En janvier 1968, Alexander Dubček devient premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque. Il hérite d’un système marqué par la rigidité politique, la censure et des difficultés économiques. Les réformateurs ne cherchent pas à restaurer le capitalisme ni à sortir du pacte de Varsovie. Leur ambition est de rendre le régime plus souple : liberté accrue de la presse, limitation de l’arbitraire policier, réforme économique, place plus importante accordée à la société et reconnaissance des spécificités tchèque et slovaque. Le programme d’action d’avril 1968 résume ce projet sous l’expression devenue célèbre de « socialisme à visage humain ».
La libéralisation provoque une effervescence rapide. Journaux, intellectuels et citoyens débattent publiquement des responsabilités du passé stalinien et de l’avenir du pays. À Moscou, cette dynamique inquiète davantage par son pouvoir d’exemple que par une menace militaire immédiate. Les dirigeants soviétiques craignent qu’une pluralisation réussie ne contamine d’autres démocraties populaires et ne fragilise la cohésion du bloc. Des négociations avec Dubček échouent à rassurer le Kremlin.
Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, une intervention militaire dirigée par l’URSS et menée avec plusieurs alliés du pacte de Varsovie écrase le Printemps de Prague ; la Roumanie et l’Albanie refusent d’y participer. La résistance est surtout civile et politique. Dubček est contraint d’accepter progressivement la « normalisation », puis remplacé par Gustáv Husák en avril 1969. L’intervention révèle une contradiction profonde de l’ordre soviétique : les régimes d’Europe orientale sont présentés comme souverains, mais leur autonomie demeure subordonnée à la sécurité politique du bloc. Elle montre aussi que la détente avec l’Ouest peut coexister avec une forte discipline à l’Est. Les troupes qui entrent effectivement en Tchécoslovaquie sont principalement soviétiques, polonaises, hongroises et bulgares ; des forces est-allemandes sont préparées mais ne participent pas de la même manière à l’invasion du territoire.
