La IVe République naît de la Constitution du 27 octobre 1946. Le régime repose sur une Assemblée nationale puissante et sur des gouvernements dépendants de coalitions parlementaires fragiles. La représentation proportionnelle et la diversité des partis rendent difficiles les majorités stables. Entre 1947 et 1958, les gouvernements se succèdent rapidement. Cette instabilité ministérielle nourrit l’image d’un régime impuissant, d’autant que la France affronte simultanément la guerre d’Indochine, la crise algérienne et de fortes tensions sociales. La représentation proportionnelle contribue à la fragmentation, mais elle n’explique pas seule l’instabilité : la polarisation entre communistes, gaullistes et partis de la « Troisième Force », la faiblesse institutionnelle de l’exécutif et les crises coloniales pèsent tout autant.
Réduire la IVe République à ses crises serait pourtant trompeur. La reconstruction économique s’accélère grâce au plan Monnet, à l’aide Marshall et à un effort massif d’investissement. Les gouvernements accompagnent la modernisation industrielle, le développement de l’énergie, des transports et du logement. La France participe aussi aux débuts de la construction européenne : déclaration Schuman en 1950, Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1951, traités de Rome en 1957. Sur le plan social, l’État-providence issu de la Libération se consolide.
La faiblesse du régime tient surtout à l’articulation entre institutions et crises coloniales. Les changements de cabinet n’empêchent pas toute continuité administrative, mais ils rendent difficiles les décisions politiques lorsque les partis sont profondément divisés. En Algérie, l’armée et les Européens d’Algérie doutent de la capacité du pouvoir civil à maintenir la souveraineté française. La crise du 13 mai 1958 provoque finalement le retour de De Gaulle. La IVe République laisse donc un bilan paradoxal : elle échoue à résoudre la guerre d’Algérie et à stabiliser l’exécutif, tout en posant une grande partie des bases économiques, sociales et européennes de la France des décennies suivantes.
