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FICHE 76 / 76

SALT I en 1972 : limiter certains armements pour préserver la stabilité nucléaire, sans engager un véritable désarmement

À la fin des années 1960, les États-Unis et l’URSS disposent d’arsenaux nucléaires capables de détruire l’adversaire même après avoir subi une première attaque. Cette vulnérabilité réciproque nourrit paradoxalement la stabilité : si aucun camp ne peut espérer neutraliser totalement l’autre, l’intérêt d’une attaque préventive diminue. La poursuite illimitée de la course aux armements reste néanmoins coûteuse et dangereuse. En novembre 1969 s’ouvrent les Strategic Arms Limitation Talks, ou SALT, d’abord à Helsinki puis à Vienne.

Les négociations aboutissent le 26 mai 1972, lors du sommet Nixon-Brejnev à Moscou. Deux textes principaux sont signés. Le traité ABM limite fortement les systèmes destinés à intercepter les missiles balistiques, car un bouclier trop efficace pourrait donner à l’un des camps l’illusion qu’il survivrait à une guerre nucléaire. L’accord intérimaire sur les armes offensives gèle pour cinq ans le nombre de certains lanceurs de missiles intercontinentaux et de missiles lancés depuis des sous-marins. Les accords reconnaissent de fait la parité stratégique soviéto-américaine. Dans sa version de 1972, le traité ABM autorise encore à chaque puissance deux sites protégés — limitation ramenée à un seul site par un protocole de 1974 — : il s’agit donc d’encadrer les défenses antimissiles, non de les supprimer entièrement.

SALT I ne constitue pourtant pas un désarmement. Les arsenaux restent immenses et les ogives à têtes multiples indépendamment guidées, les MIRV, ne sont pas véritablement limitées. Les deux puissances peuvent donc moderniser qualitativement leurs forces tout en respectant les plafonds négociés. L’objectif est moins de réduire radicalement la puissance nucléaire que de rendre la compétition plus prévisible. SALT I résume ainsi la logique de la détente : accepter l’adversaire comme puissance durable, construire des règles communes sur certains domaines et maintenir simultanément la rivalité militaire, idéologique et géopolitique. Les plafonds portent surtout sur les lanceurs et non sur le nombre total d’ogives ; cette lacune est d’autant plus importante que les MIRV permettent de multiplier les têtes nucléaires sur un même missile.