La France des années 1980 combine modernisation et inquiétude sociale. Le niveau d’équipement des ménages continue de progresser, la grande distribution et les loisirs occupent une place croissante, tandis que le Minitel, lancé à grande échelle au début de la décennie, symbolise l’entrée dans de nouveaux usages numériques. La télévision se diversifie avec les chaînes privées et la publicité. Dans le même temps, l’enseignement secondaire et supérieur accueille des effectifs beaucoup plus nombreux.
Cette modernisation ne supprime pas les fractures. Le chômage reste élevé, les restructurations industrielles touchent les anciens bassins ouvriers et la précarité gagne certaines catégories de jeunes. Les écarts territoriaux deviennent plus visibles entre métropoles dynamiques, banlieues en difficulté et régions désindustrialisées. La « marche pour l’égalité et contre le racisme » de 1983, puis les débats sur l’immigration et la laïcité, révèlent aussi la place nouvelle des Français issus des migrations de l’après-guerre. La notion de « banlieue » ne forme pas davantage une réalité sociale homogène : les difficultés se concentrent dans certains grands ensembles et territoires populaires, tandis que d’autres espaces périurbains ou suburbains connaissent des trajectoires différentes.
Les appartenances collectives se transforment. Le Parti communiste et les syndicats perdent une partie de leur influence, tandis que l’engagement associatif, humanitaire ou thématique progresse. Les trajectoires individuelles paraissent plus libres, mais aussi plus dépendantes du diplôme et de l’emploi. Les années 1980 ne sont donc ni une simple décennie de consommation ni une période uniforme de crise : elles associent émancipation culturelle, diversification sociale et nouvelles formes d’insécurité.
