PREMIÈRE · SES · ÉCONOMIE · CHAPITRE 03

Quelles sont les principales défaillances du marché ?

Sommaire du cours

Objectifs d’apprentissage

À l’issue du chapitre, vous pourrez identifier une et ses effets sur la production, distinguer , communs et collectifs, puis expliquer les problèmes d’information asymétrique. Vous saurez notamment différencier et et analyser les réponses possibles des pouvoirs publics.

Introduction

Une entreprise peut vendre à un prix qui couvre ses dépenses tout en dégradant la qualité de l’eau d’une rivière. Les consommateurs et le vendeur retirent un avantage de l’échange, alors que des habitants situés en aval supportent une partie de ses conséquences. Le prix payé ne reflète pas, dans ce cas, le coût de la production pour l’ensemble de la société.

D’autres difficultés apparaissent lorsque des personnes bénéficient d’un service sans contribuer à son financement, lorsqu’une ressource commune est prélevée trop rapidement ou lorsqu’un vendeur connaît mieux la qualité d’un produit que son acheteur. Ces situations appellent des analyses distinctes : les prix peuvent être insuffisants pour coordonner efficacement les décisions, mais pour des raisons différentes.

Les économistes parlent de lorsque la coordination par les prix aboutit à une allocation inefficace des ressources. L’enjeu est de repérer quels coûts, quels avantages ou quelles informations échappent aux décisions privées. Ce diagnostic permet ensuite d’apprécier la portée et les limites des interventions envisagées.

I. Les externalités empêchent les prix de refléter toutes les conséquences d’une activité

A. Les actions d’un agent peuvent affecter des tiers sans compensation

Une apparaît lorsqu’une activité produit un effet sur des tiers qui n’est pas intégré au prix ou compensé dans une transaction. L’effet est négatif s’il impose un dommage, positif s’il procure un avantage. Une conséquence ordinaire, déjà prise en compte par ceux qui échangent, ne constitue donc pas nécessairement une externalité.

Si une usine pollue une rivière, un agriculteur situé en aval peut devoir traiter l’eau ou subir une perte de récolte. Faute de compensation, l’entreprise ne paie qu’une partie des coûts qu’elle provoque. Le d’une unité est alors inférieur à son , qui comprend aussi le dommage subi par les autres. Des unités rentables pour le producteur peuvent devenir trop coûteuses du point de vue collectif.

À l’inverse, certaines activités diffusent des avantages au-delà de leurs bénéficiaires directs. Selon la maladie et le vaccin, une vaccination peut aussi réduire le risque de transmission à d’autres personnes. Si ces bénéfices supplémentaires n’entrent pas dans la décision individuelle, l’activité risque d’être moins développée que ce qui serait souhaitable collectivement. L’ampleur de l’externalité reste une question empirique.

B. Une externalité négative peut conduire à produire trop

Considérons un marché fictif où la demande vérifie prix = 20 − quantité et le coût marginal privé 2 + quantité. Sans dommage externe, l’équilibre est de neuf unités à 11 euros. Chaque unité impose pourtant un dommage supplémentaire de 4 euros à des tiers : le coût marginal social est donc égal à 6 + quantité.

La quantité socialement efficace est de sept unités, point auquel la disposition à payer rejoint le coût marginal social. Entre sept et neuf unités, l’avantage apporté à l’acheteur reste supérieur au coût privé du vendeur, mais inférieur au coût subi par la collectivité. Même un marché composé de nombreux acheteurs et vendeurs informés peut donc produire excessivement lorsque les dommages externes n’entrent pas dans leurs calculs.

Figure 5 – Le coût externe déplace la quantité socialement efficace

La courbe de coût marginal social dépasse ici de 4 euros celle du coût privé. Ramener la production de neuf à sept unités ne revient pas à supprimer l’activité : certaines unités continuent de procurer un avantage collectif supérieur à leur coût total, pollution comprise. L’objectif est de retrouver la quantité efficace.

C. Les pouvoirs publics peuvent faire entrer les effets externes dans les décisions

Pour internaliser une externalité, on modifie les incitations de manière à faire entrer le dommage ou le bénéfice externe dans les décisions de l’agent. Une taxe sur les émissions peut encourager une entreprise à réduire sa production polluante, à dépolluer ou à modifier son procédé. Dans l’exemple précédent, une taxe de 4 euros par unité, exactement égale au dommage marginal supposé, ramène la quantité échangée à sept.

Cette solution exige de connaître suffisamment bien les dommages. Taxer le volume produit peut être peu pertinent lorsque deux entreprises émettent des quantités de polluants très différentes pour une même production. Lorsque les émissions sont mesurables, les taxer directement crée une incitation plus précise à adopter des techniques moins polluantes.

D’autres instruments existent : normes d’émission, interdictions ciblées, subventions aux activités générant des bénéfices externes, ou quotas d’émissions échangeables. Leur efficacité dépend des informations disponibles, des capacités de contrôle et des réactions des acteurs. Le choix d’une mesure suppose aussi d’en examiner la répartition des coûts entre ménages et entreprises.

II. Les caractéristiques de certains biens rendent leur gestion marchande difficile

A. La rivalité et l’excluabilité permettent de distinguer les biens

Deux propriétés permettent de classer les biens. La signifie que l’usage d’une unité par une personne réduit ce qui reste disponible pour les autres, comme lorsqu’une pomme est consommée. L’ désigne la possibilité de réserver l’accès à certains utilisateurs, notamment en conditionnant cet accès au paiement. Le croisement de ces deux critères conduit à quatre grandes catégories.

Tableau du chapitre 3
CaractéristiquesAccès excluableAccès difficilement excluable
Utilisation rivaleBien privé : une pomme vendueBien commun : un stock de poissons en libre accès
Utilisation non rivaleBien de club : un contenu numérique sous abonnementBien collectif pur : la défense nationale

La classification porte sur les conditions d’utilisation, indépendamment du statut du producteur. Une entreprise publique peut vendre un bien rival et excluable ; un opérateur privé peut fournir un service collectif payé par l’impôt. Le terme « public », dans le langage courant, ne suffit donc pas à définir les propriétés économiques d’un bien.

Ces propriétés varient parfois avec le contexte. Une route peu fréquentée ne devient réellement rivale que lorsqu’apparaît la congestion. Des moyens techniques ou juridiques peuvent aussi rendre l’accès excluable. Pour classer correctement un bien, il faut préciser ses conditions concrètes d’usage.

B. Les biens communs peuvent être surexploités

Un est rival, mais difficilement excluable. Dans une zone de pêche en libre accès, chaque pêcheur tire un revenu de ses captures et supporte ses propres dépenses. Il ne tient pas forcément compte de l’épuisement du stock pour les autres pêcheurs ni des prises qui seront possibles les années suivantes.

La prudence devient individuellement coûteuse lorsque les poissons épargnés peuvent être capturés immédiatement par d’autres. Les prélèvements risquent donc de dépasser le rythme de renouvellement de la ressource, alors même que tous les pêcheurs auraient collectivement intérêt à en assurer la préservation.

Cette surexploitation n’est toutefois pas inévitable. Des quotas et des fermetures temporaires peuvent limiter les prises ; des communautés d’usagers peuvent également instituer leurs propres règles. Les travaux d’Elinor Ostrom ont montré la diversité de ces formes de gouvernance. L’accès commun à une ressource ne signifie pas nécessairement qu’elle soit laissée sans contrôle.

Une réglementation n’est utile que si elle peut être appliquée. Estimer l’état des stocks, répartir les droits d’usage et surveiller les captures deviennent alors des questions centrales. Des règles fondées sur une mauvaise évaluation de la ressource risquent de manquer leur objectif.

C. Les biens collectifs peuvent être insuffisamment produits

Un est à la fois non rival et non excluable. L’éclairage d’une rue, par exemple, bénéficie normalement à une personne supplémentaire sans diminuer l’éclairage reçu par les autres ; il est difficile d’en réserver l’usage aux seuls contributeurs. Ces caractéristiques compliquent son financement par des paiements volontaires.

Chacun peut être tenté de laisser ses voisins financer le service tout en profitant de sa réalisation. C’est le problème du . Si suffisamment de personnes adoptent ce comportement, les contributions deviennent trop faibles, même lorsque les habitants accordent ensemble au service une valeur supérieure à son coût.

Le prélèvement obligatoire permet de financer collectivement un service dont on ne peut facilement réserver l’accès. La puissance publique peut le produire directement ou en confier la réalisation à une entreprise. Il reste à choisir le niveau de service, à en estimer le coût et à vérifier que la dépense correspond aux besoins.

III. Les asymétries d’information peuvent dégrader ou empêcher les échanges

A. La sélection adverse modifie la composition des produits échangés

Il y a lorsque l’un des participants à un échange connaît un élément important que l’autre ignore. Dans la vente d’une voiture d’occasion, le propriétaire est souvent mieux renseigné sur les réparations passées et l’état réel du véhicule. Cette différence peut influencer le prix proposé par les acheteurs et, finalement, les voitures qui restent à vendre.

Reprenons un exemple fictif inspiré de George Akerlof. La moitié des voitures est de bonne qualité, l’autre moitié de mauvaise qualité. Les acheteurs évaluent les premières à 10 000 euros et les secondes à 4 000 euros ; les vendeurs demandent respectivement au minimum 8 000 et 3 000 euros. Si chacun connaissait la qualité de chaque voiture, les deux catégories pourraient être échangées à des prix avantageux pour les parties.

Faute de pouvoir distinguer les véhicules, les acheteurs n’acceptent au départ qu’un prix moyen de 7 000 euros. Les propriétaires de bonnes voitures, qui en souhaitent au moins 8 000, se retirent alors du marché. La qualité moyenne des véhicules proposés se dégrade, ce qui pousse les acheteurs à revoir leur prix à la baisse. On parle de : l’information inégale conduit à écarter précisément une partie des produits de meilleure qualité.

Dans notre exemple, seules les voitures de moindre qualité pourraient finalement s’échanger, autour de 4 000 euros. Selon les hypothèses, les retraits successifs peuvent même conduire à l’absence d’échanges. Des transactions mutuellement avantageuses disparaissent ainsi parce que les acheteurs ne peuvent pas reconnaître les bons produits.

B. L’aléa moral concerne des comportements difficiles à observer

L’ concerne un autre moment de la relation : après la conclusion du contrat, une partie peut modifier son comportement sans que l’autre soit capable de l’observer complètement. La sélection adverse renvoie principalement à des caractéristiques cachées avant l’échange ; l’aléa moral, à des actions difficiles à surveiller ensuite.

Une assurance couvrant presque intégralement le vol d’un vélo peut réduire l’incitation de son propriétaire à prendre certaines précautions. L’assureur ne vérifie pas à chaque instant si un antivol est correctement utilisé. L’effet étudié porte ici sur une modification possible des comportements liée à la prise en charge du risque, sans préjuger de l’honnêteté de chaque assuré.

Une , qui laisse une partie de la perte à la charge de l’assuré, peut encourager la prévention. Mais une franchise élevée réduit aussi l’intérêt protecteur de l’assurance. La conception du contrat suppose donc un arbitrage entre partage du risque et incitations à éviter les dommages.

C. Des dispositifs d’information et de contrôle peuvent restaurer la confiance

Garanties, expertises et certifications permettent de réduire certaines asymétries. Dans le cas d’une voiture d’occasion, un contrôle technique ou des informations vérifiables sur l’entretien éclairent la décision de l’acheteur. Ils ne renseignent cependant pas parfaitement sur la fiabilité future du véhicule.

Le vendeur peut aussi envoyer un crédible de qualité. Une qui l’oblige à prendre en charge certaines réparations sera plus convaincante qu’une simple affirmation publicitaire, car elle peut lui coûter cher si le produit est défectueux. Lorsque les expériences des acheteurs sont fiables et accessibles, la réputation contribue également à réduire l’incertitude.

Pour limiter l’aléa moral, les contrats peuvent prévoir des contrôles, des obligations de prévention et des conditions d’indemnisation adaptées. Les pouvoirs publics peuvent imposer davantage de transparence ou sanctionner les fraudes. Chaque solution possède néanmoins un coût de mise en œuvre : repérer une défaillance n’exonère pas d’évaluer les effets réels de l’intervention proposée.

L’essentiel du chapitre

Les externalités apparaissent lorsque des coûts ou des bénéfices affectant des tiers ne sont pas pris en compte dans le prix. Une pollution peut conduire à une production excessive ; un bénéfice diffusé à d’autres peut entraîner une activité insuffisante. Taxes, subventions ou normes cherchent à modifier les incitations.

Un , rival mais difficilement excluable, risque d’être surexploité faute de règles d’usage. Un , non rival et non excluable, est exposé au problème du . La gestion des prélèvements et le financement collectif répondent à ces difficultés différentes.

L’information asymétrique peut écarter les produits de qualité avant l’échange : c’est la . Elle peut aussi modifier les comportements après la conclusion du contrat : c’est l’. Garanties, certifications, contrôles et contrats adaptés réduisent ces risques, à condition que leur coût et leur efficacité soient correctement évalués.

Lexique

  • Défaillance du marché : situation où la coordination par les prix ne conduit pas à une allocation efficace des ressources.
  • Externalité : conséquence d’une activité sur un tiers qui n’est pas prise en compte par une transaction ou une compensation marchande.
  • Externalité négative : effet externe qui réduit le bien-être ou les possibilités de production d’un autre agent.
  • Externalité positive : effet externe qui procure un avantage à d’autres agents sans rémunération correspondante.
  • Coût privé : coût directement supporté par l’agent qui prend une décision économique.
  • Coût externe : dommage imposé à des tiers sans compensation intégrée à la transaction.
  • Coût social : ensemble des coûts privés et externes associés à une activité.
  • Internalisation : modification des incitations pour que l’agent prenne en compte un effet externe.
  • Taxe corrective : prélèvement destiné à rapprocher le coût privé d’une activité de son coût social.
  • Subvention : aide publique qui réduit le coût supporté par le bénéficiaire ou augmente sa recette.
  • Norme : règle obligatoire encadrant une activité, par exemple en fixant une limite d’émission.
  • Rivalité : propriété d’un bien dont l’utilisation par une personne réduit la disponibilité pour les autres.
  • Excluabilité : possibilité d’empêcher l’accès à un bien, notamment pour les personnes qui ne paient pas.
  • Bien privé : bien à la fois rival et excluable.
  • Bien commun : bien rival dont l’accès est difficilement excluable dans les conditions considérées.
  • Bien collectif pur : bien non rival et non excluable.
  • Bien de club : bien excluable et non rival tant qu’aucune congestion significative n’apparaît.
  • Passager clandestin : agent qui bénéficie d’une action collective sans participer à son financement ou à son effort.
  • Asymétrie d’information : répartition inégale d’une information pertinente entre les participants à une relation économique.
  • Sélection adverse : dégradation de la composition des participants ou des qualités échangées liée à une information cachée avant le contrat.
  • Aléa moral : modification possible d’un comportement imparfaitement observable lorsque le contrat en répartit les conséquences entre plusieurs agents.
  • Signal : information observable et crédible utilisée pour renseigner sur une caractéristique difficile à vérifier directement.
  • Certification : attestation de conformité ou de qualité délivrée selon une procédure définie.
  • Garantie : engagement de prendre en charge certains défauts ou certaines pertes selon des conditions précisées.
  • Franchise : part d’un dommage qui reste à la charge de l’assuré après application du contrat.

Exercices corrigés

Exercice 1 – Pourquoi certaines activités bénéfiques peuvent-elles être insuffisamment développées ?

Type : Raisonnement économique

Énoncé. Une entreprise décide de planter des arbres autour de ses bâtiments pour réduire ses dépenses de climatisation. Ces arbres apportent également de l’ombre aux rues voisines et améliorent le confort thermique des habitants.

Expliquez pourquoi cette activité produit une et pourquoi le marché peut conduire à une quantité insuffisante de plantations.

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Corrigé. Une positive apparaît lorsqu’une activité économique procure des avantages à des agents qui ne participent pas directement à la décision et qui ne rémunèrent pas nécessairement l’auteur de cette activité.

Dans notre exemple, l’entreprise plante des arbres pour diminuer ses dépenses énergétiques. Elle retire donc un bénéfice privé de son investissement. Cependant, les plantations bénéficient également aux habitants du quartier, qui profitent d’une température plus agréable et d’une amélioration de leur environnement. Ces avantages supplémentaires constituent des bénéfices externes.

L’entreprise ne prend pas nécessairement en compte l’ensemble de ces bénéfices lorsqu’elle décide du nombre d’arbres à planter. Elle compare principalement les coûts de plantation et d’entretien aux économies qu’elle peut elle-même réaliser. Or, le bénéfice social des plantations est supérieur au seul bénéfice privé.

Le marché peut donc conduire à une quantité de plantations inférieure à celle qui maximiserait le bien-être collectif. Les pouvoirs publics peuvent chercher à corriger cette défaillance en accordant des subventions aux plantations ou en réalisant eux-mêmes certains aménagements.

Exercice 2 – Quand une activité rentable devient-elle socialement inefficace ?

Type : Application chiffrée

Énoncé. Une entreprise réalise une livraison supplémentaire. Cette livraison procure un avantage économique de 11 € à son client, pour un de production de 8 €. Cependant, elle provoque des nuisances supplémentaires, liées notamment à la congestion routière, dont le coût pour les autres usagers est évalué à 5 €.

Déterminez si cette livraison est avantageuse du point de vue privé et du point de vue collectif.

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Corrigé. Une apparaît lorsqu’une activité impose un coût à des agents qui ne participent pas directement à la transaction, sans que ce coût soit intégralement supporté par ceux qui prennent la décision.

Dans notre exemple, l’avantage privé de la livraison est de 11 €, tandis que son coût privé s’élève à 8 €. Le gain privé net est donc égal à 11 − 8 = 3 €. La transaction apparaît avantageuse pour les participants à l’échange.

Cependant, cette livraison impose également un de 5 € aux autres usagers. Le total atteint donc 8 + 5 = 13 €. Le gain social net est égal à 11 − 13 = −2 €.

L’activité procure donc un gain privé positif, mais entraîne une perte collective de 2 €. Cette différence provient du fait que les participants à la transaction ne supportent pas directement l’intégralité des coûts qu’ils imposent aux autres agents.

Une intervention publique peut chercher à rapprocher les coûts privés des coûts sociaux. Dans ce modèle simplifié, une taxe de 5 € correspondant au dommage marginal externe pourrait conduire les agents à intégrer cette nuisance dans leur décision. La transaction ne serait alors plus avantageuse au regard des coûts effectivement pris en compte.

Exercice 3 – Pourquoi les ressources communes risquent-elles d’être surexploitées ?

Type : Raisonnement économique

Énoncé. Dans une région agricole, plusieurs exploitants utilisent une même nappe souterraine pour irriguer leurs cultures. Chaque agriculteur a intérêt à prélever davantage d’eau afin d’augmenter sa production. Cependant, lorsque les prélèvements deviennent trop importants, le niveau de la nappe diminue et les ressources disponibles pour les autres exploitants se réduisent.

Expliquez cette situation à partir des caractéristiques des .

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Corrigé. Un bien commun est un bien qui présente deux caractéristiques : il est rival dans sa consommation et son accès est difficile à restreindre en l’absence de règles adaptées. La signifie que la consommation d’une unité du bien réduit les quantités disponibles pour les autres utilisateurs.

Dans notre exemple, l’eau prélevée par un agriculteur n’est plus disponible pour les autres exploitants. La nappe souterraine constitue donc une ressource rivale. Lorsque son accès est libre ou insuffisamment contrôlé, chaque agriculteur peut avoir intérêt à augmenter ses prélèvements pour améliorer sa production. Il ne supporte toutefois pas individuellement l’ensemble des conséquences de ses décisions sur la disponibilité future de la ressource.

L’addition de ces comportements peut conduire à une surexploitation de la nappe. Ce mécanisme illustre la tragédie des biens communs, expression utilisée pour décrire les risques de dégradation d’une ressource partagée lorsque les utilisateurs ne coordonnent pas leurs comportements.

Cependant, cette dégradation n’est pas inévitable. Des règles collectives peuvent limiter les prélèvements, organiser la surveillance de la ressource ou répartir les droits d’utilisation. Les travaux d’Elinor Ostrom ont notamment montré que certaines communautés peuvent développer des institutions capables d’assurer une gestion durable des ressources communes.

Exercice 4 – Pourquoi les biens collectifs peuvent-ils être insuffisamment financés ?

Type : Question de connaissances

Énoncé. Une commune souhaite installer un système d’alerte sonore destiné à prévenir l’ensemble de ses habitants en cas de risque d’inondation. Une entreprise privée envisage de financer cette installation grâce à des abonnements individuels.

Expliquez pourquoi ce mode de financement risque d’être difficile à mettre en œuvre.

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Corrigé. Un possède deux caractéristiques fondamentales : la non-rivalité et la non-. La non-rivalité signifie que la consommation du bien par un individu ne réduit pas la quantité disponible pour les autres. La non-excluabilité signifie qu’il est impossible ou extrêmement difficile d’empêcher une personne de bénéficier du bien lorsqu’il est fourni.

Dans notre exemple, le système d’alerte sonore peut prévenir simultanément l’ensemble des habitants de la commune. Le fait qu’une personne entende le ne réduit pas la possibilité pour les autres de l’entendre. De plus, une fois le système installé, il serait difficile de réserver son fonctionnement aux seuls habitants ayant payé un abonnement.

Certains individus pourraient donc décider de ne pas contribuer financièrement, tout en bénéficiant du dispositif. Ce comportement est appelé . Si une proportion importante des habitants adopte cette stratégie, l’entreprise privée peut rencontrer des difficultés pour financer l’installation.

Le marché risque alors de produire une quantité insuffisante de ce service, voire de ne pas le fournir. La puissance publique peut corriger cette défaillance en finançant le dispositif au moyen des recettes fiscales et en organisant sa mise à disposition collective.

Exercice 5 – Pourquoi la nature économique d’un bien dépend-elle parfois de ses conditions d’utilisation ?

Type : Raisonnement économique

Énoncé. Un parc de loisirs est accessible uniquement après l’achat d’un billet. Pendant les journées peu fréquentées, l’arrivée de visiteurs supplémentaires ne réduit pratiquement pas le confort des personnes déjà présentes. En revanche, pendant les journées de très forte affluence, les files d’attente s’allongent et les installations deviennent saturées.

Expliquez comment les caractéristiques économiques de ce service évoluent selon son niveau de fréquentation.

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Corrigé. La classification économique des biens repose principalement sur deux critères : la rivalité et l’excluabilité. Un bien est excluable lorsqu’il est possible d’empêcher certains agents d’en bénéficier.

Dans notre exemple, le parc exige l’achat d’un billet. Il peut donc refuser l’accès aux personnes qui ne paient pas. Le service est par conséquent excluable.

En période de faible fréquentation, la présence d’un visiteur supplémentaire ne réduit pratiquement pas la satisfaction des autres usagers. Le service est alors faiblement rival. Il se rapproche d’un , caractérisé par l’excluabilité et une faible rivalité tant que les capacités ne sont pas saturées.

En revanche, lorsque la fréquentation devient très importante, les visiteurs entrent davantage en concurrence pour l’utilisation des installations. Une personne supplémentaire allonge les files d’attente et réduit le temps d’accès aux attractions. La consommation devient donc plus rivale.

Cet exemple montre que la rivalité peut dépendre du niveau d’utilisation d’un bien. La distinction entre , biens collectifs, biens communs et biens de club nécessite ainsi d’examiner concrètement les conditions de consommation et d’accès, plutôt que de se limiter à la nature apparente du produit.

Exercice 6 – Comment une asymétrie d’information peut-elle entraîner la disparition des échanges ?

Type : Application chiffrée et raisonnement

Énoncé. Sur un marché fictif d’appareils électroniques reconditionnés, il existe deux catégories de produits. Les appareils de bonne qualité valent 150 € pour les acheteurs, tandis que ceux de mauvaise qualité ne valent que 60 €. Les vendeurs exigent au minimum 115 € pour les appareils de bonne qualité et 70 € pour ceux de mauvaise qualité. Les acheteurs ne peuvent pas distinguer les deux catégories. Ils pensent initialement que chacune représente la moitié des produits proposés.

Expliquez pourquoi cette situation peut conduire à la disparition du marché.

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Corrigé. Une apparaît lorsque les agents participant à une transaction ne disposent pas des mêmes informations. Dans notre exemple, les vendeurs connaissent la qualité des appareils proposés, tandis que les acheteurs ne peuvent pas la vérifier.

En supposant que les acheteurs soient neutres face au risque, leur disposition à payer initiale correspond à la valeur moyenne attendue des produits : (150 × 0,5) + (60 × 0,5) = 75 + 30 = 105 €.

À ce prix, les vendeurs des appareils de bonne qualité ne souhaitent pas vendre, puisqu’ils exigent au minimum 115 €. Ils se retirent donc du marché. En revanche, les vendeurs des appareils de mauvaise qualité acceptent de vendre à 105 €, car leur prix minimal est de 70 €.

Le départ des vendeurs de bonne qualité modifie alors la composition des produits proposés. Les acheteurs anticipent désormais que seuls des appareils de mauvaise qualité restent disponibles. Leur disposition à payer tombe donc à 60 €. Or, les vendeurs de ces appareils exigent au minimum 70 €.

Il n’existe donc plus de prix permettant de satisfaire simultanément les acheteurs et les vendeurs. Les échanges disparaissent.

Ce mécanisme constitue un exemple de : l’information imparfaite conduit progressivement à l’élimination des produits de meilleure qualité et peut, dans certaines conditions, empêcher tout équilibre marchand. Des garanties, des certifications indépendantes ou des procédures de vérification peuvent contribuer à limiter ce problème.

Exercice 7 – Pourquoi un contrat peut-il modifier le comportement d’un agent ?

Type : Raisonnement économique

Énoncé. Une entreprise confie certaines prestations à un intervenant extérieur, rémunéré par une somme fixe. Elle peut vérifier que les prestations ont été réalisées, mais elle observe difficilement les efforts consacrés à leur qualité.

Expliquez pourquoi cette situation peut créer un problème d’.

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Corrigé. L’aléa moral constitue une forme d’asymétrie d’information dans laquelle un agent peut modifier son comportement après la conclusion d’un contrat, sans que l’autre partie puisse parfaitement observer ses actions.

Dans notre exemple, l’entreprise rémunère l’intervenant extérieur par une somme fixe. Cependant, elle ne peut pas mesurer précisément les efforts consacrés à la réalisation des prestations. L’intervenant peut alors être tenté de réduire certains efforts lorsque ceux-ci sont coûteux pour lui et que leurs conséquences sont difficilement observables. Il bénéficie d’une rémunération identique, même si la qualité de son travail diminue.

Cette situation peut entraîner un écart entre les intérêts de l’entreprise et ceux de son prestataire. Pour limiter ce problème, l’entreprise peut mettre en place des procédures de contrôle, des obligations contractuelles de qualité ou des mécanismes d’incitation.

Cependant, une rémunération reposant exclusivement sur des résultats mesurables peut aussi produire des effets indésirables si certaines dimensions importantes du travail restent difficiles à quantifier. Il convient donc d’adapter les mécanismes contractuels à la nature de l’activité.

L’aléa moral se distingue de la sélection adverse : dans le premier cas, le problème porte sur des comportements insuffisamment observables après la conclusion du contrat ; dans le second, il concerne des caractéristiques imparfaitement connues avant l’échange.

Exercice 8 – Comment les pouvoirs publics peuvent-ils corriger plusieurs défaillances simultanément ?

Type : Étude de situation et argumentation

Énoncé. Une collectivité souhaite encourager la rénovation énergétique des logements. Ces travaux permettent de réduire les factures des occupants et les émissions polluantes. Cependant, certains ménages hésitent à investir, notamment parce qu’ils ne peuvent pas facilement vérifier la qualité des prestations proposées.

Identifiez les défaillances de marché présentes dans cette situation et proposez des interventions publiques adaptées.

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Corrigé. La rénovation énergétique des logements peut être confrontée à plusieurs défaillances de marché.

La première concerne les externalités positives. Les travaux permettent aux occupants de réduire leur consommation énergétique et leurs dépenses, mais ils peuvent également diminuer les émissions polluantes et les nuisances supportées par le reste de la société.

Ces bénéfices collectifs ne sont pas nécessairement intégralement pris en compte par les ménages lorsqu’ils décident d’investir. La quantité de rénovations réalisées peut donc être inférieure à celle qui serait souhaitable du point de vue collectif. Les pouvoirs publics peuvent chercher à corriger cette situation en accordant des aides financières qui réduisent le coût supporté par les ménages.

La deuxième défaillance concerne les asymétries d’information. Les ménages peuvent éprouver des difficultés à distinguer les entreprises proposant des prestations fiables de celles dont la qualité est insuffisante. Cette incertitude risque de réduire leur disposition à payer et de freiner la réalisation des travaux.

Les pouvoirs publics peuvent intervenir en développant des certifications, des contrôles de qualité et des obligations d’information. L’efficacité de ces dispositifs dépend néanmoins de leur fiabilité, de leur coût et de la possibilité de sanctionner les comportements frauduleux. Une politique publique cohérente peut donc combiner des incitations financières et des mécanismes destinés à améliorer l’information disponible.