Au début des années 1980, des médecins américains signalent des infections inhabituelles chez de jeunes patients. Le syndrome d’immunodéficience acquise est progressivement identifié, puis le virus responsable est isolé en 1983 par une équipe de l’Institut Pasteur comprenant Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier. L’épidémie se diffuse dans le monde alors qu’aucun traitement curatif n’existe. La peur est renforcée par les incertitudes initiales sur les modes de transmission.
Le sida touche particulièrement certaines populations, notamment les hommes homosexuels, les usagers de drogues injectables, les hémophiles et des populations d’Afrique subsaharienne, ce qui favorise stigmatisation et discriminations. En France, Daniel Defert fonde l’association AIDES en 1984. Act Up-Paris apparaît en 1989 et utilise des formes d’action spectaculaires pour imposer l’urgence sanitaire, l’accès aux traitements et la participation des malades aux décisions médicales.
La crise transforme la santé publique. Les campagnes d’information abordent plus ouvertement la sexualité et l’usage du préservatif. À partir de 1987, l’AZT offre un premier traitement antirétroviral, encore imparfait et lourd, qui modifie cependant l’horizon médical de la maladie. Le dépistage se développe, tandis que l’affaire du sang contaminé révèle de graves défaillances dans la gestion des produits sanguins et nourrit une crise de confiance envers les institutions. Le sida modifie également la relation entre patients, médecins, chercheurs et autorités publiques. En France, les décisions contestées sur les produits sanguins datent surtout du milieu des années 1980, tandis que le scandale judiciaire et politique éclate pleinement au début des années 1990. Il convient donc de distinguer la chronologie des contaminations de celle de leur mise en cause publique.
