La crise de 1968 naît d’abord dans les universités. Le nombre d’étudiants a fortement augmenté depuis le début des années 1960, sans que les structures universitaires aient suivi au même rythme. À Nanterre puis à la Sorbonne, des groupes contestent l’autorité académique, les normes sociales et, plus largement, une société jugée hiérarchique. Après la fermeture de la Sorbonne, les affrontements avec la police culminent lors de la nuit des barricades du 10 au 11 mai. La répression provoque une forte sympathie dans l’opinion et élargit le mouvement.
À partir du 13 mai, la crise change d’échelle. Des grèves et occupations d’usines se diffusent dans tout le pays. Près de dix millions de salariés cessent le travail au plus fort du mouvement. Les revendications portent sur les salaires, les conditions de travail, l’autorité dans l’entreprise et la place des syndicats. Les négociations de Grenelle des 25-27 mai aboutissent à un constat prévoyant notamment une forte hausse du salaire minimum et des augmentations salariales. Ils ne mettent pas immédiatement fin aux grèves, car de nombreux travailleurs veulent obtenir davantage ou négocier entreprise par entreprise.
Le pouvoir paraît un moment désorienté. De Gaulle disparaît quelques heures le 29 mai pour rencontrer le général Massu à Baden-Baden. Le lendemain, il annonce la dissolution de l’Assemblée nationale et appelle ses soutiens à se mobiliser. Les élections de juin donnent une très large majorité gaulliste. Politiquement, la crise est donc surmontée. Socialement et culturellement, ses effets sont plus profonds : rapports d’autorité, mœurs, université, expression des jeunes et relations dans l’entreprise évoluent. Mai 68 n’est ni une révolution victorieuse ni une simple agitation étudiante. C’est une crise multiple où se superposent contestation culturelle, conflit social et épreuve du régime.
