Les relations entre De Gaulle et les États-Unis ne relèvent ni de l’hostilité systématique ni de l’alignement. Le général considère Washington comme l’allié indispensable face à l’URSS, tout en refusant que l’organisation du camp occidental place durablement la France dans une position subordonnée. Dès 1958, il propose à Eisenhower et Macmillan un directoire à trois au sein de l’Alliance atlantique. L’absence de réponse satisfaisante renforce sa volonté de construire des instruments nationaux de décision.
Les désaccords se multiplient dans les années 1960. La France développe sa propre force nucléaire, critique la domination du dollar et conteste la stratégie américaine au Vietnam. En mars 1966, De Gaulle annonce le retrait français du commandement militaire intégré de l’OTAN et demande le départ des forces alliées installées en France. Le siège de l’organisation quitte Paris pour Bruxelles. Le pays demeure pourtant membre de l’Alliance et conserve des mécanismes de coopération militaire avec ses partenaires.
Les crises montrent les limites d’une lecture antiaméricaine. Lors de l’affaire des missiles de Cuba en 1962, De Gaulle soutient immédiatement Kennedy. La France partage avec les États-Unis l’intérêt fondamental d’empêcher une domination soviétique de l’Europe occidentale. Le conflit porte donc sur la hiérarchie interne de l’alliance et sur la liberté de décision. La politique gaullienne cherche à transformer une relation asymétrique sans la rompre. Cette distinction explique pourquoi l’autonomie stratégique française peut être très visible diplomatiquement tout en restant compatible avec une solidarité occidentale de fond.
