NavigationRetour à l’espace fiches
FICHE 61 / 80

La glasnost : libérer la parole pour réformer l’État, puis voir la critique échapper au contrôle du Parti communiste

La glasnost, que l’on traduit généralement par « transparence » ou « publicité », désigne l’ouverture progressive de l’espace public soviétique sous Gorbatchev. Au départ, il s’agit de rendre l’administration plus efficace en autorisant la critique des dysfonctionnements. Après 1986, la politique change d’échelle. La presse dispose de marges croissantes, des œuvres auparavant censurées sont publiées et le débat sur les crimes staliniens reprend avec une intensité nouvelle.

La catastrophe de Tchernobyl accélère cette évolution en révélant le coût politique du secret. Des journaux comme *Ogoniok* ou *Moskovskie Novosti* abordent des sujets longtemps interdits. Les élections au Congrès des députés du peuple de mars 1989 permettent une compétition limitée mais réelle ; leurs débats télévisés passionnent une partie de la population. Des figures critiques, dont Andreï Sakharov, peuvent contester publiquement la direction. En mars 1990, l’article 6 de la Constitution, qui garantissait le rôle dirigeant du Parti communiste, est supprimé. La suppression de l’article 6 est votée en mars 1990 : elle met juridiquement fin au monopole constitutionnel du Parti communiste, alors même que l’État soviétique existe encore pendant près de deux ans.

La glasnost produit ainsi un effet politique imprévu. En exposant les répressions, les privilèges, les difficultés économiques et les falsifications historiques, elle réduit la capacité du régime à imposer un récit commun. Les mouvements nationaux utilisent également cette ouverture pour réexaminer l’annexion des États baltes, les déportations ou les conflits entre républiques. L’information ne provoque pas seule l’effondrement soviétique, mais elle prive progressivement le pouvoir de l’un des instruments qui avaient assuré sa stabilité : le contrôle de la mémoire et de la discussion publique.