En mai 2003, l’Autorité provisoire de la coalition prend deux décisions qui marquent profondément l’occupation. L’ordre n°1 du 16 mai engage une débaassification des institutions en excluant les principaux cadres du parti Baas de nombreux postes publics. L’ordre n°2 du 23 mai dissout plusieurs structures de sécurité et de défense, dont l’armée irakienne. L’objectif affiché est d’empêcher la reconstitution de la dictature et de rompre avec les appareils de Saddam Hussein.
Le problème vient de l’ampleur de l’exclusion et du contexte. Dans un régime où l’adhésion au parti était souvent nécessaire à une carrière administrative, la débaassification touche aussi des techniciens et fonctionnaires dont la loyauté idéologique est variable. La dissolution de l’armée laisse des centaines de milliers d’hommes sans emploi, parmi lesquels des officiers sunnites formés au maniement des armes. Ces mesures alimentent un sentiment de dépossession et réduisent les capacités de l’État au moment où la sécurité se détériore.
Il serait excessif d’en faire l’unique cause de l’insurrection : nationalisme, présence étrangère, réseaux baasistes clandestins, djihadisme et rivalités communautaires jouent également un rôle. Elles constituent néanmoins des accélérateurs importants. Plusieurs anciens militaires rejoignent ensuite des groupes insurgés ; certains cadres baasistes participeront même, des années plus tard, à l’appareil militaire de Daech. Les ordres n°1 et n°2 de l’Autorité provisoire de la coalition, des 16 et 23 mai 2003, institutionnalisent respectivement la débaassification et la dissolution d’une grande partie de l’appareil sécuritaire.
