Daech naît d’une généalogie qui remonte à Al-Qaïda en Irak, dirigée dans les années 2000 par Abou Moussab al-Zarqaoui. Après sa mort en 2006, l’organisation se recompose sous le nom d’État islamique d’Irak. Le retrait américain et la marginalisation d’une partie des sunnites irakiens offrent un terrain favorable à sa résurgence. La guerre civile syrienne lui fournit ensuite des sanctuaires, des ressources et un espace de recrutement transfrontalier.
Sous la direction d’Abou Bakr al-Baghdadi, le groupe rompt avec Al-Qaïda et devient l’État islamique en Irak et au Levant. En juin 2014, il s’empare de Mossoul et contrôle rapidement un vaste territoire entre Syrie et Irak. Le 29 juin, il proclame un « califat » et revendique une autorité universelle sur les musulmans. Son succès repose sur la combinaison d’expérience militaire, effondrement institutionnel, financement local, propagande et exploitation des fractures communautaires. Il ne constitue donc pas un phénomène apparu soudainement en 2014.
La rupture de 2013-2014 est donc autant organisationnelle que territoriale : Daech refuse l’autorité d’Al-Qaïda, absorbe des cadres militaires expérimentés et transforme une insurrection en projet étatique. Ce changement explique l’effet de surprise produit par ses conquêtes de 2014. La filiation passe par Al-Qaïda en Irak, puis l’État islamique d’Irak créé en 2006 ; la rupture avec Al-Qaïda et l’expansion en Syrie donnent naissance à l’EIIL/Daech en 2013.
