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FICHE 60 / 80

La perestroïka : réformer l’économie planifiée sans parvenir à construire un mécanisme de coordination stable

La perestroïka, littéralement « restructuration », devient à partir de 1986-1987 le cœur du projet gorbatchévien. Le diagnostic est sévère : faible productivité, innovation insuffisante, bureaucratie envahissante et pénuries récurrentes empêchent l’économie soviétique de rivaliser avec les économies occidentales les plus avancées. Gorbatchev cherche d’abord à améliorer le socialisme par davantage d’autonomie pour les entreprises et une responsabilisation des gestionnaires, non à instaurer immédiatement le capitalisme.

La loi sur l’entreprise d’État de 1987 réduit certaines contraintes administratives et doit rendre les unités de production plus attentives à leurs résultats. La loi sur les coopératives de mai 1988 autorise des activités privées ou semi-privées dans plusieurs secteurs. Des entreprises mixtes avec des capitaux étrangers deviennent possibles. Ces changements ouvrent des espaces de marché, tandis que les prix essentiels restent largement administrés et que l’État continue de distribuer de nombreuses ressources. L’ancien système de commandes perd donc de sa cohérence avant qu’un nouveau mécanisme de prix et de propriété ne puisse le remplacer.

Les déséquilibres s’aggravent à la fin des années 1980 : pénuries, files d’attente, déficit budgétaire et excès de monnaie par rapport aux biens disponibles. Les républiques et les entreprises cherchent aussi à conserver davantage de ressources. La perestroïka ne doit pas être réduite à un échec technique : elle est enfermée dans un problème politique majeur. Réformer vraiment exige de modifier les intérêts de la bureaucratie, les rapports de propriété et le pouvoir du Parti, ce qui transforme une réforme économique en crise du système lui-même. La campagne antialcoolique lancée en 1985 réduit en outre des recettes fiscales importantes au moment où les finances publiques se dégradent, ce qui ajoute une difficulté budgétaire à la réforme économique.