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FICHE 73 / 76

L’Ostpolitik de Willy Brandt : reconnaître les réalités de l’Europe divisée pour rendre cette division plus perméable

Lorsque Willy Brandt devient chancelier de la République fédérale d’Allemagne en octobre 1969, la RFA appartient solidement au camp occidental. L’Ostpolitik ne remet pas en cause ce choix. Elle part d’un constat : refuser durablement de reconnaître la RDA et les frontières issues de 1945 n’a pas permis de rapprocher les deux Allemagne. Avec son conseiller Egon Bahr, Brandt privilégie le « changement par le rapprochement » : accepter certaines réalités politiques afin d’obtenir des relations plus humaines, plus stables et, à long terme, susceptibles d’évoluer.

La nouvelle politique produit rapidement des accords majeurs. Le traité de Moscou d’août 1970 affirme le renoncement à la force et accepte de fait les frontières européennes. En décembre 1970, le traité de Varsovie reconnaît la frontière Oder-Neisse entre la Pologne et l’Allemagne. Le geste de Brandt s’agenouillant devant le mémorial du ghetto de Varsovie donne à cette diplomatie une dimension mémorielle. L’accord quadripartite sur Berlin, signé en septembre 1971 par les quatre puissances occupantes, améliore les communications entre Berlin-Ouest et la RFA. Le traité fondamental de décembre 1972 organise ensuite les relations entre RFA et RDA. Le traité fondamental est signé le 21 décembre 1972 ; il ouvre la voie à l’admission simultanée de la RFA et de la RDA à l’ONU en septembre 1973, prolongement direct de cette normalisation.

L’Ostpolitik provoque des résistances en Allemagne de l’Ouest, où ses adversaires craignent une reconnaissance définitive de la division nationale. Brandt soutient au contraire qu’une politique réaliste peut élargir les contacts sans abandonner l’objectif d’unité. Cette stratégie complète la détente américano-soviétique en lui donnant une dimension européenne. Elle démontre également que les alliés des superpuissances disposent d’une capacité d’initiative : Bonn ne sort pas de l’OTAN, mais contribue à transformer les modalités de la confrontation sur le continent.