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FICHE 51 / 76

De Gaulle et la présidentialisation du pouvoir : transformer les institutions en pratique autant qu’en droit

Le retour de Charles de Gaulle en 1958 modifie rapidement les usages du pouvoir. La Constitution nouvelle renforce l’exécutif, mais sa lettre ne suffit pas à expliquer la place acquise par le président. De Gaulle considère le chef de l’État comme l’incarnation de la continuité nationale et l’arbitre chargé de fixer les grandes orientations. Il s’appuie sur sa légitimité historique, sur le recours direct au référendum et sur une forte maîtrise de la communication politique. Les conférences de presse à l’Élysée mettent en scène une parole présidentielle au-dessus des partis.

Cette conception transforme les relations avec le Premier ministre. Michel Debré, puis Georges Pompidou, dirigent le gouvernement et disposent d’une majorité parlementaire. Pour les questions essentielles — Algérie, défense, politique étrangère, réforme institutionnelle — l’impulsion vient néanmoins de l’Élysée. Le référendum d’avril 1962 sur les accords d’Évian puis celui d’octobre sur l’élection du président au suffrage universel direct renforcent le lien entre De Gaulle et le corps électoral. La dissolution de l’Assemblée en 1962, suivie d’une victoire gaulliste, confirme la nouvelle hiérarchie politique.

La présidentialisation n’abolit pas les contre-pouvoirs. En 1965, De Gaulle doit affronter pour la première fois l’élection présidentielle au suffrage universel et est mis en ballottage par François Mitterrand. En 1968, la crise sociale révèle la capacité propre du Premier ministre Pompidou à négocier. Le système repose donc sur une tension entre institutions parlementaires et direction présidentielle. Sous De Gaulle, cette tension est dominée par la personnalité du fondateur. Après lui, elle devient une caractéristique durable de la Ve République.