La crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, constitue un choc stratégique. Washington et Moscou ont mesuré qu’une confrontation locale pouvait, par escalade, conduire à une guerre nucléaire. À partir de 1963, les deux superpuissances cherchent donc à encadrer leur rivalité plutôt qu’à la supprimer. Une liaison directe de communication est installée entre le Kremlin et la Maison-Blanche. Le traité de Moscou d’août 1963 interdit les essais nucléaires dans l’atmosphère, l’espace et sous l’eau. En 1968, le traité de non-prolifération nucléaire vise à empêcher l’extension du nombre de puissances atomiques. La détente naît d’une prise de conscience : la sécurité dépend désormais aussi de la capacité à éviter l’erreur de calcul. Le traité de non-prolifération est ouvert à la signature le 1er juillet 1968 et entre en vigueur le 5 mars 1970 ; cette chronologie rappelle que la détente s’institutionnalise progressivement plutôt qu’en un seul moment.
Cette évolution repose sur un nouvel équilibre. L’URSS a réduit une partie de son retard stratégique et atteint progressivement une forme de parité nucléaire avec les États-Unis. Les deux camps restent adversaires, mais chacun sait qu’une première frappe ne garantirait pas l’impunité. La destruction mutuelle assurée rend la guerre générale moins utilisable comme instrument politique. Les négociations SALT, ouvertes en 1969, s’inscrivent dans cette logique de maîtrise des armements. Parallèlement, les échanges économiques et diplomatiques deviennent plus réguliers, notamment entre l’Europe occidentale et le bloc de l’Est.
La détente ne signifie pourtant ni réconciliation ni fin des conflits périphériques. Les États-Unis intensifient leur engagement au Vietnam au moment même où ils négocient avec Moscou. L’URSS intervient en Tchécoslovaquie en 1968 pour préserver son contrôle sur l’Europe orientale. La rivalité se déplace, se fragmente et se négocie davantage. En 1972, les accords SALT I et le voyage de Nixon à Moscou symbolisent cette nouvelle grammaire stratégique : maintenir la compétition, fixer des limites et reconnaître qu’aucun des deux Grands ne peut imposer seul l’ordre mondial.
