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FICHE 54 / 76

La force de frappe : faire de l’arme nucléaire le socle d’une autonomie stratégique française

La France entre dans l’âge nucléaire militaire le 13 février 1960 avec l’essai « Gerboise bleue » dans le Sahara. Le programme a commencé sous la IVe République, mais De Gaulle lui donne une place centrale dans la stratégie nationale. À ses yeux, la sécurité ultime du pays ne peut dépendre entièrement de la garantie américaine. Même alliés, les États-Unis pourraient hésiter à risquer leurs propres villes pour défendre l’Europe en cas de crise. Une capacité nucléaire française doit donc rendre toute agression majeure contre le territoire national politiquement et militairement trop coûteuse.

La doctrine française repose sur la dissuasion du « faible au fort ». Paris ne cherche pas à égaler les arsenaux américain et soviétique. Il suffit de pouvoir infliger à un adversaire des dommages jugés inacceptables. Des bombardiers Mirage IV entrent en service au milieu des années 1960. Les missiles du plateau d’Albion et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins complètent ensuite la force au début des années 1970. Cette diversification doit garantir une capacité de seconde frappe, condition de crédibilité de la dissuasion. La composante terrestre du plateau d’Albion devient opérationnelle en 1971, et le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français, Le Redoutable, entre en service à la fin de la même année : la triade française n’est donc pleinement constituée qu’au début des années 1970.

L’indépendance n’est jamais absolue. La France reste insérée dans l’économie et le camp stratégique occidentaux, et son arsenal demeure très inférieur à ceux des superpuissances. Le choix nucléaire a aussi un coût budgétaire élevé. Il procure néanmoins aux dirigeants français une assurance stratégique et un instrument de statut international. La force de frappe s’inscrit ainsi dans une doctrine plus large : préserver une liberté de décision dans les situations extrêmes. Elle survivra à De Gaulle et deviendra l’un des éléments les plus stables de la politique de défense française.