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FICHE 46 / 76

Le programme du CNR : transformer la victoire sur l’Occupation en refondation économique et sociale

Adopté clandestinement le 15 mars 1944, le programme du Conseil national de la Résistance associe deux objectifs. Il organise d’abord la poursuite du combat contre l’occupant et Vichy. Il prépare surtout « les jours heureux » de l’après-guerre en réunissant des mouvements de Résistance, des partis et des syndicats autour d’un compromis social. La diversité de ses signataires est décisive. Communistes, socialistes, démocrates-chrétiens, gaullistes, syndicalistes et représentants de traditions républicaines différentes ne partagent pas la même doctrine économique, mais s’accordent sur la nécessité de reconstruire un État plus protecteur.

À la Libération, plusieurs mesures prolongent cet esprit. Des secteurs stratégiques sont nationalisés : charbonnages, gaz, électricité, grandes banques de dépôt, Banque de France, Renault. La Sécurité sociale est créée par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 afin de protéger les travailleurs contre les grands risques sociaux. Les comités d’entreprise sont institués en 1945. L’objectif n’est pas de supprimer l’économie de marché. Il s’agit de donner à l’État des moyens nouveaux pour orienter la reconstruction, sécuriser les trajectoires sociales et réduire la dépendance envers certains intérêts privés jugés trop puissants.

Ce compromis marque durablement le modèle social français, sans être appliqué à la lettre. Les régimes de protection sociale restent fragmentés, certaines professions conservent leurs systèmes propres et les nationalisations répondent à des logiques variées. L’après-guerre combine donc économie de marché, intervention publique et extension des droits sociaux. Le programme du CNR est important moins comme plan technique intégral que comme matrice politique : il associe démocratie retrouvée et sécurité sociale, faisant de la reconstruction institutionnelle une reconstruction de la citoyenneté elle-même. Il serait néanmoins excessif de faire de toutes les réformes de 1944-1946 la simple application mécanique du programme du CNR : elles résultent aussi de projets administratifs élaborés pendant la guerre, de rapports de force sociaux et d’un consensus plus large sur la nécessité d’un État interventionniste.