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FICHE 55 / 80

L’URSS sous Brejnev : puissance militaire, stabilité politique et ralentissement d’un système économique de plus en plus difficile à réformer

Lorsque Leonid Brejnev dirige l’Union soviétique, de 1964 à 1982, l’URSS atteint un paradoxe. Elle dispose d’un arsenal nucléaire comparable à celui des États-Unis, soutient des alliés sur plusieurs continents et obtient la reconnaissance de sa puissance dans la détente. À l’intérieur, le régime recherche surtout la stabilité. Les cadres du Parti vieillissent, les changements de responsables se raréfient et le compromis social repose sur l’emploi garanti, des prix administrés et une protection sociale étendue.

Cette stabilité masque un essoufflement. La croissance soviétique ralentit nettement à partir des années 1970. La planification privilégie les objectifs quantitatifs, l’industrie lourde et les dépenses militaires, tandis que la productivité progresse peu. Les entreprises ont peu d’incitations à économiser les ressources ou à innover. Les revenus tirés des exportations de pétrole et de gaz, renforcés par la hausse des prix énergétiques, permettent un temps de différer les réformes. Ils ne corrigent ni les pénuries de biens de consommation ni les faiblesses de l’agriculture. L’importation massive de céréales, malgré la taille du secteur agricole soviétique, illustre aussi la faiblesse de la productivité et les difficultés de coordination du système.

Le mot « stagnation » sera surtout popularisé sous Gorbatchev pour caractériser l’époque brejnévienne. Il ne signifie pas immobilité totale : le niveau de vie continue d’augmenter dans certains domaines et l’URSS reste une grande puissance scientifique et militaire. Le problème tient davantage à l’écart croissant entre les ambitions internationales du régime, le coût de son appareil de puissance et les performances d’une économie administrée devenue très difficile à moderniser.