le désigne la capacité d’une entreprise à influencer les conditions de vente, notamment les prix, sans perdre immédiatement l’ensemble de ses clients.
Dans l’exemple présenté, la plateforme bénéficie d’un mécanisme appelé effet de réseau. Un effet de réseau apparaît lorsque l’utilité d’un service augmente avec le nombre de ses utilisateurs ou avec celui des participants présents sur l’autre versant de la plateforme.
Plus le nombre de professionnels inscrits est important, plus les consommateurs ont de chances de trouver le service recherché. Cette présence attire de nouveaux clients, ce qui encourage à son tour davantage de professionnels à rejoindre la plateforme. Le mécanisme peut alors devenir cumulatif : l’entreprise déjà dominante attire plus facilement de nouveaux participants.
Les plateformes concurrentes rencontrent des difficultés pour convaincre les utilisateurs de les rejoindre, car elles proposent initialement un choix plus limité. Cet avantage peut constituer une , c’est-à-dire un obstacle qui rend l’arrivée de nouveaux concurrents plus difficile.
Une entreprise bénéficiant d’effets de réseau importants peut ainsi acquérir un pouvoir de marché durable. Cette évolution n’est cependant pas automatique. Les utilisateurs peuvent parfois appartenir à plusieurs plateformes simultanément et les innovations peuvent permettre l’apparition de nouveaux concurrents.
Exercice 2 – Pourquoi certaines activités favorisent-elles l’apparition d’un monopole naturel ?
Type : Application chiffrée et raisonnement
Énoncé. Une commune fictive doit organiser un service local de distribution d’eau. La construction et l’entretien d’un réseau nécessitent 100 000 € de coûts fixes annuels. Le coût variable de distribution est ensuite de 1 € par unité distribuée. La demande annuelle atteint 100 000 unités.
Comparez le coût total d’une distribution assurée par un seul opérateur avec celui d’une distribution réalisée par deux entreprises possédant chacune leur propre réseau et se partageant également les clients. Expliquez les conséquences économiques de cette situation.
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Corrigé. Un apparaît lorsqu’une seule entreprise peut produire la quantité demandée à un coût total inférieur à celui qui résulterait d’une répartition de cette production entre plusieurs entreprises. Cette situation apparaît notamment lorsque l’activité nécessite des infrastructures coûteuses et présente des importantes.
Dans notre exemple, un opérateur unique supporte 100 000 € de coûts fixes et 100 000 € de coûts variables. Le coût total est donc égal à 100 000 + (100 000 × 1) = 200 000 €.
Si deux entreprises disposent chacune de leur propre réseau, chacune supporte 100 000 € de coûts fixes et distribue 50 000 unités. Le coût total de chaque entreprise atteint 100 000 + 50 000 = 150 000 €. Le coût total du secteur atteint donc 150 000 × 2 = 300 000 €.
La présence de deux opérateurs entraîne ainsi un surcoût collectif de 100 000 €. Dans les conditions de cet exemple, un opérateur unique apparaît plus efficace sur le plan productif, car il évite la duplication des infrastructures.
Toutefois, cette efficacité ne garantit pas que l’entreprise pratique des prix avantageux pour les consommateurs. En l’absence de concurrence, le pourrait utiliser son pouvoir de marché pour augmenter ses prix. La puissance publique peut donc chercher à encadrer les tarifs, à contrôler la qualité du service ou à organiser une mise en concurrence périodique de l’exploitation.
Exercice 3 – Pourquoi le monopole réduit-il les gains à l’échange ?
Type : Application chiffrée
Énoncé. Une entreprise est seule sur un marché. La demande est représentée par la relation suivante : P = 100 − 10Q, où P représente le prix en euros et Q la quantité vendue. Le coût marginal de production est constant et égal à 20 €. L’entreprise ne supporte aucun coût fixe.
Déterminez la quantité et le prix qui maximisent son profit. Comparez ensuite ce résultat à l’équilibre concurrentiel.
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Corrigé. En situation de monopole, l’entreprise dispose d’un pouvoir de marché. Elle doit néanmoins tenir compte de la demande : vendre davantage peut nécessiter de réduire le prix appliqué à toutes les unités.
La recette totale s’écrit RT = P × Q = (100 − 10Q)Q. Le coût total est égal à CT = 20Q. Le profit s’écrit donc π = RT − CT = 80Q − 10Q². Cette fonction atteint son maximum lorsque Q = 4.
Le prix correspondant est P = 100 − (10 × 4) = 60 €. Le profit du monopole atteint (60 − 20) × 4 = 160 €.
En concurrence parfaite, le prix est égal au coût marginal. On obtient 20 = 100 − 10Q. La quantité concurrentielle est égale à Q = 8 unités, pour un prix concurrentiel de 20 €. Le monopole produit donc quatre unités au lieu de huit et pratique un prix trois fois supérieur.
Calculons les gains à l’échange. En concurrence parfaite, le surplus total correspond au triangle compris entre la demande et le coût marginal : (100 − 20) × 8 ÷ 2 = 320 €.
En monopole, le surplus du consommateur atteint (100 − 60) × 4 ÷ 2 = 80 €. Le surplus du producteur, égal ici au profit, atteint 160 €. Le surplus total est donc de 80 + 160 = 240 €. La perte de surplus collectif atteint 320 − 240 = 80 €.
Cette différence constitue une . Elle s’explique par les échanges mutuellement avantageux qui ne sont pas réalisés lorsque le monopole restreint sa production pour maintenir un prix élevé.
Exercice 4 – Pourquoi deux entreprises peuvent-elles prendre des décisions collectivement défavorables ?
Type : Raisonnement économique à partir d’un tableau
Énoncé. Deux entreprises concurrentes hésitent entre une campagne publicitaire modérée et une campagne intensive. Le tableau suivant présente leurs profits respectifs, exprimés en milliers d’euros.
| Stratégie de A / Stratégie de B | Publicité modérée | Publicité intensive |
|---|---|---|
| Publicité modérée | A : 7 / B : 7 | A : 2 / B : 10 |
| Publicité intensive | A : 10 / B : 2 | A : 4 / B : 4 |
Déterminez la stratégie individuellement préférable pour chaque entreprise. Expliquez pourquoi leurs décisions peuvent aboutir à un résultat moins avantageux pour chacune d’elles.
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Corrigé. Une situation d’ correspond à un marché sur lequel un petit nombre d’entreprises réalisent une part importante des ventes. Chaque entreprise doit tenir compte des réactions probables de ses concurrentes.
Dans notre exemple, si l’entreprise B choisit une publicité modérée, A peut obtenir un profit de 7 en adoptant la même stratégie ou de 10 en lançant une publicité intensive. A préfère donc la publicité intensive.
Si B choisit une publicité intensive, A peut obtenir un profit de 2 avec une campagne modérée et de 4 avec une campagne intensive. A préfère encore la publicité intensive. La publicité intensive constitue donc une pour A. Le même raisonnement s’applique à B.
Lorsque les deux entreprises prennent indépendamment leur décision, elles choisissent chacune une publicité intensive et obtiennent un profit de 4. Pourtant, elles auraient obtenu un profit de 7 chacune si elles avaient toutes les deux limité leurs dépenses publicitaires.
Cette situation correspond à la logique du . Les décisions individuellement rationnelles aboutissent à un résultat moins avantageux pour les deux entreprises qu’une stratégie de modération réciproque. Cet exemple illustre l’ caractéristique des oligopoles. Il montre également pourquoi les entreprises peuvent être tentées de coordonner leurs comportements, même si de telles coordinations peuvent soulever des problèmes de concurrence.
Exercice 5 – Pourquoi un monopole peut-il pratiquer des prix différents ?
Type : Question de raisonnement
Énoncé. Une entreprise exploitant une activité de transport propose des prix différents selon les catégories de clients et les périodes de réservation. Elle pratique notamment des tarifs réduits pour certains voyageurs et des prix plus élevés pendant les périodes où la demande est importante.
Expliquez pourquoi cette stratégie est facilitée par l’existence d’un pouvoir de marché.
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Corrigé. Une entreprise disposant d’un pouvoir de marché peut influencer ses prix dans une certaine mesure, notamment parce que les consommateurs ne disposent pas toujours de substituts parfaitement équivalents.
Elle peut alors pratiquer une discrimination tarifaire, c’est-à-dire vendre un même service, ou des services comparables, à des prix différents qui ne s’expliquent pas uniquement par les différences de coûts. Cette stratégie suppose généralement que l’entreprise puisse distinguer certaines catégories de consommateurs et limiter les possibilités de revente entre eux.
Dans l’exemple étudié, les voyageurs qui réservent longtemps à l’avance disposent parfois de davantage de flexibilité et peuvent comparer plusieurs solutions. Leur demande peut être relativement sensible au prix. À l’inverse, certains voyageurs réservant au dernier moment disposent de peu d’alternatives et acceptent de payer davantage.
En adaptant ses tarifs, l’entreprise cherche à augmenter ses recettes et à mieux exploiter les différences de disposition à payer. Cette stratégie ne suppose pas nécessairement l’existence d’un monopole absolu. Des entreprises en peuvent également la pratiquer. Elle ne constitue pas non plus automatiquement une pratique anticoncurrentielle : son appréciation dépend des conditions du marché et du cadre juridique applicable.
Exercice 6 – Une fusion entre entreprises est-elle nécessairement défavorable aux consommateurs ?
Type : Étude de situation
Énoncé. Un marché compte quatre entreprises dont les parts de marché sont respectivement de 35 %, 30 %, 20 % et 15 %. Les deux premières entreprises souhaitent fusionner. Elles affirment que cette opération leur permettra de réduire leurs coûts et d’améliorer leurs services.
Analysez les conséquences possibles de cette fusion pour la concurrence et les consommateurs.
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Corrigé. Une fusion correspond au rapprochement de plusieurs entreprises qui réunissent tout ou partie de leurs activités au sein d’une même structure.
Dans notre exemple, les deux premières entreprises représentent initialement 35 % et 30 % du marché. Après leur fusion, la nouvelle entité détiendrait 35 + 30 = 65 % du marché, en supposant que les parts restent inchangées.
Cette concentration pourrait renforcer considérablement son pouvoir de marché. L’entreprise disposerait d’une position importante face aux deux concurrents restants. Elle pourrait ainsi être moins incitée à réduire ses prix ou à améliorer ses services si la pression concurrentielle devenait insuffisante.
Cependant, une fusion peut également produire des gains d’efficacité. Le regroupement des infrastructures, la mutualisation de certaines dépenses et l’amélioration de l’organisation peuvent diminuer les coûts de production. Une partie de ces économies peut éventuellement bénéficier aux consommateurs.
L’autorité chargée du contrôle des concentrations doit donc apprécier les risques concurrentiels et les gains d’efficacité annoncés. Elle examine notamment la possibilité pour les consommateurs de se tourner vers d’autres fournisseurs et les obstacles à l’arrivée de nouveaux concurrents.
Une fusion n’est donc pas nécessairement défavorable aux consommateurs, mais elle doit être examinée lorsqu’elle risque de réduire significativement la concurrence.
Exercice 7 – Être en position dominante est-il interdit ?
Type : Question de connaissances et argumentation
Énoncé. Une entreprise détient une part très importante du marché d’un service numérique. Elle affirme que cette position résulte de la qualité de son produit et de ses investissements. Un concurrent l’accuse d’abuser de sa parce qu’elle refuse de lui donner accès à certaines infrastructures.
Expliquez pourquoi la position dominante et l’ doivent être distingués.
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Corrigé. Une entreprise occupe une position dominante lorsqu’elle dispose d’un pouvoir économique lui permettant, dans une mesure importante, de se comporter indépendamment de ses concurrents, de ses clients ou de ses fournisseurs. Cette situation peut résulter de différents facteurs : une innovation réussie, des économies d’échelle, une forte réputation ou l’existence de barrières à l’entrée.
La détention d’une position dominante n’est pas interdite en elle-même. Une entreprise peut légitimement obtenir une part importante du marché grâce à ses performances économiques.
En revanche, certains comportements adoptés par une entreprise dominante peuvent constituer des abus lorsqu’ils ont pour effet ou pour objet de restreindre la concurrence dans les conditions prévues par le droit applicable. Cela peut notamment concerner certaines pratiques d’exclusion de concurrents ou des conditions commerciales injustifiées.
Dans l’exemple étudié, le refus de donner accès à une infrastructure ne suffit pas, à lui seul, à démontrer l’existence d’un abus. Il faut notamment examiner la nature de l’infrastructure, son caractère éventuellement indispensable, les justifications avancées et les effets du refus sur la concurrence.
La cherche ainsi à empêcher l’utilisation abusive du pouvoir économique, sans sanctionner automatiquement la réussite commerciale d’une entreprise.
Exercice 8 – Comment une entente peut-elle nuire au fonctionnement du marché ?
Type : Raisonnement économique
Énoncé. Plusieurs entreprises fournissant un même produit sont soupçonnées d’avoir coordonné leurs prix au lieu de les déterminer indépendamment.
Expliquez pourquoi une telle coordination peut augmenter leurs profits tout en réduisant le bien-être des consommateurs.
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Corrigé. Une anticoncurrentielle correspond à une coordination entre entreprises destinée à limiter ou à fausser le fonctionnement normal de la concurrence.
Sur un marché concurrentiel, les entreprises peuvent chercher à attirer des clients en proposant des prix plus bas, une meilleure qualité ou des services supplémentaires. Lorsqu’elles coordonnent leurs prix, elles réduisent cette pression concurrentielle.
Si les entreprises parviennent à maintenir un prix supérieur à celui qui résulterait de décisions indépendantes, elles peuvent augmenter leur marge sur chaque unité vendue. Cette stratégie peut néanmoins réduire les quantités achetées, car certains consommateurs ne souhaitent plus ou ne peuvent plus acquérir le produit au nouveau prix.
Le surplus des consommateurs diminue alors. Une partie de ce surplus est transférée vers les entreprises sous la forme de profits supplémentaires. Une autre partie disparaît lorsque des échanges auparavant avantageux ne sont plus réalisés. L’entente peut donc provoquer une perte d’efficacité économique.
Elle reste également fragile : chaque entreprise peut avoir intérêt à réduire secrètement son prix pour attirer les clients des autres participants. La lutte contre les ententes anticoncurrentielles vise à préserver la concurrence et à limiter les prix artificiellement élevés qui peuvent en résulter.
