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FICHE 57 / 238

La guerre d’Irak : l’échec du projet de démocratisation forcée du Moyen-Orient

Après la chute de Saddam Hussein, l’administration Bush présente de plus en plus l’Irak comme un laboratoire de démocratisation du Moyen-Orient. Une autorité intérimaire irakienne est progressivement mise en place, des élections pluralistes ont lieu en janvier 2005 et une nouvelle Constitution est approuvée par référendum en octobre. Ces changements sont réels : l’Irak dispose désormais d’élections concurrentielles et d’institutions qui ne reposent plus sur le monopole du parti Baas.

Pourtant, la démocratisation formelle ne suffit pas à produire un ordre politique stable. Les partis se structurent largement selon des appartenances communautaires, les Kurdes consolident leur autonomie, une partie des sunnites se sent marginalisée et les milices deviennent des acteurs de sécurité. La violence confessionnelle de 2006-2007 montre que des élections peuvent coexister avec une faible confiance institutionnelle. La présence militaire étrangère réduit en outre la légitimité du processus auprès d’une partie de la population.

L’échec est donc moins celui de toute institution démocratique que celui de l’idée qu’un changement de régime imposé militairement puisse, à lui seul, transformer rapidement un système politique et régional. Les élections irakiennes survivent, mais au prix de crises répétées et d’une forte dépendance aux rapports de force internes et extérieurs. La guerre affaiblit ainsi le prestige du modèle d’intervention démocratique promu par Washington. La démocratisation devient d’autant plus centrale dans le discours américain que l’argument des armes de destruction massive s’effondre après l’invasion.