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FICHE 70 / 76

La rupture sino-soviétique : l’unité du monde communiste se brise et ouvre la voie à une diplomatie triangulaire

La victoire de Mao Zedong en 1949 semble d’abord renforcer spectaculairement le camp communiste. Un traité d’alliance sino-soviétique est signé en 1950. Cette unité demeure pourtant fragile. Pékin refuse de se placer durablement dans une position subordonnée à Moscou et les deux régimes divergent sur la stratégie révolutionnaire. Après 1956, Mao critique la déstalinisation menée par Khrouchtchev et juge trop prudente la « coexistence pacifique » avec l’Occident. Les tensions portent aussi sur l’aide économique, la technologie nucléaire, le leadership du mouvement communiste et d’anciens différends frontaliers.

En 1960, l’URSS retire brutalement plusieurs milliers de conseillers et experts de Chine. Les polémiques idéologiques deviennent publiques à partir de 1963. Pékin accuse Moscou de révisionnisme, tandis que les Soviétiques dénoncent l’aventurisme chinois. La rupture prend une dimension militaire en mars 1969 avec des affrontements sur l’Oussouri, autour de l’île de Zhenbao/Damanski. Deux puissances communistes désormais toutes deux dotées de l’arme nucléaire — l’URSS depuis 1949 et la Chine depuis 1964 — peuvent alors envisager un conflit entre elles. Cette fracture détruit l’image d’un communisme mondial organisé autour d’un centre unique.

Les conséquences dépassent largement l’Asie. Washington comprend qu’il peut exploiter la rivalité entre Pékin et Moscou. L’administration Nixon transforme ainsi une division idéologique en opportunité stratégique : rapprochement avec la Chine, pression accrue sur l’URSS et diplomatie dite triangulaire. La bipolarité ne disparaît pas, puisque les États-Unis et l’URSS restent les deux principales puissances militaires. Elle devient cependant moins simple. À partir de la fin des années 1960, les relations internationales combinent antagonisme Est-Ouest, rivalité sino-soviétique et recherche d’autonomie par des puissances intermédiaires.