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FICHE 77 / 238

L’intervention en Libye : la responsabilité de protéger confrontée aux conséquences du changement de régime

L’intervention de 2011 est souvent présentée comme un test majeur de la « responsabilité de protéger » adoptée par l’ONU en 2005. La résolution 1973 autorise l’usage de la force pour protéger les populations menacées. Au départ, l’objectif affiché n’est donc pas juridiquement le changement de régime. Dans les faits, la campagne aérienne accompagne progressivement l’avancée des insurgés et rend très difficile le maintien de Kadhafi au pouvoir.

Cette évolution nourrit une controverse durable. Les partisans de l’intervention soulignent que l’inaction pouvait exposer Benghazi à une répression très importante et que le Conseil de sécurité avait explicitement autorisé la force. Les critiques estiment que les États de l’OTAN ont élargi le mandat et sous-estimé l’après-guerre. La Russie et la Chine se servent ensuite de l’expérience libyenne pour justifier une méfiance accrue envers des résolutions susceptibles d’ouvrir la voie à un changement de régime. La Libye marque donc autant l’apogée que la crise de la responsabilité de protéger.

Le débat libyen devient ainsi un précédent diplomatique. Dans les crises suivantes, notamment en Syrie, Moscou et Pékin se montrent beaucoup plus réticents à autoriser des textes pouvant être interprétés comme une permission d’employer la force contre un gouvernement en place. Le principal débat porte donc sur le passage d’un mandat de protection des civils à une opération qui contribue de fait à la chute du régime, ce qui nourrit ensuite la méfiance russe et chinoise.