PREMIÈRE · SES · SOCIOLOGIE · CHAPITRE 08

Quels sont les processus sociaux qui contribuent à la déviance ?

Sommaire du cours

Objectifs d’apprentissage

Vous apprendrez à distinguer , normes juridiques et formes de . Le chapitre explique le caractère relatif de la , les processus d’, de et de . Il distingue ensuite déviance et et présente les difficultés de mesure des infractions à partir des données enregistrées et des enquêtes.

Introduction

Une même conduite change de signification selon l’endroit où elle se produit et les personnes qui l’observent. Une tenue appréciée entre amis peut être jugée déplacée dans un cadre professionnel ; interrompre quelqu’un ne suscite pas la même réaction dans une conversation animée et pendant un cours. Pour étudier la , la sociologie s’intéresse donc aux règles en vigueur et à la manière dont les groupes interprètent leur .

La déviance renvoie à la transgression de et aux processus qui conduisent à qualifier certains actes ou individus de non conformes. Elle rassemble des comportements très différents. Une impolitesse peut être désapprouvée sans avoir la gravité ni les conséquences d’une . Leurs points communs tiennent à l’existence d’une règle et à la réaction qu’entraîne son non-respect.

L’enquête sociologique examine l’origine des normes, leurs modalités d’application et leurs effets sur les parcours. Elle doit également interroger la mesure de la : les chiffres policiers dépendent des faits commis, mais aussi des plaintes, des contrôles et des procédures d’enregistrement. Confondre ces étapes conduirait à interpréter de façon trompeuse l’évolution des infractions.

I. Les normes et le contrôle social définissent les conduites attendues

A. Les normes sociales et juridiques n’ont pas toutes le même mode de sanction

Chaque groupe développe des , c’est-à-dire des attentes qui orientent les conduites de ses membres. Certaines sont formulées explicitement ; d’autres se découvrent lorsqu’une remarque, un silence ou une désapprobation signale qu’un comportement n’est pas approprié. Les règles de politesse ou les usages vestimentaires changent ainsi selon les situations.

Les normes juridiques présentent un caractère particulier : elles sont formulées par le droit et leur application relève d’autorités compétentes. Une loi, un règlement ou une décision de justice peuvent définir des obligations précises. Leur existence ne signifie pas que toutes les attentes sociales sont inscrites dans un texte juridique.

Le vol, par exemple, est à la fois réprimé par le droit pénal et largement désapprouvé. Oublier de remercier un proche peut susciter une réaction négative sans constituer une infraction. On rencontre aussi des comportements légalement autorisés que certains milieux condamnent, ou des conduites interdites que d’autres tolèrent. La qualification d’un acte dépend donc de la règle à laquelle on le rapporte.

B. Le contrôle social combine sanctions et intériorisation des normes

Pour encourager le respect de ces règles, les groupes et les institutions exercent un . Les sanctions peuvent décourager une conduite, mais aussi valoriser celle qui est jugée conforme. Une punition, une félicitation ou une marque de confiance renseignent toutes l’individu sur les attentes de son entourage.

Une sanction prononcée par un tribunal ou prévue dans un règlement scolaire appartient au : l’intervention s’inscrit dans une procédure et repose sur une autorité identifiée. À l’inverse, une remarque ironique, un regard désapprobateur ou une mise à distance relèvent du . Leur effet peut être puissant lorsque l’estime des proches compte beaucoup.

L’efficacité du contrôle informel dépend surtout de la relation entre les personnes. Perdre la confiance de ses amis peut être plus dissuasif qu’une sanction lointaine. Le rappel d’une norme peut ainsi passer par les interactions ordinaires, sans intervention d’une institution.

Une partie du contrôle social finit par être intériorisée. Après avoir appris les règles d’attente dans une file, une personne les respecte souvent sans qu’on lui rappelle l’interdiction de doubler. Les habitudes, les sentiments d’obligation ou la crainte d’éprouver de la gêne orientent alors la conduite de l’intérieur.

Cette régulation personnelle se construit notamment dans les rapports avec autrui. Les rappels, les réactions et les sanctions contribuent à faire comprendre les attentes ; lorsque celles-ci deviennent familières, une surveillance constante n’est plus nécessaire. et s’articulent donc au fil de la socialisation.

Suivre une règle ne signifie pas toujours y adhérer : une personne peut simplement vouloir éviter une sanction ou préserver une relation. Pour interpréter une conduite, il convient de connaître les apprentissages de l’individu, les contraintes qu’il rencontre et ce qu’il anticipe des réactions d’autrui.

II. La déviance se construit dans des contextes et des interactions

A. La définition de la transgression varie selon les sociétés et les groupes

Une conduite qualifiée de déviante à une époque peut devenir ordinaire à une autre. Les règles diffèrent aussi d’une société à l’autre et, au sein d’un même pays, entre milieux sociaux. La possède en ce sens un caractère relatif : elle n’existe qu’en référence à des normes déterminées. Prenons une tenue vestimentaire appréciée par les amis d’un adolescent mais rejetée par son entourage familial. L’acte matériel reste le même ; c’est le jugement porté sur lui qui change. L’analyse sociologique demande donc d’identifier les personnes qui définissent la norme et les circonstances dans lesquelles elles l’appliquent.

Cette relativité décrit la construction sociale des jugements ; elle ne rend pas les actes équivalents. Une violence entraîne des dommages qui peuvent être étudiés indépendamment de la manière dont elle est définie ou sanctionnée. Comprendre la qualification sociale d’un comportement n’efface ni ses conséquences ni les responsabilités éventuelles.

Les règles font également l’objet de controverses. Certains groupes cherchent à renforcer une interdiction, d’autres à obtenir la reconnaissance de conduites jusque-là condamnées. Le droit et les usages évoluent au terme de ces conflits, ce qui transforme à son tour les frontières de la déviance.

B. L’étiquetage et la stigmatisation modifient la façon dont une personne est traitée

Howard Becker montre, dans Outsiders, que la déviance se construit aussi dans le regard des autres. L’ intervient lorsqu’un acte ou une personne reçoit une qualification de non-conformité. Un comportement isolé peut passer inaperçu, être toléré ou être retenu comme la preuve supposée d’un trait durable, selon les réactions qu’il suscite.

Deux élèves commettent la même perturbation. L’un reçoit un avertissement ponctuel ; l’autre, déjà réputé perturbateur, risque de voir cet incident confirmé comme un trait de caractère. L’exemple montre comment les attentes préalables peuvent orienter les jugements. Pour en tirer une conclusion générale, il faudrait toutefois comparer des situations réellement observées.

Erving Goffman s’intéresse à la : dans certaines relations, une caractéristique devient si dévalorisée qu’elle finit par occulter les autres aspects de la personne. Un attribut n’est donc pas stigmatisant en toutes circonstances ; il le devient au regard d’attentes sociales et dans un contexte donné.

L’étiquetage attribue une catégorie ; la stigmatisation produit une disqualification sociale. Le premier peut favoriser la seconde, sans que les deux processus soient identiques. Leur portée se mesure notamment aux changements qu’ils entraînent dans les relations et dans les possibilités offertes à la personne.

C. Une carrière déviante se construit par étapes

L’expression « » désigne la succession d’expériences et d’apprentissages par lesquels une pratique peut prendre une place croissante dans une trajectoire. Le terme carrière ne suppose pas que l’individu ait prévu ce parcours ni que chaque conduise à la suivante.

Après un premier écart, la réaction de l’entourage peut modifier la confiance accordée à la personne. Une désignation publique persistante risque de l’éloigner de certains groupes ; d’autres relations deviennent alors plus importantes, avec leurs pratiques et leurs codes. Une conduite initialement occasionnelle peut, dans certaines circonstances, s’inscrire dans des habitudes plus durables.

L’étiquetage éclaire certaines trajectoires sans suffire à expliquer l’origine de tous les comportements. Les circonstances du premier acte, les contraintes rencontrées et la réponse institutionnelle comptent également. Selon leur nature, les interventions peuvent favoriser une réorientation ou au contraire entretenir les difficultés. Les parcours demeurent ouverts. Un nouveau groupe, une activité valorisée ou un soutien suivi peuvent modifier les possibilités d’action. Étudier une carrière déviante consiste donc à reconstituer des étapes et des interactions, sans enfermer les personnes dans une identité permanente.

III. La délinquance doit être définie et mesurée avec des instruments adaptés

A. La délinquance correspond à un ensemble particulier de transgressions

La constitue une catégorie particulière de transgressions : celles qui enfreignent le droit pénal. Elle ne recouvre donc pas l’ensemble de la . Une impolitesse, une tenue inhabituelle ou le non-respect de certaines obligations civiles ne deviennent pas automatiquement des infractions pénales.

Le critère décisif est la nature de la règle enfreinte, non l’intensité de la réprobation. Un comportement légal peut être fortement condamné dans un groupe ; une infraction peut au contraire y être banalisée. et normes pénales ne coïncident pas toujours.

Pour interpréter les statistiques, on doit suivre le parcours des faits entre leur commission éventuelle, leur signalement et leur traitement judiciaire. Un fait subi peut ne jamais être déclaré. Lorsqu’un signalement existe, il n’aboutit pas nécessairement à une condamnation. Les différentes sources chiffrées ne portent donc pas sur les mêmes événements ni sur les mêmes personnes.

B. Les faits enregistrés dépendent des signalements et du travail des institutions

La correspond aux faits comptabilisés par les services compétents selon leurs règles. Son évolution dépend de la fréquence des infractions, mais aussi des plaintes, des contrôles et des procédures. Le « » désigne la part de la délinquance qui reste inconnue des institutions ou n’entre pas dans leurs enregistrements.

Le dépôt de plainte dépend de nombreuses circonstances. Une victime peut redouter des représailles, juger la procédure trop difficile ou penser qu’elle restera sans effet. À l’inverse, un meilleur accueil peut accroître le nombre de signalements. Une hausse des faits enregistrés n’indique donc pas forcément, à elle seule, une hausse identique des faits subis.

Certaines infractions sont surtout découvertes lors des contrôles. Si ceux-ci se multiplient, le nombre de faits constatés peut augmenter même lorsque les comportements réels restent stables. La comparaison des données administratives avec d’autres sources aide à apprécier ce qui relève de la commission des actes et de leur détection.

Considérons une situation entièrement fictive portant sur une même catégorie d’atteintes et une population de taille stable.

Tableau du chapitre 8
Indicateur fictifAnnée AAnnée B
Faits subis estimés par enquête1 0001 000
Part des faits donnant lieu à plainte20 %30 %
Plaintes correspondant à ces faits200300

Les plaintes augmentent de 50 %, alors que les faits subis estimés restent stables. L’évolution de la déclaration suffit ici à expliquer l’écart. Dans une situation réelle, les unités de compte doivent être vérifiées : une victime peut subir plusieurs faits et une procédure peut concerner plusieurs victimes. On ne passe pas automatiquement du nombre de plaintes au nombre de personnes touchées.

C. Les enquêtes complètent les données administratives

Les enquêtes de victimation interrogent les personnes sur les infractions qu’elles déclarent avoir subies, même en l’absence de plainte. Elles renseignent aussi sur les circonstances et sur les démarches entreprises. En France, l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité du SSMSI participe à ce travail de mesure.

Aucune enquête n’observe parfaitement tous les faits. Les réponses peuvent être affectées par des oublis, une compréhension différente des questions ou une réticence à évoquer certaines expériences. Les événements rares exigent des échantillons importants et certaines populations restent difficiles à atteindre. Le champ de l’enquête et la précision des estimations doivent accompagner les résultats.

Les enquêtes de interrogent, quant à elles, les personnes sur des actes qu’elles disent avoir commis. Elles révèlent parfois des pratiques absentes des données policières, mais dépendent de la sincérité des réponses. Leur objet diffère donc de celui des enquêtes conduites auprès des victimes.

Une série statistique n’a de sens qu’à condition de connaître l’infraction observée, la période, la population et l’ : faits, victimes, procédures ou condamnations. Rapporter les événements à la population concernée et croiser les sources permet d’interpréter les évolutions sans confondre variation des pratiques et variation de leur visibilité.

L’essentiel du chapitre

Les normes définissent des conduites attendues et leurs transgressions. Certaines sont juridiques et appliquées par des institutions habilitées ; d’autres reposent sur les usages des groupes. Le agit par des sanctions formelles ou informelles et par l’ des règles.

La est relative à un contexte social et historique. Son étude porte sur les actes et sur les réactions qui les qualifient. L’ attribue une qualification de déviance ; la peut réduire une personne à un attribut disqualifiant. Les carrières déviantes se construisent par étapes, à travers des apprentissages, des relations et des réactions. Elles peuvent être infléchies ou interrompues.

La concerne les transgressions pénales. Les faits commis, les faits enregistrés et les condamnations correspondent à des étapes différentes. Les données administratives dépendent des déclarations, des contrôles et des procédures. Les enquêtes de victimation et de apportent d’autres informations, avec leurs propres limites. Interpréter une variation exige de préciser ce qui est compté et de confronter les sources : la hausse d’un enregistrement ne suffit pas, isolément, à mesurer celle des faits subis.

Lexique

  • Norme sociale : règle de conduite attendue dans un groupe ou une situation, explicite ou implicite.
  • Norme juridique : règle de droit dont l’application peut être assurée par une institution compétente.
  • Transgression : conduite qui s’écarte d’une règle applicable dans la situation étudiée.
  • Déviance : transgression de normes et processus par lequel des actes ou des personnes sont désignés comme non conformes.
  • Relativité de la déviance : variation de la qualification des conduites selon les normes, les groupes, les sociétés et les périodes.
  • Contrôle social : mécanismes qui contribuent à orienter les conduites et à faire respecter les normes.
  • Contrôle formel : contrôle organisé dans un cadre explicite, exercé par des institutions ou des agents habilités.
  • Contrôle informel : réactions ordinaires de l’entourage qui valorisent ou désapprouvent une conduite sans procédure institutionnelle spécifique.
  • Contrôle interne : orientation de la conduite par des normes et des attentes intériorisées.
  • Contrôle externe : influence exercée par les réactions et les interventions d’autres personnes ou institutions.
  • Sanction positive : réaction qui valorise un comportement, comme une récompense ou une marque de confiance.
  • Sanction négative : réaction qui décourage ou réprime une conduite, de la désapprobation à la peine prévue par le droit.
  • Intériorisation : appropriation de règles et de repères qui peuvent guider l’action sans rappel extérieur permanent.
  • Étiquetage : attribution d’une qualification de déviance à un acte ou à une personne dans une interaction sociale.
  • Stigmate : caractéristique devenue disqualifiante dans un contexte de relations et d’attentes sociales.
  • Stigmatisation : processus de dévalorisation sociale associé à l’attribution d’un stigmate.
  • Carrière déviante : succession d’étapes, d’apprentissages et de réactions qui orientent l’engagement dans une conduite déviante.
  • Délinquance : ensemble des conduites qui transgressent les règles pénales.
  • Infraction pénale : acte ou omission défini par le droit pénal et susceptible d’entraîner une sanction pénale.
  • Délinquance enregistrée : faits connus et comptabilisés par les services compétents selon leurs règles et procédures.
  • Chiffre noir : part des faits commis qui échappe à la connaissance ou à l’enregistrement des institutions.
  • Propension à porter plainte : tendance à déclarer officiellement un fait subi, variable selon les situations et les atteintes.
  • Enquête de victimation : enquête recueillant les faits que les personnes déclarent avoir subis, y compris sans plainte.
  • Délinquance autodéclarée : transgressions déclarées par leurs auteurs dans le cadre d’une enquête.
  • Unité de compte : objet statistique dénombré, par exemple une victime, un fait, une procédure ou une condamnation.
  • Taux de victimation : proportion de personnes déclarant avoir subi une atteinte définie pendant une période et dans une population précisées.

Exercices corrigés

Exercice 1 – Pourquoi un comportement peut-il être déviant sans être illégal ?

Type : Question de connaissances · Niveau 1

Énoncé. Dans une bibliothèque, certains visiteurs parlent à voix haute dans une salle de lecture, malgré l’habitude de travailler en silence. Dans un autre contexte, parler à voix haute lors d’un débat public est au contraire attendu.

Expliquez pourquoi la dépend des et pourquoi elle ne se confond pas avec la .

CORRIGÉAfficher le corrigéMasquer le corrigé

Corrigé. La déviance désigne la d’une norme sociale ou la désignation d’un comportement comme contraire aux attentes d’un groupe. Une norme sociale correspond à une règle explicite ou implicite orientant les conduites jugées appropriées dans une situation donnée.

Dans la salle de lecture, parler à voix haute peut être considéré comme déviant parce que la norme locale exige le silence. Lors d’un débat public, la prise de parole est au contraire encouragée. Le caractère déviant d’une conduite dépend donc du contexte, des attentes collectives et des réactions qu’elle suscite.

La délinquance correspond à la transgression de normes juridiques pénalement sanctionnées. Elle constitue une forme particulière de déviance, mais toutes les déviances ne relèvent pas de la délinquance. Être bruyant dans un lieu où le silence est attendu peut susciter une désapprobation ou une demande de se taire sans constituer nécessairement une .

La sociologie de la déviance étudie à la fois les normes, les comportements qui s’en écartent et les mécanismes par lesquels certains écarts sont repérés puis qualifiés. Il ne suffit donc pas de décrire un acte isolé : il faut identifier la règle applicable, le groupe concerné et les réactions sociales.

Exercice 2 – Comment les sanctions positives et négatives contribuent-elles au contrôle social ?

Type : Analyse de situations · Niveau 1

Énoncé. Une résidence collective organise un tri des déchets. Les habitants qui respectent les consignes sont publiquement remerciés lors d’une réunion. Ceux qui abandonnent régulièrement leurs déchets reçoivent des rappels au règlement, puis éventuellement une sanction prévue par les règles applicables.

Identifiez les différents moyens de et expliquez pourquoi le contrôle social ne repose pas uniquement sur les sanctions négatives.

CORRIGÉAfficher le corrigéMasquer le corrigé

Corrigé. Le contrôle social désigne l’ensemble des mécanismes par lesquels une société ou un groupe encourage ses membres à respecter les normes en vigueur. Il peut prendre des formes informelles, comme l’approbation ou la désapprobation de l’entourage, ou formelles, lorsqu’il repose sur des règles explicites et des procédures institutionnalisées.

Les remerciements publics adressés aux résidents constituent une : ils valorisent le comportement conforme à la norme et peuvent inciter d’autres personnes à l’adopter. Cette sanction est principalement symbolique. Les remarques spontanées entre voisins peuvent relever d’un ; les rappels écrits prévus par un règlement relèvent plutôt d’un contrôle formalisé.

Une éventuelle sanction prise selon une procédure prévue constitue une destinée à décourager la transgression. Cependant, la conformité peut aussi découler de l’ des normes : un habitant peut trier ses déchets parce qu’il juge cette pratique souhaitable, même en l’absence de surveillance.

Le contrôle social ne se limite donc pas à punir. Il agit également par l’apprentissage des règles, la reconnaissance sociale, les encouragements et les attentes du groupe. Son efficacité et sa légitimité varient selon les contextes et la manière dont les sanctions sont appliquées.

Exercice 3 – Comment les normes peuvent-elles varier d’un groupe à l’autre ?

Type : Comparaison sociologique · Niveau 2

Énoncé. Une personne porte une tenue très colorée lors d’un festival artistique et reçoit de nombreux compliments. La même tenue suscite des regards étonnés lorsqu’elle participe à une cérémonie où les vêtements sombres sont traditionnellement attendus.

Expliquez pourquoi les réactions observées ne permettent pas de qualifier la tenue de déviante dans l’absolu.

CORRIGÉAfficher le corrigéMasquer le corrigé

Corrigé. Un acte n’est pas nécessairement déviant indépendamment du contexte dans lequel il se produit. Les normes sociales varient selon les groupes, les espaces, les situations et les époques. Une tenue peut correspondre aux attentes d’un milieu artistique tout en s’écartant des conventions vestimentaires d’une cérémonie formelle.

Dans l’exemple, les compliments reçus pendant le festival signalent que le comportement est valorisé par les personnes présentes. Les regards étonnés lors de la cérémonie peuvent, à l’inverse, traduire une désapprobation ou simplement une surprise face à un écart aux usages habituels. Pour conclure à une qualification déviante, il faudrait examiner les règles reconnues par le groupe et la signification des réactions.

La sociologie invite ainsi à distinguer le comportement lui-même des jugements sociaux portés sur lui. Les individus peuvent appartenir à plusieurs groupes dont les normes ne coïncident pas totalement. La variation de leurs pratiques ou des réactions suscitées ne suffit donc pas à leur attribuer une identité sociale permanente.

Cette relativité ne signifie pas que toutes les normes auraient les mêmes conséquences ou la même portée : certaines sont informelles, d’autres juridiques, et les sanctions associées peuvent être très différentes.

Exercice 4 – Comment l’étiquetage peut-il modifier les relations entre un individu et son entourage ?

Type : Mobilisation d’un mécanisme sociologique · Niveau 2

Énoncé. Dans une résidence, un habitant a manqué à plusieurs reprises une règle collective de réservation d’un local commun. Certains voisins commencent à le présenter systématiquement comme « irresponsable » et interprètent désormais ses demandes, même ordinaires, avec méfiance.

Expliquez le processus d’. Montrez pourquoi il faut distinguer un acte, la réaction sociale et les conséquences éventuelles de cette réaction.

CORRIGÉAfficher le corrigéMasquer le corrigé

Corrigé. Le processus d’étiquetage correspond à la désignation d’un individu comme déviant à partir d’un comportement ou d’une caractéristique jugée contraire aux normes du groupe. Cette approche, notamment associée aux travaux de Howard S. Becker, souligne le rôle des réactions sociales dans la construction de la déviance.

Dans l’exemple, le point de départ est un comportement identifiable : l’habitant ne respecte pas certaines règles de réservation. Une partie du voisinage transforme ensuite ces épisodes particuliers en une qualification générale de la personne, en la présentant comme « irresponsable ». Les actions ultérieures risquent d’être interprétées à travers cette réputation plutôt qu’examinées séparément.

L’étiquetage peut réduire les possibilités de coopération ou modifier la manière dont la personne est accueillie dans les activités collectives. Il ne suffit toutefois pas, à lui seul, à démontrer l’apparition d’un nouveau comportement déviant. Les réactions de l’entourage peuvent être contestées, évoluer ou ne pas transformer durablement la conduite de l’intéressé.

Pour analyser la situation, il faut donc distinguer la transgression initiale, sa désignation publique et ses effets possibles sur les relations sociales. L’étiquetage est un processus social, non un destin individuel automatique.

Exercice 5 – En quoi la stigmatisation est-elle différente d’une simple désapprobation ?

Type : Question de raisonnement · Niveau 2

Énoncé. Dans une organisation, une personne reçoit une critique ponctuelle pour un retard. Une autre est durablement réduite par ses collègues à une caractéristique considérée négativement, au point de ne plus être invitée à certaines activités, même lorsque cette caractéristique n’a aucun rapport avec son travail.

Distinguez désapprobation ponctuelle et . Expliquez leurs effets possibles sur le lien social.

CORRIGÉAfficher le corrigéMasquer le corrigé

Corrigé. Une désapprobation ponctuelle porte sur un acte particulier jugé contraire à une norme, comme arriver en retard à une réunion. Elle peut prendre la forme d’une remarque ou d’un rappel à la règle sans remettre en cause l’ensemble de l’identité sociale de la personne.

La stigmatisation, étudiée notamment par Erving Goffman, correspond à un processus par lequel une caractéristique réelle ou attribuée devient socialement disqualifiante et tend à dominer la manière dont autrui perçoit l’individu. Dans le second cas présenté, les collègues ne se contentent plus de juger une conduite précise : ils réduisent durablement une personne à une représentation négative.

Cette réduction peut entraîner de la méfiance, une diminution des occasions de coopération et des exclusions de certaines activités. Elle risque de fragiliser le sentiment d’appartenance et de limiter l’accès à des ressources relationnelles. La personne stigmatisée peut aussi chercher à résister à cette définition ou trouver des soutiens dans d’autres groupes.

Il importe de ne pas confondre sanction d’un comportement et disqualification de la personne. Le passage de l’une à l’autre dépend des rapports sociaux, des normes du groupe, de la répétition des jugements et des possibilités de contester ces derniers.

Exercice 6 – Qu’entend-on par « carrière déviante » ?

Type : Analyse sociologique · Niveau 3

Énoncé. Un jeune adulte commence à pratiquer une activité jugée non conforme aux usages d’un groupe professionnel, mais qui n’est pas nécessairement illégale. Après plusieurs réactions négatives, il se rapproche de personnes partageant cette activité, apprend leurs codes et accorde une place croissante à ce collectif dans sa vie.

Expliquez ce que la notion de permet d’analyser. Pourquoi ce processus n’est-il ni systématique ni irréversible ?

CORRIGÉAfficher le corrigéMasquer le corrigé

Corrigé. La notion de carrière déviante désigne une succession d’étapes au cours desquelles un individu peut s’engager davantage dans des pratiques qualifiées de déviantes, apprendre des normes propres à un groupe et transformer ses relations ou la représentation de lui-même. Elle ne doit pas être comprise comme une profession ni comme une trajectoire prédéterminée.

Dans l’exemple, une pratique initiale s’écarte des usages d’un milieu professionnel. Les réactions négatives peuvent conduire la personne à prendre ses distances avec ce groupe. Elle rencontre alors d’autres individus qui partagent son activité et auprès desquels elle acquiert de nouveaux codes, des justifications et un sentiment d’appartenance.

Les interactions successives contribuent ainsi à comprendre comment une pratique ponctuelle peut, dans certaines conditions, occuper une place plus importante dans la vie sociale. Le processus associe comportements, réactions de l’entourage, apprentissages et réorganisation des relations.

Cependant, aucune étape ne rend les suivantes inévitables. La personne peut réduire son activité, retrouver une place dans son ancien collectif, rejoindre d’autres groupes ou modifier sa manière de se définir. L’intérêt de la notion consiste à reconstituer les mécanismes et les bifurcations d’un parcours, plutôt qu’à expliquer les comportements par une caractéristique supposée permanente de l’individu.

Exercice 7 – Pourquoi un pourcentage de faits déclarés n’est-il pas un taux de délinquance ?

Type : Exploitation statistique · Niveau 2

Énoncé. Dans une enquête fictive réalisée auprès de personnes interrogées sur une même période, 500 déclarent avoir subi au moins un vol. Parmi elles, 175 indiquent avoir déposé une plainte. Les enquêteurs précisent que le nombre total de vols peut dépasser le nombre de victimes, car certaines personnes peuvent avoir subi plusieurs faits.

Calculez le taux de dépôt de plainte parmi les victimes déclarantes. Expliquez pourquoi ce taux ne représente ni la proportion de victimes dans la population ni la proportion de vols officiellement enregistrés.

CORRIGÉAfficher le corrigéMasquer le corrigé

Corrigé. Le taux de dépôt de plainte parmi les victimes déclarantes correspond à la proportion de personnes déclarant avoir porté plainte parmi celles qui déclarent avoir subi l’atteinte étudiée. Dans cet exemple, il vaut 175 ÷ 500 × 100 = 35 %.

Ce résultat signifie que 35 % des personnes se déclarant victimes dans cette enquête indiquent avoir déposé une plainte. Il ne signifie pas que 35 % de l’ensemble des habitants ont subi un vol : pour calculer un , il faudrait connaître l’effectif total des personnes interrogées et les modalités de l’enquête.

Il ne mesure pas davantage, à lui seul, la part des faits enregistrés. Le numérateur et le dénominateur portent sur des personnes : or une personne peut avoir subi plusieurs vols et une plainte peut, selon les cas, porter sur plusieurs faits. Les catégories statistiques et les unités de comptage doivent être identifiées avant toute comparaison.

Enfin, une et les données administratives des forces de sécurité ont des champs, des calendriers et des méthodes différents. Les rapprocher peut être utile pour comprendre les comportements de déclaration, mais les chiffres ne sont pas directement interchangeables.

Exercice 8 – Comment étudier rigoureusement une hausse des faits enregistrés ?

Type : Étude de documents fictifs · Niveau 3

Énoncé. Dans un territoire fictif, les services de sécurité enregistrent 720 faits relevant d’une catégorie d’infractions une année, contre 900 l’année suivante. Pendant la même période, une campagne locale encourage les victimes à signaler davantage les faits subis. Les responsables politiques débattent de la signification de ces statistiques.

Calculez la variation des faits enregistrés. Expliquez plusieurs raisons susceptibles de produire cette évolution et proposez une méthode d’enquête permettant d’en améliorer l’interprétation.

CORRIGÉAfficher le corrigéMasquer le corrigé

Corrigé. Le nombre de faits enregistrés augmente de 900 − 720 = 180. Le taux de variation s’obtient en rapportant cette différence à la valeur initiale : 180 ÷ 720 × 100 = 25 %. Les données indiquent donc une hausse de 25 % des faits enregistrés par les services de sécurité.

Cette augmentation ne permet cependant pas, à elle seule, de conclure que le nombre réel d’infractions subies dans le territoire a progressé dans les mêmes proportions. Les données administratives dépendent notamment des plaintes déposées, des signalements, des contrôles, des procédures d’enregistrement et, pour certaines catégories, de l’intensité de l’activité des services.

Dans la situation décrite, la campagne locale peut avoir accru la propension à déclarer des faits auparavant moins souvent signalés. Une partie de la hausse enregistrée pourrait alors refléter une amélioration de leur visibilité statistique. Une augmentation réelle des infractions reste néanmoins une autre hypothèse possible.

Pour départager ces explications, il faudrait examiner les évolutions d’une enquête de victimation utilisant une méthode stable, préciser les catégories d’infractions, tenir compte de la population exposée, étudier les conditions de dépôt de plainte et vérifier d’éventuels changements de procédure. Les statistiques judiciaires peuvent fournir un éclairage complémentaire, à condition de ne pas confondre infractions enregistrées, personnes mises en cause et condamnations.

Un indicateur administratif doit être interprété à partir de ce qu’il compte effectivement. La hausse de 25 % constitue un résultat certain pour la série présentée, mais l’explication de cette hausse exige des informations supplémentaires.