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FICHE 75 / 76

Le voyage de Nixon en Chine en 1972 : exploiter la rupture sino-soviétique et refonder les rapports entre Washington et Pékin

Au début de sa présidence, Richard Nixon hérite de plus de vingt ans d’hostilité entre les États-Unis et la Chine populaire. Les deux pays se sont affrontés directement pendant la guerre de Corée, où les forces chinoises combattent les troupes américaines sous commandement de l’ONU, puis se retrouvent dans des camps opposés autour de la guerre du Vietnam sans y entrer dans une guerre bilatérale ouverte. Pourtant, la rupture sino-soviétique bouleverse le calcul stratégique. Pékin redoute désormais l’URSS, surtout après les affrontements frontaliers de 1969. Washington souhaite de son côté augmenter sa marge de manœuvre face à Moscou et faciliter, si possible, une sortie du conflit vietnamien. Les intérêts géopolitiques commencent ainsi à l’emporter sur l’ancienne rigidité idéologique.

Le rapprochement est préparé discrètement. En juillet 1971, Henry Kissinger effectue un voyage secret à Pékin. Nixon se rend en Chine du 21 au 28 février 1972 et rencontre Mao Zedong ainsi que Zhou Enlai. La visite possède une portée symbolique immense : un président américain dialogue publiquement avec un régime que Washington avait longtemps cherché à isoler. Le communiqué de Shanghai, publié le 28 février, ne crée pas d’alliance. Les deux parties reconnaissent leurs divergences, notamment sur Taïwan, mais s’accordent sur l’intérêt d’une normalisation progressive et sur leur opposition à toute hégémonie en Asie-Pacifique.

Le principal résultat est stratégique. Nixon transforme la relation entre les trois grandes puissances en triangle. Moscou doit désormais tenir compte d’un possible rapprochement entre ses deux principaux adversaires. Pékin obtient une reconnaissance internationale accrue sans renoncer à ses objectifs propres. Washington gagne une nouvelle option diplomatique. L’épisode montre que la guerre froide du début des années 1970 n’est plus réductible à deux blocs parfaitement disciplinés. L’idéologie demeure puissante, mais la raison d’État, les rivalités internes au monde communiste et la recherche d’équilibre reprennent une place centrale dans la diplomatie.