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FICHE 53 / 76

La politique étrangère de De Gaulle : rechercher la « grandeur » sans sortir du camp occidental

La politique extérieure gaullienne part d’un constat : la France appartient au camp occidental, mais ne doit pas accepter une dépendance stratégique permanente envers les États-Unis. De Gaulle veut restaurer une capacité nationale de décision après les humiliations de 1940 et les crises coloniales. Il ne cherche pas une neutralité entre Washington et Moscou. La France reste membre de l’Alliance atlantique et soutient l’Occident lors de la crise de Cuba. Son objectif est plutôt d’accroître sa marge de manœuvre au sein d’un système dominé par les deux superpuissances.

Cette ambition prend plusieurs formes. Paris développe une force nucléaire indépendante, reconnaît la République populaire de Chine en 1964 et entretient un dialogue direct avec Moscou. En 1966, la France se retire du commandement militaire intégré de l’OTAN, sans quitter l’Alliance. De Gaulle critique la guerre américaine au Vietnam et prononce à Phnom Penh, en septembre 1966, un discours appelant à une solution politique. Au Québec, son « Vive le Québec libre ! » de juillet 1967 provoque une grave tension avec le Canada.

Cette diplomatie est spectaculaire, mais ses moyens restent ceux d’une puissance moyenne dotée d’atouts particuliers : siège permanent au Conseil de sécurité, arme nucléaire, empire devenu réseau d’influence, économie en croissance. La « grandeur » gaullienne fonctionne donc comme une stratégie d’autonomie plus que comme le retour à une domination passée. Elle permet à la France de se singulariser dans le bloc occidental et contribue à une conception multipolaire des relations internationales. Ses limites apparaissent lorsque les ambitions politiques dépassent les capacités économiques ou lorsque les partenaires européens refusent de suivre Paris.